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Canada

«On peut être libéral et flexible, tout est possible»

À quelques semaines du déclenchement de la campagne électorale fédérale, notre chroniqueuse Fatima Houda-Pepin a rencontré les têtes d’affiche québécoises des quatre principaux partis. Une série d’entrevues à lire jusqu’à mardi.

De réfugié à ministre

Fatima Houda-Pepin: M. Rodriguez, présentez-vous aux gens qui ne vous connaissent pas.

Pablo Rodriguez: Je suis Pablo Rodriguez, né en Argentine. Nous sommes arrivés ici, ma famille et moi, en tant que réfugiés politiques. Mon père était avocat et s’était présenté pour le poste de gouverneur.

Sous la dictature militaire en Argentine, il a été emprisonné et torturé. Notre maison a été bombardée et nous étions tous blessés. C’était juste une question de temps avant qu’ils réussissent à nous tuer. Donc nous sommes partis. 

On a débarqué au Québec, en octobre 1974, j’avais presque 8 ans. Je ne savais rien de la culture d’ici, alors j’ai commencé à jouer au soccer, et je me suis impliqué dans mes écoles, comme président de classe. Mes deux parents avaient 38 ans. Ils avaient une profession en Argentine, mais avaient tout perdu. Il fallait commencer à zéro. 

Mon père travaillait la nuit sur Chabanel en faisant du cuir. Ma mère travaillait dans une garderie. Graduellement, les deux ont fait leurs études jusqu’au doctorat. Mon père a fait un postdoctorat et était professeur à l’Université de Sherbrooke, pendant longtemps.

Après avoir survécu à ces péripéties, mon père m’a dit: «Mon fils, le Canada est un pays d’opportunités. Tu peux faire tout ce que tu veux ici, mais, s’il te plaît, pas de politique.» Et ça n’a pas marché. (Rires.)

Un militant dans l’âme

FHP: Avant le Parti libéral du Canada, est-ce que vous vous êtes impliqué dans un autre parti politique?

PR: Oui, le Parti libéral du Québec, du temps de Robert Bourassa. J’ai commencé comme militant avec les jeunes libéraux au Québec. J’étais sur l’exécutif avec Mario Dumont. 

Et lorsque Mario a quitté avec la très grande majorité du caucus de la Commission jeunesse, nous étions quelques-uns à être restés. C’est là qu’est survenu Charlottetown. Au Parti libéral du Canada, on m’avait remarqué à cause de ma participation à des débats, et on m’a demandé de m’y joindre, ce que j’ai fait. D’abord, comme président des jeunes libéraux pour le Québec, ensuite comme président des communications, puis comme président du parti.

FHP: Donc ce goût pour la politique vous vient de la famille. Même si votre papa vous a conseillé de ne pas le faire. Avec une famille qui a subi les aléas de la politique, vous avez sûrement été marqué. C’était plus fort que vous, n’est-ce pas?

PR: Oui, j’ai ça dans le sang. C’est une question de volonté de changer les choses. 

FHP: Vous portez différents chapeaux. Quel est votre rôle comme coprésident de la campagne électorale pour le Parti libéral du Canada?

PR: Je suis coprésident de la campagne électorale du PLC au Québec et membre de l’équipe nationale du PLC. C’est le même poste que j’occupais à l’élection de 2015, quand M. Justin Trudeau, pour qui j’avais dirigé le leadership au Québec, est devenu chef du parti. 

Il m’avait demandé d’agir comme coprésident de la campagne au Québec. Mon travail consiste à coordonner l’équipe qui travaille avec notre organisatrice en chef, Marie-Laurence Lapointe, l’équipe de la permanence et les bénévoles. Plus précisément, je dois:

1. Identifier les candidats;

2. Bâtir les équipes autour d’eux; 

3. Amener une saveur québécoise au niveau de la plateforme électorale;

4. Préparer la stratégie de communication au Québec;

5. Conseiller sur le plan de la stratégie de publicité. Par exemple, on a fait une précampagne publicitaire. «On se tient debout.» On a été très impliqués là-dedans.

Organisation et stratégie électorale  

FHP: Quel est l’état de l’organisation électorale, à quelques semaines du déclenchement de la campagne électorale, en termes de recrutement à l’échelle nationale et au niveau du Québec, au chapitre du financement et de l’organisation? Où en êtes-vous? 

PR: La façon la plus simple est de comparer où on était la dernière fois par rapport à aujourd’hui. Au moment de déclencher les élections en 2015, on avait six députés au Québec. On avait subi une dégelée aux élections de 2011. La vague orange avait engendré une nouvelle réalité politique. Le Bloc québécois avait été ramené à quatre députés, et nous, à six. On n’avait pas d’argent. C’est dans ce contexte-là que M. Trudeau est arrivé. Avec des bénévoles autour de lui, on a redéfini et modernisé le parti en utilisant les nouvelles technologies et on s’est lancé à la course. Donc de six députés et pas d’argent à 40 députés, aujourd’hui. Nous avons beaucoup plus de sous que la dernière fois et plus d’expérience aussi. Par rapport au passé, on est largement en avance. 

