Burkina Faso
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CONTESTATION ELECTORALE AU KENYA : C’est la Commission électorale qui a prêté le flanc


Les résultats de la présidentielle du 9 août dernier au Kenya, sont connus. C’est William Ruto qui l’emporte avec 50,49% des suffrages exprimés, si l’on en croit les résultats provisoires publiés le 15 août 2022, par le président de la Commission électorale. Quant à Raïla Odinga, il récolte 48,85% des voix. Mais pour l’heure, le camp de William Ruto, déclaré vainqueur, doit se garder de tout triomphalisme dans la mesure où, quatre des sept membres de la Commission électorale, disent ne pas se reconnaître dans ces résultats qu’ils avaient d’ailleurs rejetés avant même qu’ils ne soient rendus publics. La vice-présidente qui fait partie des frondeurs, déclarait ne pas pouvoir « assumer la responsabilité des résultats qui vont être annoncés » en raison, dit-elle, du « caractère opaque du processus ». De quoi apporter de l’eau au moulin de Raïla Odinga qui estime que les résultats donnant vainqueur son adversaire, ne sont pas valides et entend user de toutes les voies de recours légales pour faire rétablir la vérité des urnes. Reste maintenant à espérer que la Cour suprême kényane, réputée pour être à cheval sur les principes, tranchera en dernier ressort et ce, de façon impartiale, en disant le droit. Si le scrutin mérite d’être annulé comme ce fut le cas en 2017, qu’elle n’hésite pas à le faire dans l’intérêt supérieur de la Nation. Mais en attendant la sentence des Sages, on ne peut s’empêcher de titiller la Commission électorale qui, tout au long du processus, n’a pas joué sainement sa partition. En effet, on se rappelle qu’en raison de certaines anomalies constatées lors de l’acheminement du matériel de vote, les élections ont été purement et simplement annulées dans certaines localités.

Raïla Odinga saura-t-il tirer toutes les conséquences de la situation ?

Certes, cela concernait essentiellement les scrutins locaux mais le candidat Odinga avait déjà, on s’en souvient, dénoncé une mesure qui ne serait pas sans conséquence sur la mobilisation de ses électeurs, étant donné que la plupart des localités concernées, étaient considérées comme ses bastions électoraux. Alors que la situation était déjà très explosive, la Commission électorale en rajoute avec ce triste spectacle en proclamant des résultats rejetés par certains des membres qui la composent ; et la majorité en plus. Quel crédit donc accorder à une telle instance électorale qui, non seulement prête le flanc, mais aussi donne l’impression de réunir, à travers ses faits et gestes, les germes de la contestation, sachant bien que le Kenya revient de loin ?  Cela dit, et en attendant que soit confirmée la victoire de William Ruto, on peut dire que le natif de Kamagut a su mener une campagne électorale autour des vraies préoccupations des Kényans : faire baisser le coût de l’alimentation face à une inflation galopante, l’emploi des jeunes,… Et ce n’est pas tout. Tout porte à croire aussi que le soutien affiché de son mentor qu’est Uhuru Kenyatta, à Raïla Odinga, que d’aucuns ont perçu comme une trahison, a rendu le vainqueur sympathique aux yeux de bien des Kényans. Comme quoi le soutien d’un président sortant à un candidat, ne garantit pas la victoire à la présidentielle pour autant qu’elle soit organisée dans la transparence. On l’a déjà vu sous d’autres cieux, en l’occurrence au Bénin où en dépit du soutien manifeste de Boni Yayi, alors président sortant, Lionel Zinsou avait mordu la poussière face à Patrice Talon dont on ne vendait pas cher la peau. On peut multiplier les exemples. En tout cas, même sonné après cinq tentatives infructueuses, Raïla Odinga, dans sa première allocution depuis la publication des résultats, a adopté une posture responsable en exhortant ses partisans à la culture de la paix. Saura-t-il seulement tirer toutes les conséquences de la situation en prenant sa retraite politique pour aller cultiver son jardin aux côtés de ses petits-enfants ?

Boundi OUOBA