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Chers lecteurs

Il est un trait des Québécois qui explique en partie la difficulté d’admirer l’Autre, comme si cela trahissait un complexe d’infériorité face à celui pour lequel on éprouve ce sentiment.

Un sentiment qui nous déposséderait de notre capacité à penser par nous-mêmes. S’y ajoute notre tendance à personnaliser nos divergences de vues. L’art de débattre donc apparaissant comme psychologiquement intolérable.

Cela se résume par une phrase brutale et lapidaire : « j’aime ou je hais ». Il ne faut pas s’étonner alors de la difficulté d’organiser ici de vrais débats à la télévision, comme on voit en France où les débatteurs peuvent se crêper le chignon avant de se retrouver ensuite ensemble au restaurant à causer agréablement.

II y a dans ces traits culturels la peur d’être rejeté. En clair, de ne pas être aimé. C’est pourquoi j’ai souvent écrit que nous, les Québécois francophones, étions des carencés affectifs.

Critique légitime

Ma lettre ouverte à François Legault, parue hier dans Le Journal, a déclenché le même réflexe. Nombre de lecteurs m’ont traitée de groupie. Pourtant, il me semblait important de critiquer le premier ministre pour la façon dont il gouverne depuis quelque temps tout en reconnaissant sa fatigue qui se manifeste par des réactions colériques ou abruptes.

Les groupies n’ayant pas de distance critique, il s’agit donc d’une délégitimation de mon texte, qui ne prétend pas être objectif. Car il arrive trop souvent à des lecteurs de reprocher aux chroniqueurs leur manque d’objectivité, ce qui est une contradiction dans les termes. Un chroniqueur n’est pas un reporter. Sa matière repose sur ses connaissances et son interprétation personnelle.

Nous vivons présentement une période difficile. Pour les citoyens, mais d’abord et avant tout pour ceux qui nous gouvernent. Car jamais dans les dernières décennies nous n’avons été témoins d’autant de dérives de la part de gens qui méprisent la démocratie, qui rêvent d’anarchie et qui sont habités par des haines diverses.

C’est pourquoi les partis d’opposition au Québec doivent choisir leur vocabulaire. Non, François Legault n’a pas tué les vieillards des CHSLD, comme l’avait presque laissé entendre la chef de l’opposition. Nous ne sommes pas dirigés par des traîtres, des vendus ou des fourbes, comme le répètent depuis des mois des démolisseurs actuels de notre modération collective.

Tête froide

Nous vivons de mesures d’urgence, d’inconnues scientifiques et de perturbations sociales, qui nous plongent dans des abysses émotionnels. Garder la tête froide est un exercice périlleux. C’est un devoir de pratiquer la retenue envers ceux qui nous gouvernent et qui sont renvoyés à une solitude découlant de leur fonction, qui n’a rien d’enviable.

Tous ceux qui participent à accentuer l’atmosphère délétère dans laquelle nous baignons, ces supposés citoyens qui ne cherchent qu’à exacerber nos divergences, à briser les quelques solidarités de base qui rendent vivables nos vies kidnappées par la peur de la mort qui rôde, ces gens doivent être neutralisés par notre désir de vie et d’espoir.

Le gouvernement Legault s’est comporté à ce jour comme un protecteur du bien commun. Avec ses forces et en dépit de ses faiblesses. Car la perfection n’est pas de ce monde. L’écrire ne fait pas de moi une idéologue et une naïve. Je suis une libre-penseuse et fière de l’être.