FHP: Avez-vous tous vos candidats au Québec? 

PR: Presque tous. Il nous manque quelques comtés, mais il y a des gens qui sont pressentis et des discussions à l’interne. Mais ça va bien. D’ici deux semaines, ça devrait être complété. 

FHP: Quelles sont les régions dans lesquelles vous espérez faire des gains au Québec?

PR: On espère faire des gains à plusieurs endroits. Il y a des comtés où on a fini très près en 2015: la Rive-Sud de Montréal, Montréal, le Saguenay–Lac-Saint-Jean, l’Estrie. Ça dépend beaucoup de la dynamique locale et de la force des candidats. On a de bons candidats. Je suis confiant. Lorsqu’il y a quatre partis qui s’affrontent, il est possible de gagner un comté avec seulement 30% des voix. C’est vrai pour nous et pour les autres partis. 

FHP: Quels sont vos pronostics pour l’élection du 21 octobre pour le Québec et pour le Canada? Avez-vous atteint vos objectifs de financement?

PR: Au niveau des fonds, pour la première fois, on va être vraiment à armes égales, même que dans certains comtés au Québec, on a plus d’argent que les conservateurs. Il faut se rappeler que lorsque nous avons fait l’élection de 2015, les conservateurs avaient beaucoup plus d’argent que nous dans plusieurs comtés au Québec. La tendance est maintenant inversée. Nous avons plus de sous qu’eux. Au niveau national, la limite des dépenses autorisée est de 28 millions de dollars. Nous avons l’argent qu’il faut. Je pense que les conservateurs et nous, nous allons dépenser la limite permise. Par contre, là où je vois quelque chose de positif, c’est au niveau des comtés. Nous avons beaucoup plus de sous et ce n’est pas étranger au fait que nous avons gagné 184 comtés à la dernière élection. Nous pouvons aussi compter sur les députés en place qui ont bâti une structure de campagne et du financement.

FHP: Pourquoi le Parti libéral du Canada n’a-t-il pas de lieutenant politique au Québec?

PR: On n’en a pas senti le besoin. Le premier ministre est un Québécois. On a un caucus fort de 40 députés. Les Québécois sont bien représentés au cabinet et nos ministres détiennent des portefeuilles importants. De plus, au moment des élections, on nomme des Québécois à des postes de responsabilités, dont moi-même et Mme Le Bouthillier, tous deux coprésidents de la campagne. 

Liberalis comme dans libéral

Le premier ministre Justin Trudeau a nommé Pablo Rodriguez ministre du Patrimoine canadien et du Multiculturalisme, en juillet 2018.

Photo d’archives, Christopher Nardi

Le premier ministre Justin Trudeau a nommé Pablo Rodriguez ministre du Patrimoine canadien et du Multiculturalisme, en juillet 2018.

FHP: La précampagne, vous y avez fait allusion au niveau de la publicité. Cette publicité s’oriente pour être assez négative. Est-ce que le salissage des campagnes électorales est désormais inévitable? Est-il nécessaire de passer par là pour vendre son programme et convaincre les électeurs?

PR: Le principal message de notre campagne était «On se tient debout». Ce qu’on veut dire aux Québécois, c’est ceci: on vous a promis telle et telle chose, c’est beau, on a livré. Cela dit, on doit aussi parler de nos adversaires, ce n’est pas toujours notre préférence, parce qu’on se définit l’un par rapport à l’autre, mais on doit parler des conservateurs. Par exemple, sur la question des coupes en Ontario, il est permis pour nous de parler de Doug Ford, parce qu’il a fait des compressions draconiennes qui affectent les francophones. Ce qui est inacceptable, c’est qu’Andrew Scheer n’a rien dit. Est-ce que je dois occulter ça? Non, je ne pense pas. 

FHP: Je parle de la publicité négative tout au long de la campagne, indépendamment du sujet abordé. De toute évidence, les feux sont sur les chefs. Est-ce que les campagnes négatives en tant que moyen d’influencer les électeurs est quelque chose d’inévitable? Est-ce que c’est la norme désormais?

PR: J’espère que non. Ça fait partie de l’ensemble des campagnes. Lors de celle de 2015, M. Trudeau a essayé de se définir comme un nouveau leader, de façon positive, ce qu’il a réussi à faire. Maintenant, on s’affronte. Des fois, on est plus dur envers l’adversaire que d’autres, mais je pense qu’à terme, la différence est que cette fois-ci, on a un bilan à défendre, alors on va passer beaucoup de temps à expliquer aux gens ce que nous avons fait et pourquoi c’est bien pour nous de continuer la route ensemble. 

FHP: L’électorat est de plus en plus fragmenté et segmenté. Qu’est-ce que vous utilisez comme base de données ou plateforme pour le rejoindre?

PR: C’est un système qui s’appelle «Liberalis». Il a été développé par le Parti démocrate aux États-Unis avec l’équipe de Barack Obama. Si je ne me trompe pas, les conservateurs utilisent un système qui a été développé par les républicains de Donald Trump. C’est quelque chose qui est adapté à notre réalité, mais pour nous, il y a un élément fondamental dans cet exercice, et c’est la protection des renseignements personnels. 

