Burundi
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Au coin du feu avec l’ancien député, Karenga Ramadhan

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, l’ancien député, Karenga Ramadhan.

Votre qualité principale ?

Le travail et la ponctualité.

Votre défaut principal ?

Je digère mal l’échec d’un projet ou d’une action bien entamée.

La qualité que vous préférez chez les autres ?

Ces gens qui n’ont pas le souci du lendemain.

Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ?

Le non- respect des engagements et du rendez-vous.

La femme que vous admirez le plus ?

Cette femme qui sait toujours et veut partager les réussites et les défis avec son partenaire.

L’homme que vous admirez le plus ?

Cet homme toujours prêt à servir les autres sans espérer ou exiger une contrepartie.

Votre plus beau souvenir ?

Mon passage dans la carrière d’enseignant.

Pourquoi ?

Avant d’amorcer la carrière politique, j’ai également presté en tant qu’enseignant dans diverses écoles privées de la Mairie. Un passage au cours duquel j’ai tissé des liens étroits avec certains amis qui plus tard deviendront des compagnons de lutte. Ce ricochet a permis de me faire aussi une réputation dans le milieu sportif en tant qu’encadreur, mais aussi footballeur et commentateur sportif.

Votre plus triste souvenir ?

Le discours à caractère régionaliste de l’ex-Président Micombero au stade de Muramvya en novembre 1975.

Qu’est ce qui s’est passé ?

Pour la toute 1ère fois, de mes yeux j’ai vu une haute autorité en public, appeler au régionalisme entre les gens du sud et du centre du pays.

Hélas, un épisode qui contribuera à renforcer le régionalisme déjà existant. Depuis ce discours, presque tous les ressortissants de Bururi y compris le Gouverneur de l’époque, Germain Nkwirikiye (père de Pierre Claver Rurakamvye alias « Abega », devraient chaque fois se justifier voire payer les pots cassés.

Nous avons assisté impuissants à la destruction des vestiges du passé royal, dont la case qui abritait le légendaire tambour sacré « Karyenda ». Toutefois, je dois saluer la convivialité de la population de Muramvya. Au lieu de s’en prendre à nous originaires du sud du pays, elle nous a rassurés, faisant de nous leurs amis fidèles. Un geste qui m’a fort agréablement surpris.

Quel serait votre plus grand malheur de votre vivant?

Voir le Burundi retomber dans les travers des époques tragiques de son histoire de conflits identitaires.

Selon vous, quel est le plus haut fait de l’histoire burundaise ?

Malgré les divers obstacles et les tueries qui s’en sont suivi, l’apprentissage de la démocratie entamée depuis juin 1993. Tellement, l’avènement d’un tout 1er président de la République élu laissait entrevoir cet espoir d’un Burundi nouveau.

La plus belle date de l’histoire burundaise ?

Évidemment, l’accession du pays à l’indépendance : le 1er juillet 1962.

La plus terrible ?

La crise d’avril 1972, particulièrement pour les ressortissants de Rumonge et du grand sud du Burundi. Ses conséquences multiformes restent encore vivaces dans les esprits de certaines personnes jusqu’à ce jour.

Votre passe-temps préféré ?

Je suis le fil de l’actualité, je fais la lecture.

Le métier que vous auriez aimé exercer ?

Consultant en matière médiatique, politique et diplomatique.

Dites-nous, comment avez-vous atterri dans le métier de journalisme ?

Je dirais que j’ai toujours était habité par cette volonté d’informer correctement le public. Un sacré challenge, parce qu’à l’époque de la guerre froide, certains médias désorientaient l’opinion sur les causes réelles des conflits au Burundi et de toute l’Afrique des Grands Lacs.

Dans votre carrière journalistique, vous avez eu à travailler pour de nombreux médias internationaux. Quel souvenir gardez-vous lors de votre passage ?

Une franche collaboration, une riche documentation, mais aussi et surtout une liberté d’émancipation et un encouragement pour les initiatives personnelles et la créativité.

Ancien journaliste, comment analysez-vous l’évolution du journalisme au Burundi ?

Très positive et prometteuse, malgré la période creuse de 2015. Je pense, d’ailleurs que cette période devrait servir de déclic pour redonner au métier ses lettres de noblesse au lieu de rester prisonnier du passé. J’ai vraiment confiance en la nouvelle génération des professionnels de média au Burundi.

Quel souvenir gardez-vous de votre passage à l’hémicycle de Kigobe ?

C’était une très riche expérience d’avoir eu à travailler en harmonie et confiance avec des collègues venant de sensibilités politiques autres que les miennes.

Votre lieu préféré au Burundi ?

« Mon chez moi », à Rumonge.

Le pays où vous aimeriez vivre ?

Nulle part ailleurs qu’au Burundi. Après avoir vécu très longtemps à l’étranger, je garde encore la nostalgie de mon pays natal.

Le voyage que vous aimeriez faire ?

