Burundi
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Le président Neva devant les médias

Politique, liberté de la presse, montée des prix et pénurie des produits alimentaires, dossier des putschistes de 2015, groupes armés à l’Est de la RDC, normalisation des relations avec le Rwanda, …le président Evariste Ndayishimiye a tenu, ce mardi, 10 mai, une conférence de presse. A Ntare House, pendant plus de 6 heures, les journalistes ont posé toutes les questions sur la vie nationale.

C’est une première du genre depuis son investiture en 2020. Cette fois-ci, pas de réunions de rédactions préalables pour ’’vérifier ou orienter’’ les questions et designer à l’avance les journalistes qui vont les poser. Une exigence lors des conférences publiques du président.

A Ntare House, le Palais présidentiel, sis en commune Mutimbuzi, juste à la sortie de la ville de Bujumbura vers le nord du pays, les journalistes ont été très matinaux..
A 7 heures, des véhicules commencent à déposer les premières équipes. Sur l’invitation, il était bien mentionné que tous les journalistes doivent arriver à 7 h 30.

Un rendez-vous globalement respecté. Et pas d’injonction spéciale en ce qui concerne l’accoutrement. Pas de tenue de ville exigée, juste une tenue relax. Mais, certains journalistes, des ’’chefs’’ tiendront quand même à mettre la tenue de ville. Histoire, peut-être, de garder leur rang ou se distinguer des reporters.
9 heures. Dans la salle des conférences de la présidence, bien climatisée, des journalistes prennent place en attendant l’arrivée du président Neva. Ils échangent sur tout.

L’équipe ’’Com’’ ‘de la présidence, s’activent. Mais, aucun ministre dans les parages, encore moins de grands conseillers, que de journalistes, les cameramen font leurs réglages, les photographes vérifient leurs appareils.
Presqu’une heure et demie, le président arrive. Enfin. Et d’habitude, une prière va être faite par un prêtre qui est aussi journaliste. Et l’hymne national va suivre.

Mme Evelyne Butoyi, porte-parole du président de la République, maître des cérémonies appelle les journalistes à poser toutes les questions sur toute la vie nationale du pays sans faux-fuyants.

A sa prise de la parole, le président Evariste Ndayishimiye souligne sa ferme volonté de voir une presse libre comme signe de la démocratie. « Cette conférence de presse est spéciale pour les journalistes. Elle permet de consolider tous les engagements en matière de démocratie. Un journaliste pose des questions sur ce qu’il a constaté pour inciter les autorités à agir », a-t-il déclaré avant de donner le temps à des séries de questions.

Sur la question en rapport avec la rétention de l’information par certaines autorités, le président Ndayishimiye a été clair : « Les dirigeants qui ont peur, qui détestent les journalistes et retiennent l’information ont des choses à cacher, à se reprocher. Ils se culpabilisent. Un journaliste montre aux autorités ce qu’il faut changer».
Pour lui, un dirigeant qui sert le pays avec efficacité invite la presse pour exposer ou vanter ses réalisations. Il a appelé les pouvoirs publics à se ressaisir pour s’atteler au développement.

Il dit reconnaître le rôle du journaliste : « Tout journaliste peut faire discrètement des investigations sur certains sujets. Il peut même trouver des réalités que les enquêteurs peuvent ne pas connaître. Cela éclaire les décideurs ».
Invité à faire un bilan de sa devise  » que chaque bouche ait à manger et que chaque poche ait de l’argent », après deux ans de son mandat, le président Neva a reconnu que le but n’est pas encore atteint : « Le combat continue. Tous ensemble, c’est possible ». Il a ainsi appelé les Burundais à s’atteler au travail pour arriver à un développement intégral et durable.

Les journalistes ont aussi demandé que l’accès des médias privés à la couverture du discours à la Nation du président. Là, le président Ndayishimiye a promis de s’entretenir avec ses services chargés de la communication pour trouver une solution.