FHP: Ces systèmes sont invasifs. Ils colligent une multitude de données personnelles sans consentement. Avez-vous recours à ce genre d’applications sur les médias sociaux? Quelle certitude avez-vous que vous n’utilisez pas des données privées sans consentement?

PR: Tout ce que nous avons nous vient d’Élections Canada. C’est le cœur de notre base de données. S’y ajoutent les données que nous colligeons nous-mêmes par les appels que nous faisons aux électeurs. On n’achète pas de listes parallèles.

Andrew Scheer: l’adversaire à abattre

FHP: Au niveau national, je présume que votre principal adversaire est le Parti conservateur d’Andrew Scheer. Y a-t-il d’autres partis qui vous menacent dans certaines provinces ou comtés?

PR: Oui, vous avez raison, une élection canadienne est une série d’élections provinciales, d’une certaine façon, considérant qu’il y a des réalités très différentes. Par exemple, au Québec, on a le Bloc québécois qui n’existe pas ailleurs. Il y a aussi des courants de pensée différents en Alberta et à Terre-Neuve. Mais ultimement, il y a deux partis qui peuvent prendre le pouvoir. Donc, à terme et au-delà des réalités régionales, c’est un choix entre le Parti libéral du Canada et le Parti conservateur du Canada. Car en bout de ligne, c’est l’un des deux qui va diriger le pays.

FHP: En Colombie-Britannique, où l’enjeu de l’environnement est très important, quel est votre principal adversaire?

PR: Le grand défi là-bas vient encore du Parti conservateur. Mais c’est difficile à dire, car les verts et le NPD se chevauchent. Je pense que les verts sont passés en tête, principalement sur l’île de Victoria où ils sont très bien structurés. Il y a un côté très environnementaliste sur l’île de Victoria, un coin que le premier ministre connaît bien puisqu’il y va régulièrement. Mais nous, on offre une «alternative» très crédible à ce niveau. Si un électeur est pour l’environnement, mais pas pour le Parti vert, il doit choisir soit de rester avec les verts – ce qui est tout à fait légitime – soit d’appuyer le parti qui est le plus près de son point de vue et qui a une chance de gagner, et c’est le PLC.

FHP: Au Québec, le Bloc québécois est de retour. Est-ce qu’il représente une menace réelle pour vous dans cette élection?

PR: Tout adversaire représente une menace, mais je pense que le Bloc québécois représente davantage une menace pour le Parti conservateur que pour nous. Il y a plus d’affinités et de transferts de votes entre le Parti libéral du Canada et le NPD, et plus de transferts de votes entre le Bloc québécois et le Parti conservateur. Notre stratégie est de parler à tous les Québécois et d’avoir le plus de votes possible. Mais de façon réaliste, on vise principalement le vote progressiste qui se retrouve chez nous en grande partie, et en partie chez le NPD. Ce sont ces gens-là que nous devons convaincre, en leur disant: venez dans l’aventure avec nous, essayez-nous, embarquez avec nous pour bâtir un Canada plus progressiste, et éviter que les conservateurs d’Andrew Scheer gagnent l’élection.  

FHP: Vous avez dit qu’il était inévitable d’associer Andrew Scheer à Doug Ford. Est-ce que c’est gagnant pour vous de vous attaquer à un premier ministre provincial pour vous attirer des votes au fédéral? Est-ce que cette stratégie rejoint les électeurs à l’échelle du Canada? 

PR: Oui, ça rejoint le Québec, beaucoup. À cause des coupures très dures au niveau des francophones qui ont affecté l’université et les services francophones. Ça a vraiment été ressenti au Québec. Ça vaut la peine d’en parler. Il y a aussi le fait que c’est l’entourage de Doug Ford qui fait la campagne d’Andrew Scheer en Ontario. 

FHP: Pourquoi? Le Parti conservateur du Canada n’a pas de base solide en Ontario?

PR: Oui, mais c’est souvent les mêmes bases. C’est comme nous, nous avons une bonne base en Ontario. C’est différent au Québec, car le Parti libéral du Québec est une coalition de fédéralistes. On y trouve des libéraux fédéraux, des conservateurs, des néodémocrates, etc.. En Ontario, c’est très différent. La question de l’unité nationale n’a jamais été un enjeu qui définit les partis. Donc les militants conservateurs de l’Ontario se retrouvent généralement au Parti conservateur du Canada et vice-versa. C’est eux-mêmes qui ont dit qu’ils créaient une coalition pour tenir tête à Trudeau sur sa volonté de faire payer les pollueurs au niveau des gaz à effet de serre. Donc, ils sont sortis dans le magazine Maclean’s, avec une belle photo où l’on voit Andrew Scheer avec les premiers ministres conservateurs de l’Alberta, de la Saskatchewan et de l’Ontario. Moi, je n’aurais jamais pris cette photo-là, mais ils l’ont prise. 

FHP: Vous avez aussi associé Andrew Scheer à la droite religieuse. Est-ce que vous avez des preuves qu’il fait partie de ces groupes ou qu’il est influencé, au plan politique, par des groupes religieux de la droite ou de l’extrême droite?