Me rendre dans les pays voisins en bateau.

Durant votre carrière tant politique que journalistique, un regret particulier ?

Je n’ai jamais regretté sur l’une ou l’autre étape de mon parcours politique et professionnel. C’était un choix minutieusement préparé et assumé sans aucune contrainte ou influence. J’en suis fier d’ailleurs.

Votre rêve de bonheur ?

Savourer mes derniers jours à côté des miens au bord du lac Tanganyika tout en m’occupant de la rédaction de mes mémoires.

Votre plat préféré ?

Je ne peux pas me passer du poisson du lac et de notre pâte froide du manioc “akarobe ».

Quelle radio écoutez-vous ?

Aucune station particulière.

Avez-vous une devise ?

Travail, Ordre et Propreté.

Comment le journaliste Karenga tant réputé pour ses opinions, des fois tranchées, est devenu membre du Cndd-Fdd ?

C’est le prolongement voire l’aboutissement normal de notre action de défenseur des droits humains. Ceci dit, après avoir connu presque tous les courants politiques et groupements qui n’arrivaient toujours pas à s’affirmer sur le terrain, j’ai vu dans le parti Cndd-Fdd, un parti désireux de servir et défendre l’intérêt du pays.

Avec du recul, comment analysez-vous l’évolution de votre parti politique ?

Étant parmi les premiers initiateurs du mouvement aujourd’hui devenu un parti politique fortement structuré et implanté dans tout le pays, je suis fier de l’étape franchie en matière surtout de gouvernance et de gestion. En guise de référence, actuellement, le changement à la tête du parti se fait sans heurts et d’une façon apaisée. Le contraire des années antérieures. A l’époque, l’arbitre c’était, la « roquette ». Une autre facette remarquable, c’est l’’inclusion de membres de toutes les composantes de la population.

Le voyez-vous rester au pouvoir encore d’ici 20 ans ?

Affirmatif ! Aussi longtemps que l’opposition burundaise restera divisée et au vu de la débandade de certains partis politiques et autres visiblement en congé faute d’arguments solides et convaincants, le CNDD-FDD est et restera la principale force politique du Burundi.

Votre souvenir du 1er juin 1993 (le jour où le président Ndadaye a été élu) ?

Oh combien c’était bon de savourer le réel parfum de la démocratie. Des réjouissances de courte durée. A mon avis, les gagnants tout comme les perdants n’avaient pas convenablement préparé leurs sympathisants à bien digérer le verdict. Hélas, il a fallu traverser diverses crises pour commencer à se ressaisir.

D’aucuns disent que le spectre d’une guerre civile planait au lendemain de ces élections. Votre commentaire?

Je partage aussi cette approche. Très convaincu de cette possible tournure, je me souviens que lors d’un point de presse organisé par le FRODEBU à l’hôtel Novotel, juste à la veille des élections de juin 1993, je me suis permis de poser cette question à Mr Ndadaye en personne. En effet, diverses sources concordantes indiquaient que certains ténors de l’armée burundaise n’allaient pas accepter le verdict des urnes en cas de défaite électorale du Major Buyoya.

Ancien président du Conseil National pour la Communication(CNC), dans la loi sur la presse en gestation, qu’est-ce qui doit être amélioré ?

Je ne crois pas vraiment que le texte a réellement besoin d’être révisé. La version actuelle manque surtout des textes d’application pour rendre le texte plus effectif. C’est notamment, le cas par exemple de l’aide publique aux médias qui est précisée dans la loi, mais aucune suite réservée alors que les organes de presse tant publics que privés fonctionnent dans leur majorité très difficilement. C’est dans ce contexte que notre passage à la direction de l’autorité de régulation se félicite d’avoir initié le Registre national des Médias matérialisé par la mise en place de la carte de presse pour permettre aux professionnels de travailler en toute sécurité, mais aussi de faire valoir leurs droits.

Si jamais vous (re)deveniez ministre de la Communication et des Médias, quelles seraient vos mesures urgentes ?

Le renforcement des capacités des organes de presse. Les journalistes, les techniciens doivent être de vrais professionnels. L’octroi des avantages prévus par la réglementation en vigueur et le retour strict à l’éthique et au respect scrupuleux des textes réglementaires seraient l’autre étape.

Croyez-vous à la bonté humaine ?

J’y crois beaucoup. Toutefois, je dois dire que la nature humaine est toujours résistante au changement.

Pensez-vous à la mort ?

En Islam, on nous apprend toujours à songer à la mort au moins cinq fois par jour, si possible de se munir chaque fois que de besoin lors de nos déplacements de son linceul et autres besoins relatifs à l’éventuel ensevelissement loin de chez soi. Donc, j’apprends à vivre avec cette certitude.

Si vous comparaissez devant Dieu, que lui direz-vous ?

Ayez pitié pour tous ceux qui nous ont offensés et pardonnez-nous nos offenses.

Propos recueillis par Hervé Mugisha