En ce qui est d’accompagner le président dans ses missions officielles à l’étranger, la réponse a été vite donnée : « Les moyens ne permettent pas de voyager avec tous les journalistes. Ceux qui le peuvent avec leurs moyens sont les bienvenus ».

Les relations avec d’autres pays

Neva : « Les autorités qui ne communiquent pas ont des choses à se reprocher »

« A quand la réouverture des frontières avec le Rwanda ? », a demandé un journaliste au président Ndayishimiye. Là, le chef de l’Etat a répondu que le processus de normalisation des relations avec le Rwanda est en cours.
Il a rappelé l’exigence de Gitega de voir Kigali lui remettre les présumés auteurs de la tentative de coup d’État de 13 mai 2015 : « Il y a des envoyés spéciaux et échanges des messages entre les deux pays. Certains organes judiciaires se sont rencontrés pour étudier la question des putschistes. J’espère que d’ici sous peu, ils vont nous les remettre ».
Le président a rassuré qu’il il y a une ferme volonté politique : « Il y avait une mésentente mais nous sommes condamnés à vivre ensemble. Pas de haine entre Burundais et Rwandais. Les Rwandais viennent savourer le Mukeke et l’air frais du lac Tanganyika ».

Revenant sur le cas des putschistes de 2015 déjà condamnés par la justice burundaise, il a signalé qu’il est même en contact avec eux : « Je ne suis pas content que les gens croupissent dans les prisons. Même les putschistes ont envoyé un messager pour demander pardon. Ils ont avoué d’avoir mal fait. Je suis en contact avec eux en tant que Père de la Nation ».

Quid de la position du Burundi sur l’invasion de l’Ukraine par la Russie. « Notre pays a choisi la neutralité dans les conflits dans le monde. On a choisi d’être partie aux solutions au lieu d’être partie au conflit. Cela ne devrait inquiéter personne », a-t-il souligné.

Interrogé sur ce dernier appel lancé aux groupes armés burundais se trouvant sur le sol congolais à son retour du mini-sommet sur l’insécurité à l’est de la République démocratique du Congo, le président Evariste Ndayishimiye se dit ouvert : « Si le Red-Tabara et les Fnl demandent à négocier, nous sommes prêts à les accueillir et à dialoguer avec eux ».
Et d’ajouter : « C’est le rôle du gouvernement d’écouter les doléances de tous ses enfants et d’apporter des réponses. » Il a insisté sur la nécessité et l’importance du dialogue pour bâtir une société juste et prospère : « Un dirigeant qui n’accepte pas le dialogue ne vaut rien ».

Hausse des prix et pénurie des produits de première nécessité

Selon le président de la République, à part la crise provoquée par la guerre entre la Russie et l’Ukraine, la pénurie et la hausse du prix du carburant s’expliquent par le manque de devises : « Les quantités importées sont proportionnelles aux devises disponibles. Le gouvernement a abandonné les impôts pour stabiliser les prix. On n’avait pas d’autres choix que d’augmenter un peu le prix ».

Pour les produits alimentaires, il a reconnu que les prix ont pris l’ascenseur. Là, il a expliqué qu’il a appris de ses services de renseignements que des produits comme le haricot sont exportés à Oman et Dubaï provoquant ainsi la pénurie sur le marché : « En plus, le ministre chargé de l’Agriculture n’est pas au courant de cela. Il y a des quantités interceptées car dans ces pays un kilo de haricot jaune coûte environ 12 dollars américains. » Il a également expliqué que la production n’a pas été bonne dans le pays.

Pour le président Ndayishimiye, la construction du chemin de fer reliant la Tanzanie, le Burundi et la RDC, va apporter une réponse à la hausse de prix des produits importés. Car, a-t-il motivé, puisque, on pourra arriver à Dar-es-Salaam en onze heures seulement à partir de Bujumbura.