PR: Il a ses propres cohérences, et c’est très correct aussi. En matière d’avortement, il est lui-même contre le droit des femmes de choisir, il l’a dit souvent. Il a dit qu’il n’imposerait pas ça à son caucus de députés, mais il a sa propre position. 

FHP: Il peut avoir ses convictions personnelles, mais a-t-il déjà dit que s’il était élu, il rouvrirait le débat sur l’avortement? Même Harper, quand il était majoritaire, ne l’avait pas fait. Pourquoi Andrew Scheer le ferait-il? 

PR: Non, il ne rouvrirait pas l’avortement sous l’angle du gouvernement, mais oui, il est pro-vie et tout son entourage l’est. Il y a aussi la possibilité de projets de loi privés, qui s’apparentent à ça, de façon déguisée. On l’a vu quand Harper était là, il y a eu une réouverture de la discussion là-dessus. L’organisateur en chef d’Andrew Scheer, Hamish Marshall, est associé à une aile plus à droite, plus radicale. Il donne des entrevues à des médias très à droite. Des affinités existent entre des gens de son entourage et des gens qui sont assez à droite. 

FHP: Êtes-vous en train de me dire que le fait d’avoir des liens avec des gens de la droite pourrait amener Andrew Scheer à endosser des politiques de droite? Si c’est le cas, il faut que les gens le sachent avant de voter. Allez-vous l’attaquer sous cet angle-là?

PR: Oui, absolument. C’est pour cela qu’une campagne électorale est utile et nécessaire. Ce sont des questions que nous allons soulever. Lorsqu’il y a eu une motion à la Chambre sur les droits des femmes de choisir en matière d’avortement, tout le monde s’est levé en faveur sauf les conservateurs, 100% des députés conservateurs incluant ceux du Québec. Est-ce que c’est l’équivalent de déposer un projet de loi? Non.   

FHP: Est-il possible que les députés conservateurs aient refusé de s’associer à cette motion parce qu’elle a été initiée par le Bloc québécois? 

PR: Non, c’est à cause du sujet de l’avortement. 

Le chef Justin Trudeau

FHP: Votre chef, M. Trudeau a une grande notoriété, quoique ce n’est pas toujours positif. On n’a qu’à penser à son voyage en Inde, à la façon dont il a géré la crise de SNC-Lavalin, à son manque de jugement dans différents dossiers. Qu’est-ce que vous avez à dire aux gens qui se demandent où va Justin Trudeau?

PR: Oui, on peut parler de l’Inde, ç’a eu un impact, je le concède. On a tiré des leçons de ça. Moi, je dis qu’il faut regarder le bilan dans son ensemble, car les succès de la politique étrangère canadienne ne sont pas définis par le seul voyage du premier ministre en Inde. On a signé un accord de libre-échange avec les États-Unis et fait tomber toutes les barrières sur l’acier et l’aluminium. On a signé des accords commerciaux avec l’Europe et l’Asie, ce qui fait du Canada le seul pays du G7 à avoir un accord de libre-échange avec tous les pays du G7. Et ça s’est fait sous un gouvernement libéral. 

FHP: Quel est le rôle de Gerald Butts, l’ami et la matière grise du premier ministre Trudeau, dans l’organisation de la campagne? Le fait qu’il ait été mêlé à la gestion du scandale de SNC-Lavalin, ça ne vous gêne pas qu’il soit rappelé au côté du chef?

PR: Je ne le sais pas. Je sais qu’il va venir donner un coup de main, probablement comme conseiller. Mais Gerald n’a jamais eu de titre précis pendant la campagne. N’empêche qu’il a l’oreille du chef. C’est un homme extrêmement brillant qui a un excellent instinct et un jugement politique certain. Un homme d’une intelligence supérieure. Quant à SNC-Lavalin, en bout de ligne, le premier ministre a affirmé qu’il n’y a pas eu de pression indue sur la ministre de la Justice et procureure générale. C’est une façon différente de voir les choses et de les interpréter. Ce que nous avons fait, c’est d’essayer de sauver des jobs. Alors je ne m’excuserai pas pour avoir essayé de sauver des jobs. 

FHP: Justin Trudeau en sera à sa deuxième campagne électorale avec des débats télévisés des chefs. Vous êtes un spécialiste des communications, quels sont les pièges qu’il doit éviter maintenant qu’il a un bilan à défendre?

PR: Il devient la cible, clairement. Avec le titre de premier ministre viennent d’énormes responsabilités et on doit en rendre compte. C’est ce que M. Trudeau va devoir faire: rendre compte de notre bilan. Moi, je suis très confiant là-dessus. 

FHP: Mais au-delà du bilan, vous savez très bien que les électeurs ne votent pas nécessairement pour le bilan d’un gouvernement. Je reviens à ma question. Votre chef s’apprête à entrer en débat; vous êtes là, vous le connaissez, que lui conseillerez-vous d’éviter comme piège?

PR: Je le connais bien. Je lui dirai de parler en toute confiance de ce que nous avons fait. Ne pas descendre dans les attaques personnelles de bas étage. Il ne le fera pas, je le connais bien là-dessus. 

