Le président de la République entend préparer sa réélection.

Vendredi, à 9 h 31, l’Élysée envoie un court communiqué de presse : "M. Édouard Philippe a remis ce jour la démission du Gouvernement au Président de la République, qui l’a acceptée". L’annonce donne le coup d’envoi d’une folle journée, officialisant la fin d’un couple vieux de trois ans.

C’est en fait jeudi soir qu’Édouard Philippe a remis sa démission, au cours d’un entretien qui a duré une partie de la soirée avec Emmanuel Macron, et qualifié de "chaleureux et amical" par l’Élysée.

L’annonce de vendredi sonne l’épilogue d’un suspense et d’un casse-tête de casting pour le président de la République, qui entend avant tout relancer son quinquennat pour mieux préparer sa réélection en 2022.

Depuis la fin du confinement, l’idée d’un remaniement était certes acquise, obligée par la promesse de "réinvention" formulée par Emmanuel Macron. Mais comment se séparer d’un chef de gouvernement qui, de l’avis unanime, a su endosser l’habit de Premier ministre ?

La gestion de la crise liée au Covid-19 a parachevé l’image d’Édouard Philippe, devenu aux yeux de l’opinion l’homme de la situation, par ailleurs récompensé d’une nouvelle popularité. "Et puis qui d’autre à la place ?", répétaient nombre de membres du gouvernement.

Entre flegmatisme, stratégie et orgueil, Édouard Philippe s’était d’abord refusé à faire campagne pour conserver son poste.

"Il fait la même chose qu’au début : il sert son pays, l’État et le chef de l’État. C’est un honneur", répétait son entourage, début juin.

Se faisait-il désirer ? Le 16 juin, dans Paris Normandie, il semblait conditionner son maintien à la tête du gouvernement - ou amortir son inéluctable départ. Emmanuel Macron "sait qui je suis, ce que j’incarne, ce que je peux faire et ce que je ne peux pas faire", déclarait-il.

Le lendemain, il posait en couverture de Paris Match, col de chemise ouvert et pull-over échancré, sous le titre : "L’inconnu qui gouverne la France". Ce qui, selon plusieurs observateurs, a agacé à l’Élysée.

Ses réserves sur l’éventualité d’un référendum pour entériner les propositions de la Convention citoyenne pour le climat ont encore interrogé sur son envie d’épouser le "changement de cap", notamment écologique, voulu par le président de la République.

Son élection "nette" au Havre, dimanche dernier, lui a pourtant conféré une forme d’invulnérabilité, ont voulu croire ses thuriféraires.

"Quand vous avez une situation où le Premier ministre apporte satisfaction à un Français sur deux, si vous le limogez, vous prenez un risque", rappelait ainsi avant le départ d’Édouard Philippe le sondeur Jean-Daniel Lévy, directeur du département Analyse et opinion chez Harris Interactive.

D’abord celui de laisser le champ libre à un potentiel rival : pour prévenir l’écueil, Emmanuel Macron a demandé au maire du Havre de "l’aider" en travaillant à la "consolidation de la majorité" dans la perspective de 2022. L’ancien lieutenant d’Alain Juppé a accepté.