« Les études de faisabilité sur le tronçon Dar-Es-Salaam-Gitega sont déjà terminées. Il ne reste qu’à attribuer les marchés. » Il a fait savoir que les études pour le tronçon à partir de Gitega vont bientôt commencer.
Le président de la République s’est exprimé sur les contrats miniers. « Les négociateurs de ces contrats n’ont pas pensé aux intérêts de la nation. Ils sont remplis d’irrégularités. Les mines profitent aux étrangers au détriment du Burundi détenteur de ces richesses », a-t-il regretté.

Pour lui, les contrats sont suspendus pour permettre au gouvernement de gagner son dû. Il a également précisé que ceux qui ont signé ces contrats injustes doivent s’expliquer.

De l’électricité pour le développement du pays

« Il n’y a pas de développement sans électricité », a déclaré le président Ndayishimiye. Néanmoins, il a déploré, malheureusement, qu’au Burundi, certains de ceux qui devraient promouvoir ce secteur ne le font pas convenablement. Là, il est revenu sur le cas du barrage hydroélectrique de Mpanda où il y a eu des détournements. Et de promettre que tout l’argent volé sera remis dans les caisses de l’Etat.

Dans ce même secteur, le président a rassuré que malgré les handicaps, le Burundi est sur une bonne voie : « Trois barrages sont en cours de construction. Il y a le barrage de Ruzibazi qui est au point d’être achevé. Malheureusement, là aussi, j’ai constaté qu’il y a un problème. Ceux qui vont faire la distribution de Ruzibazi ont été distraits. Là, j’ai déjà mis en garde cette société. Si elle dépasse la date convenue, elle va être chassée du pays sans retour. Car, j’ai constaté qu’il y a une certaine lâcheté. Ne pas installer les poteaux alors qu’ils ont des câbles, c’est inconcevable. On dirait qu’il y des gens qui leur conseillent de saboter le développement du Burundi ».

Pour le barrage de Kaburantwa 16 (Kabu16), il a signalé qu’après l’arrêt des travaux, aujourd’hui, il y a une commission chargée du suivi et les travaux avancent normalement. Idem pour Jiji-Murembwe.
D’après le président, beaucoup de tricheries ont caractérisé le fonctionnement dans ce domaine dans le passé. Mais, il se veut rassurant : « Bientôt, les choses vont s’améliorer. Le DG de la Regideso m’a promis que même les compteurs seront bientôt disponibles. Et le prix d’un compteur ne va pas dépasser 120 mille BIF ».

Toujours dans ce secteur du développement, le président a souligné que les routes sont aussi nécessaires pour faciliter le transport, la communication. Néanmoins, il a signalé que des cas de tricheries, de corruption dans la construction des routes sont nombreux. Il a donné le cas de la route Bubanza-Ndora ou Nyamitanga qui sont en mauvais état alors que la réception n’a pas encore eu lieu : « Ce qui est navrant, nous avons constaté que les tricheries se passent au moment de la passation du marché. On peut trouver un dossier et on se demande si réellement le concepteur a un niveau requis. Moi je pense qu’ils se conviennent sur des montants à partager après. C’est honteux ».

Et d’insister sur la route nouvellement construite menant vers l’aéroport international Melchior Ndadaye : « Moi, je pensais que ce sont les constructeurs qui ont mal fait leur travail. J’avais même recommandé l’arrêt des travaux. J’avais même donné un ordre de ne pas les payer parce qu’ils n’ont pas respecté les dimensions ».
D’après le président Ndayishimiye, cette route devrait avoir les mêmes dimensions que celles du boulevard Mwezi Gisabo, avec des poteaux électriques au milieu.

Après avoir consulté le dossier, il a été surpris de voir qu’il n’y a que 60 cm entre les deux routes : « Dites-moi comment dans 60 cm tu peux installer un poteau électrique ? Et là, on se demande si le concepteur a réellement étudié. Les auteurs doivent être interrogés. Ils ont falsifié trop de choses. Le constructeur, quant à lui, a respecté la commande ».