Des éléments de plateforme

FHP: Et si on parlait de votre plateforme électorale?

PR: Je ne peux pas vous en parler maintenant, sinon, je perds mon job. 

FHP: Je comprends que la plateforme de votre parti n’a pas encore été rendue publique. Mais quelles sont, selon vous, les priorités que vous devez défendre dans cette campagne électorale?

PR: Un parti se définit par ses priorités. Les conservateurs ont les leurs, probablement des choses beaucoup plus à droite que nous. Nous, on se définit par plusieurs choses, sans entrer dans les détails, car un programme est toujours en mouvement et en transformation jusqu’à ce qu’il soit déposé, mais il y a des choses qui sont prioritaires pour nous, la question de l’environnement est fondamentale, c’est une obligation, on ne peut plus continuer comme ça. On a déjà posé des gestes concrets et nous allons continuer dans cette direction. Autre priorité qui intéresse le Québec, la culture. 

FHP: Ça tombe bien, vous êtes ministre du Patrimoine canadien, responsable de ce dossier. Qu’allez-vous faire pour la culture?

PR: Il y a bien des choses qu’on va faire, par exemple sur la question des géants du web, on a mis un groupe sur pied pour travailler là-dessus. Nous avons eu un rapport préliminaire au mois de juin et le rapport final s’en vient en janvier 2020. On verra quelles sont les solutions à envisager. Mais sur la philosophie de base, on va s’assurer qu’il y ait un seul système et que tous ceux qui participent au système y contribuent.

FHP: On sait que l’Europe a pris des moyens concrets pour contrecarrer la domination des géants du web, et vous, que comptez-vous faire pour rétablir l’équilibre? 

PR: Je ne peux pas vous en parler. Je vais perdre mon job. 

FHP: Vous êtes ministre du Patrimoine et la culture relève de vous, vous devez avoir une idée précise d’où va aller votre gouvernement dans ce dossier? 

PR: Oui, le NPD a déjà lancé sa plateforme durant le mois de juillet. C’est une très bonne idée et une bonne stratégie politique (je blague). En avez-vous entendu parler? 

FHP: Sur l’environnement, c’est une question qui préoccupe tout le monde, les jeunes en particulier, qu’allez-vous proposer qui soit novateur et différent?

PR: Je ne suis pas autorisé à dire ce qu’il y a dans la plateforme. D’abord, je ne connais pas tout du programme, et aussi parce que je ne suis pas autorisé à en parler. Mais ça va aller dans la même continuité du principe pollueur-payeur. Donc, vous émettez des gaz à effet de serre, il y a des conséquences pour l’environnement, il y aura des conséquences pour vous aussi.

FHP: Je vous donne encore une occasion de préciser des éléments de votre programme. Sans aller dans le détail de votre plateforme, quelles sont les priorités que vous mettrez de l’avant dans cette campagne? 

PR: Les grands thèmes sont 1) l’environnement, 2) la justice sociale, 3) la culture, et 4) les aînés, beaucoup. Mais je ne connais pas tout de notre plateforme, à ce stade-ci.

Le Québec dans la balance

FHP: Le Québec a fait connaître un certain nombre de revendications concernant l’immigration, le rapport d’impôt unique et la culture. Il a essuyé un refus catégorique de la part de Justin Trudeau. Comment expliquez-vous cette insensibilité? Et pourquoi le fédéralisme n’est-il pas flexible quand ce sont les libéraux qui sont au pouvoir? 

PR: Non, ça, c’est une perception. On peut être libéral et flexible, tout est possible. On peut aussi dire non, quand on est conservateur. Ça dépend. C’est plus facile de dire oui quand on est dans l’opposition comme c’est le cas des conservateurs actuellement. 

Mais sur la question de l’immigration, c’est une question qui est toujours en discussion. Je comprends très bien les objectifs de la CAQ de vouloir assurer une meilleure intégration des immigrants. Pour être passé par là moi-même, je trouve que c’est essentiel. 

Le Québec est français, donc il faut s’assurer que le plus grand nombre d’immigrants parlent français. En parallèle à ça, vous avez une pénurie de main-d’œuvre. Est-ce que l’immigration est une réponse totale à cette pénurie? Non, c’est une réponse partielle, mais elle est nécessaire. Pour la pénurie de la main-d’œuvre, l’immigration est une partie de la réponse. L’autre partie de la réponse, c’est ce que nous venons de mettre dans le dernier budget afin de permettre à des aînés de travailler un peu plus sans qu’ils soient pénalisés sur leurs prestations de retraite. On regarde aussi comment mieux intégrer les personnes handicapées. Il y a plusieurs façons de pallier la pénurie.

FHP: Pour revenir à l’immigration, le gouvernement du Québec en a réduit les niveaux, temporairement, pour mieux intégrer les nouveaux arrivants sur le marché du travail. Il a aussi demandé à votre gouvernement de rapatrier la compétence relative à la réunification de la famille pour mieux intégrer les immigrants dans cette catégorie également. Et il a eu une fin de non-recevoir du premier ministre Justin Trudeau. Pourquoi?

