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La trilogie 1979, 1980 et le Blue Monday

Le réalisateur-cinéaste québécois Ricardo Trogi nous a présenté la trilogie de son autobiographie. En 2009, le film 1981, cinq ans plus tard, il nous a offert 1987 et en 2018, il a terminé avec 1991. 

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Les Expos ont aussi leur trilogie, soit 1979, 1980 et le Blue Monday

Retournons en 1979. Après le dernier match de la saison au Stade olympique, les joueurs attendaient impatiemment dans le vestiaire le résultat du match impliquant les Pirates de Pittsburgh. Une défaite de ces derniers, et les Expos devaient se rendre à Atlanta pour disputer un match remis à cause de la pluie. Hélas, les Pirates ont gagné, éliminant ainsi les Expos.

Dame nature a ainsi fait mal aux Expos.

1980

L’avant-dernier match de la saison 1980 est disputé au Stade olympique face aux Phillies pour déterminer le premier rang de la saison. La partie est prévue pour 13 h. Il pleut. Les 50 794 spectateurs patientent jusqu’à 19 h 30 pour le début de la rencontre.

Début de la 11e manche, deux retraits, avec un coureur sur les buts, le redoutable frappeur des Phillies Mike Schmidt retrousse le lancer de Stan Bahnsen loin par-dessus la tête du voltigeur Jerry White pour un circuit qui procure le championnat aux Phillies. 

Encore là, la pluie vient faire des siennes au détriment des Expos.

Ça se poursuit  

Le dimanche 18 octobre 1981, c’est la fin de la trilogie. Permettez-moi de vous raconter ce qui s’est passé dans les coulisses du Stade olympique.

Le dernier match de la série de championnat de la Ligue nationale était prévu à 13 h 05. En 1981, l’une de mes fonctions avec les Expos était de gérer les activités d’avant-match et d’être en communication régulièrement avec celui qui me transmettait les prévisions météorologiques en direct de l’aéroport de Dorval.  

Puisque la pluie tombe sur Montréal, je communique toutes les 30 minutes avec celui qui surveille l’évolution de la météo sur son écran radar à Dorval. Sans perdre de temps, j’avise le président de la Ligue nationale, Chub Feeney, que la pluie devrait cesser en début d’après-midi. Le match est retardé.

Il est 16 h puis 17 h puis 18 h et il pleut toujours. Vers 18 h 15, le météorologue m’avise que la pluie devrait cesser vers 19 h 30. Je me dirige vers le gérant des Expos Jim Fanning pour l’informer de la situation. En discutant avec lui, il m’avoue qu’il aimerait mieux que le match soit remis au lendemain, car son lanceur Ray Burris sera plus frais et dispo.

Le message de « Gentleman Jim » était clair, mais subtil. Vers 19 h, le président de la Ligue nationale Chub Feeney parle avec le spécialiste de la météo à l’aéroport, qui l’informe que la pluie pourrait se poursuivre jusqu’à 20 h. Après avoir raccroché le téléphone, il remet le match au lendemain. À la suite de l’annonce, il a cessé de pleuvoir 20 minutes plus tard. Jusqu’à son décès, chaque fois que M. Feeney me croisait, il me saluait comme Monsieur Météo. 

Le fameux Blue Monday

Nous voilà rendus au lundi 19 octobre. Nous sommes en 9e manche et jamais si près d’une participation à la Série mondiale. Le champagne est sur la glace et tout est prêt pour célébrer la conquête.

On connaît l’histoire. Rick Monday frappe l’offrande du lanceur droitier Steve Rogers vers le champ centre. De l’abri, tout le monde croit qu’Andre Dawson captera la balle. Au grand dam des spectateurs et des joueurs, la balle disparaît derrière la clôture. C’est la consternation dans l’abri. D’un élan de son « Louisville Slugger », le frappeur gaucher venait de faire disparaître le beau rêve d’une participation de Nos Amours à leur première Série mondiale.

Après le match, dans le vestiaire des Dodgers, certains joueurs chantaient à gorge déployée Valderi Valdera, une pièce qui a été popularisée par l’organiste Fernand Lapierre lors des moments de célébrations au parc Jarry et au Stade olympique.

Pendant que c’était l’euphorie dans le vestiaire des Dodgers, quelques pas plus loin, c’était la désolation chez les Expos. Les joueurs étaient assis silencieusement devant leur casier. Une ambiance de salon funéraire régnait. Un des moments les plus tristes que j’ai vécus durant ma carrière avec les Expos a eu lieu dans le bureau du gérant après le match.

Ébranlés par cette défaite crève-cœur, Jim Fanning et John McHale, le président de l’équipe et un homme de grande classe, pleuraient à chaudes larmes.

La trilogie s’est terminée sur la même note que celle du début : avec la pluie !