Retour sur le dossier Dr Sahabo

S’exprimant brièvement sur l’emprisonnement du docteur Christophe Sahabo, directeur général de l’hôpital Kira Hospital, une question qui n’était pas pourtant posée, le président a tenu à éclair l’opinion : « On m’accuse de l’avoir emprisonné à cause de son ethnie. Est-ce que quelqu’un peut être emprisonné pour ça ? »

Il a expliqué avoir suivi le dossier de prêt. Pour lui, ce sont des enquêtes qui sont en cours pour déterminer où est passé l’argent de l’Etat. D’après lui, les sociétés publiques et le gouvernement sont des actionnaires majoritaires. « C’est le combat pour ramener les fonds dans la caisse de l’Etat et la vérité doit être connue », a-t-il souligné.

Quid de la gestion des retraités ?

Le Chef de l’Etat échangeant avec les journalistes à bâtons rompus autour d’un verre

Pour la question des retraités, le président Ndayishimiye est convaincu que ce qu’il a promis en matière de gestion des retraités est possible. Il ne manque que la volonté : « Pour que cela soit possible, il a fallu que le Premier ministre prenne la question en mains. Car, il y a des gens qui font des calculs mesquins. Est-ce qu’il n’y a pas des réserves avec toutes les cotisations faites depuis longtemps ? »

Et de poursuivre son analyse : « Dites-moi, est-ce que vous avez un jour entendu la Mutuelle de la fonction publique avec des reliquats ? Est-ce que toutes les cotisations sont utilisées pour soigner les fonctionnaires ? »
Pour le président Ndayishimiye, ce sont ces petites choses qui font reculer le pays. Il a d’ailleurs dénoncé ces tricheries utilisées dans les sociétés étatiques pour détourner les deniers publics : « Ces derniers jours, j’ai entendu que la Mutuelle voulait acheter une maison de 7 milliards BIF. Et je leur ai demandé pour quelle utilisation ? Et je leur ai dit : comme vous avez l’argent, venez, je vais vous montrer un terrain pour construire un bâtiment. Pourquoi acheter au lieu de construire ? »

Pour le président Neva, là aussi, il y avait une odeur de détournement via les marchés publics : « Si on leur demandait de montrer combien de bureaux manquants, sûrement, qu’ils ne pourraient pas répondre ».
La Mutuelle de la fonction publique n’est pas selon lui un cas isolé. Il a cité aussi l’Office du Thé du Burundi (OTB) : « Un jour, j’ai entendu que l’OTB est en train de construire un hôtel à Ijenda. Et je leur ai demandé : ’’est-ce que l’OTB a une mission de construire des hôtels ? C’est incompréhensible. Imaginez-vous l’OTB en train de construire des complexes hôteliers ».

Et de revenir sur la Mutuelle : « Elle voulait construire une salle des conférences à Bururi au lieu de construire des pharmacies. C’est déplorable ».

Pour le chef de l’Etat, il est temps qu’on se ressaisisse pour avancer : « Oui, pour ne pas être distrait, on ne va pas revenir sur les dossiers des années 80, mais traçons une ligne et avançons ».
Les journalistes ont aussi voulu savoir ce qui est prévu pour ceux qui travaillent chez les privés. Là, le chef de l’Etat a avoué qu’il serait difficile à l’Etat de s’occuper des gens dont il ne connaît pas l’effectif.

Ainsi, il a demandé aux employeurs privés de s’occuper de leur staff dans la protection sociale. Le président Ndayishimiye a d’ailleurs indiqué que même ces vieux, ces handicapés, ces orphelins, … ont besoin d’une protection sociale.
Cette conférence de presse animée par le chef de l’Etat s’est terminée par le partage d’un verre. Le président Evariste Ndayishimiye a fait le tour des tables, pour prolonger les échanges de façon décontractée et conviviale.

Il y en a qui ont profité de ces instants détendus pour les selfies, d’autres pour placer d’autres questions et le chef de l’Etat, fidèle à l’hashtag ’’Jamais sans les médias’’, est resté quelques minutes supplémentaires pour cette sorte de prolongation.