PR: Ça dépend. La réunification familiale relève du fédéral. Je pense que les choses fonctionnent assez bien. Le Québec est maître d’œuvre relativement aux immigrants indépendants. C’est un bon système. C’est un exemple de fédéralisme flexible.

FHP: Oui, ça s’est fait sous un gouvernement conservateur.

PR: Et nous, nous avons fait l’entente sur la main-d’œuvre sous les libéraux. Tout en respectant les champs de compétence de chacun, on peut très bien fonctionner. Le Canada a une responsabilité à l’égard de la réunification familiale, à travers tout le pays. Vous savez des fois, quand on démembre un programme ou qu’on cède des parties d’un tout, il n’y a plus de programme. 

FHP: Donc, vous demeurez sur votre position de fin de non-recevoir. Pourquoi ne pas accommoder le Québec en lui permettant de rapatrier cette compétence et ainsi harmoniser sa politique d’intégration, indépendamment des catégories des immigrants?

PR: Je pense que le Québec, en partenariat avec nous, a les outils nécessaires pour intégrer ses immigrants. 

FHP: Mais le Québec estime ne pas les avoir. S’il les avait, pourquoi les demanderait-il en ce qui a trait à la réunification de la famille? Qu’est-ce qui empêche le fédéral, le premier ministre Justin Trudeau, le gouvernement libéral, d’accommoder le Québec concernant la réunification de la famille?

PR: Parce que nous, on pense que le système fonctionne bien, de façon générale. 

FHP: Mais le Québec demande cette compétence. Pourquoi la lui refuser?

PR: Parce que le système fonctionne. C’est ça ma réponse. Il fonctionne. 

FHP: Il fonctionne à l’avantage du gouvernement fédéral, mais le gouvernement du Québec estime qu’il intégrerait mieux les immigrants de la catégorie de la famille si cette compétence lui était transférée. Que répondez-vous à ça?

PR: Et le gouvernement libéral estime que ça fonctionne bien.

FHP: Et sur le rapport d’impôt unique? 

PR: Il y a énormément d’obligations qui découlent de ce rapport-là. Il est utilisé par le fédéral pour calculer un ensemble de prestations fiscales, familiales, de services sociaux qui en découlent, sans compter le nombre de fonctionnaires fédéraux qui perdraient leurs emplois dans différents comtés. 

FHP: Le gouvernement du Québec ne cherche pas à faire perdre leurs emplois aux fonctionnaires fédéraux de Revenu Canada. Il est question qu’ils soient transférés dans d’autres services publics. Ce n’est pas une solution viable?

PR: Je ne vois pas comment cela serait possible. C’est beaucoup plus compliqué à faire. Les informations que les deux paliers de gouvernement demandent ne sont pas les mêmes et les calculs sont faits de façon différente. Par exemple, le ministre de la Famille a besoin de certaines informations, dont le Québec n’a absolument pas besoin, pour calculer l’allocation canadienne pour enfant. 

FHP: Comment expliquez-vous que du côté conservateur, ils sont d’accord avec l’idée d’un rapport d’impôt unique? 

PR: C’est de l’électoralisme. Ils vont dire oui à n’importe quoi. À quoi ont-ils dit non jusqu’à maintenant? Ils disent oui à tout. 

FHP: Pourtant, il y a déjà ce genre de partenariat Ottawa-Québec en matière de TPS. C’est Revenu Québec qui collecte les deux taxes (TPS-TVQ) et qui les traite pour les deux ordres de gouvernements. Pourquoi pas le rapport d’impôt unique? C’est faisable, non?

PR: Je ne dis pas non. C’est clair qu’il y a énormément de barrières. En tout cas, pour moi, la solution n’est pas sur la table. 

FHP: Qu’en est-il de la laïcité? Vous avez encore une fois rejeté ouvertement la loi 21. L’attitude de M. Trudeau a été très catégorique.

PR: Ce qu’il a dit, c’est que ce n’est pas à l’État de décider de ce qu’une personne doit porter. 

FHP: Mais la laïcité de l’État, ce n’est pas juste les signes religieux, c’est tout l’État du Québec qui devient neutre religieusement. Pourquoi s’y opposer?

PR: C’est l’État qui est neutre, non l’individu.

FHP: La laïcité ne s’applique pas à tous les individus, mais à certaines catégories d’employés, dans l’exercice de leurs fonctions, à l’intérieur de l’espace de l’État. Elle n’est inscrite dans aucune loi ni dans la Constitution. C’est la loi 21 qui vient d’en baliser les contours. N’est-ce pas une bonne chose? 

PR: Mais que l’État soit neutre et laïc, il n’y a personne qui s’oppose à cela. 

FHP: Par rapport aux groupes qui veulent poursuivre le gouvernement du Québec et qui contestent la loi 21 devant les tribunaux, est-ce que le gouvernement libéral va les soutenir?

PR: Pour l’instant, tout ce qu’on a vu, c’est une contestation au lendemain de l’adoption du projet de loi. Nous, on continue à suivre ce dossier. Mais on n’en fait pas une obsession. C’est un débat de société qui a lieu au Québec, entre les Québécois. Nous, on regarde ça, pour le moment, sans donner de directives précises à ce sujet. 

Le multiculturalisme sous attaque 

FHP: Vous avez sûrement vu que le Parti libéral du Québec, par la voie de sa Commission jeunesse, son chef intérimaire, Pierre Arcand et les aspirantes candidates, a annoncé, récemment qu’il rejetait le multiculturalisme. Il s’engage à adopter une loi sur l’interculturalisme. Comment réagissez-vous, vous le ministre du Patrimoine, responsable du multiculturalisme canadien?

PR: Il faut regarder ça. C’est comme si on ignorait ce qu’est le multiculturalisme et la position traditionnelle du Canada. Il n’y a personne au Parti libéral du Canada qui cherche à opposer le multiculturalisme à la notion de peuple fondateur. Pour moi, le multiculturalisme, c’est la capacité des gens qui viennent d’ailleurs de s’épanouir, de promouvoir leurs langues et leurs cultures, tout en étant conscients qu’ils viennent dans une société majoritairement francophone au Québec. Ils doivent s’intégrer et apprendre la langue. À ceux qui disent que le fédéral veut enfoncer le multiculturalisme dans la gorge des Québécois, ils se trompent, car nous n’avons aucune stratégie dans ce sens. 

FHP: Comment réagissez-vous au fait qu’un parti qui est de la même idéologie que le vôtre rejette le multiculturalisme – une assise fondamentale de votre parti et de votre gouvernement – et considère que ce modèle n’est pas fait pour le Québec? 

PR: Je ne sais pas. Quel volet du multiculturalisme rejette-t-il? 

FHP: Il rejette le modèle au complet. Le multiculturalisme canadien repose fondamentalement sur trois choses: la Loi sur le multiculturalisme, la clause interprétative dans la Constitution canadienne et la politique gouvernementale. Il veut se doter d’une loi sur l’interculturalisme. Qu’en pensez-vous?

PR: Je regarde ça avec beaucoup d’intérêt. Est-ce qu’on est si loin sur le fond des choses? Je ne le pense pas. Je n’ai pas de problèmes à ce que les immigrants gardent leurs langues et leurs cultures tout en s’intégrant à leur société d’accueil.

FHP: Est-ce que vous considérez que le Québec est une nation au sein du Canada?

PR: Oui, absolument. Si on regarde la majorité francophone, la prédominance sur le plan de la religion, c’était différent. Il en va de même pour le Code civil. 

FHP: Est-ce que vous considérez que le Québec est un peuple fondateur du Canada?

PR: Oui, absolument. 

FHP: Comment se fait-il que sur le plan du multiculturalisme, ces caractéristiques fondamentales du Québec ne soient pas reconnues et promues?

PR: Mais le multiculturalisme ne va pas à l’encontre de ça. Le multiculturalisme dit aux nouveaux arrivants: «Soyez fiers de qui vous êtes, de votre langue et de votre culture.» L’un n’est pas en opposition à l’autre. Je serais le premier à me battre si le multiculturalisme voulait dire enlever des droits au Québec comme nation ou refuser de reconnaître des droits au Québec, ce qui n’est pas le cas. Et encore une fois, je suis le ministre du Multiculturalisme.  

Le Canada dans le monde

FHP: Au niveau international, votre chef, Justin Trudeau, a été écorché à plusieurs reprises. Par exemple, comment conciliez-vous la poursuite des ventes d’armes à l’Arabie saoudite avec l’exigence du respect des droits de la personne et l’assassinat du journaliste Khashoggi?

PR: Nous, on est extrêmement préoccupés, voire choqués par ce qui s’est passé dans le cas de l’assassinat horrible de Khashoggi. On est préoccupés par la situation des droits de la personne là-bas, et nos faits et gestes sont posés à travers ce prisme-là. Cela dit, un contrat est un contrat, il faut regarder l’autre côté de la médaille aussi. En 2015, tous les partis fédéraux étaient d’accord pour le prolonger. Ça vaut quoi la signature du Canada si on la renie? Et puis, il y a des pénalités. Est-ce que je suis heureux de voir ce contrat-là? Non. Mais c’est un contrat signé par le gouvernement du Canada. Il y a des milliards de dollars en jeu. 

FHP: Il y a des pays européens qui avaient, comme le Canada, autorisé des ventes d’armes à l’Arabie saoudite, et qui, à la lumière de ses violations flagrantes des droits de l’homme, ont décidé de reconsidérer leur décision. Il y a eu des documentaires montrant l’utilisation de blindés canadiens par l’armée saoudienne contre des civils en Arabie saoudite même. Il y a la tragédie du Yémen et l’assassinat de Khashoggi. Donc, l’argument d’«un contrat est un contrat» ne tient pas la route, en termes de respect des droits de la personne et même aux yeux de nos propres lois canadiennes.

PR: Vous avez raison. Je ne suis pas au courant des cas que vous avez mentionnés. C’est vrai que si on se rend compte que ces armes ont été utilisées contre sa propre population, à ce moment, on arrête. Je ne vous dirais pas que nous avons de bonnes relations avec l’Arabie saoudite. Il y a beaucoup de questions qui sont soulevées en ce moment et qui sont posées à l’interne, au niveau du gouvernement. 

FHP: Mais est-ce qu’il y a une décision qui va être prise par souci de cohérence entre le discours, les principes et les actions du gouvernement?

PR: Le Canada a énormément de principes à l’étranger. Souvent, on le lui reproche trop. Parce que nous suivons nos principes, on est en chicane avec l’Arabie saoudite, on peut être en chicane avec la Chine, etc. Et là, vous nous demandez soit de défendre nos principes soit de ne pas les défendre. Nous, les libéraux, on a tendance à les défendre et on se fait critiquer pour ça. Dans le cas spécifique des contrats, je peux vous dire qu’il y a des discussions, je ne peux pas vous en livrer la teneur parce que ce sont des discussions internes au cabinet des ministres, mais je peux vous dire qu’il y a des discussions là-dessus. 

FHP: Est-ce que ces discussions vont dans le sens de mettre un terme à ces ventes d’armes à l’Arabie saoudite?

PR: Ça va dans le sens où on doit tenir compte de la question des droits de la personne. 

FHP: Vous avez évoqué la Chine. Justin Trudeau s’est fourré le nez dans la gueule du dragon en provoquant l’empire du Milieu. Où allons-nous dans notre relation avec la Chine?

PR: J’espère vers une harmonisation de nos relations. C’est un marché extrêmement important pour nous. La Chine est une amie traditionnelle du Canada, depuis l’époque de Pierre Elliott Trudeau. C’est le premier dirigeant d’un pays industrialisé qui a visité la Chine communiste à l’époque. La Chine a beaucoup évolué depuis.

FHP: Mais nos relations ne vont pas bien avec la Chine. Le Québec en souffre, l’Alberta aussi. Nos producteurs agricoles en subissent les contrecoups, notre économie en est profondément affectée. Qu’est-ce qu’on envisage comme sortie de crise?

PR: On doit essayer d’améliorer nos relations avec la Chine, mais sans pour autant oublier nos propres principes aussi. À notre avis, les barrières tarifaires sont totalement illégitimes et injustifiées. On n’a pas peur de le dire. On est là pour défendre nos fermiers, nos producteurs de canola et autres.

FHP: Sauf que la Chine n’a pas décidé de sévir contre le Canada, comme par hasard, comme sur un simple coup de tête. C’est parce qu’il y a eu l’arrestation, en décembre dernier, de Meng Wanzhou, une des dirigeantes de Huawei, alors qu’elle était en transit à l’aéroport de Vancouver. La Chine y voit une provocation et accuse le Canada d’être de connivence avec les États-Unis. Que répond-on à ça?

PR: Le Canada est un État de droits et il respecte ses traités internationaux. Dès lors que la demande d’extradition a été faite par les États-Unis, on devait y répondre. 

FHP: Mais, selon certains experts, la ministre de la Justice avait le pouvoir de ne pas y donner suite. Le Canada avait la possibilité de se soustraire à ce conflit n’est-ce pas?

PR: La ministre de la Justice a moins de pouvoir qu’on pourrait le penser. Je suis en désaccord avec ces experts. À partir du moment où il y avait une demande d’extradition venant des États-Unis, en fonction de traités signés par le Canada, il fallait le faire. Mais ce n’est pas facile de gouverner. Gouverner, c’est choisir. 

Derrière la politique, il y a l’humain

FHP: Quelle est la personne qui vous a le plus influencé dans votre vie?

PR: Mon père. Il est arrivé ici en laissant tout derrière lui. Il avait tout perdu. En Argentine, il était avocat et s’était porté candidat au poste de gouverneur. Une semaine avant d’être forcé de quitter, il faisait un discours devant 10 000 personnes. Du jour au lendemain, en arrivant ici comme réfugié, il faisait le ménage dans des maisons privées à Outremont. J’allais l’aider à faire du ménage. La nuit, il travaillait à l’usine dans Chabanel. Ma famille a atterri à Parc-Extension, on allait à l’Armée du Salut et au comptoir alimentaire. On a essayé d’apprendre la langue. Cet homme-là a réussi à faire ses études, a enseigné à l’université en sociologie. Il a 83 ans, aujourd’hui. Il habite dans les montagnes du Mexique. Il est toujours professeur à la maîtrise et il écrit à peu près trois livres par année. Il vient de publier sa première nouvelle, dont les événements se passent à la veille du coup d’État, en Argentine.

FHP: Si vous quittiez la politique ou si la politique vous quittait, quel métier ou quelle profession souhaiteriez-vous exercer?

PR: Probablement que je retournerais en développement international. J’ai été longtemps avec le Club 2/3, et quatre ans comme vice-président d’Oxfam. J’ai toujours eu cette volonté de changer le monde. J’irais vers l’un des organismes internationaux, surtout pour essayer d’aider les gens dans le besoin. 

FHP: Alors, bonne chance!

Pablo Rodriguez en quelques lignes:

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