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Stratagème illégal: des remorquages à volonté dans l'ouest de Montréal

C’est le Far West du remorquage dans un arrondissement de l’ouest de l’île de Montréal. Des gens se font remorquer de stationnements privés en moins de cinq minutes et doivent payer 117 $ pour savoir où se trouve leur voiture, ce qui est illégal.

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Erica Viviana Amayo a été victime du stratagème. La jeune femme de 31 ans s’est garée dans le stationnement d’un Tim Hortons du quartier Côte-des-Neiges, jeudi matin. 

Erica Viviana Amayo, qui s’est fait remorquer jeudi.

Photo Julien McEvoy

Erica Viviana Amayo, qui s’est fait remorquer jeudi.

Avant d’aller se chercher un café, elle est allée faire des courses au Dollarama tout près. À son retour, sa voiture avait disparu. 

« C’est ma journée de congé, je suis allée acheter des produits ménagers avant de prendre mon café, et ils m’avaient déjà remorquée », raconte-t-elle, estomaquée.

Le Journal était justement sur place afin d’observer les pratiques de Gestion RSCM, qui s’occupe du remorquage dans ce stationnement privé. 

En moins de 60 minutes, six voitures ont été déplacées, toutes par le même employé, qui dit se nommer Charles. 

« Je suis très rapide et j’en suis fier », dit-il. Il est en mesure de remorquer une voiture en 3 min 30 s top chrono. 

Pour retrouver sa voiture, Mme Amayo devait appeler au numéro indiqué sur la pancarte de Gestion RSCM. Pas question pour Charles de lui dire où elle se trouvait. 

« L’homme au téléphone était bête comme ses pieds et m’a demandé de payer 117 $ en argent comptant ou par carte de crédit. Si je ne payais pas, il ne me disait pas où était ma voiture », dit-elle. 

L’employé de Gestion RSCM est capable de remorquer une voiture en 3 min 30 s.

Photo Julien McEvoy

L’employé de Gestion RSCM est capable de remorquer une voiture en 3 min 30 s.

Pratique illégale

C’est illégal de retenir ainsi la voiture, selon le règlement sur le remorquage en vigueur à Montréal.

« Les seuls qui ont un droit de rétention sont les policiers et les agents de la paix », explique l’ombudsman de la Ville, Me Nadine Mailloux.

Si le remorqueur privé refuse de dire où se trouve la voiture, il s’expose à une amende. « Les policiers peuvent donner des contraventions au remorqueur en vertu du règlement sur le remorquage », poursuit l’ombudsman.  

Mais comment Gestion RSCM arrive-t-elle à agir si rapidement ? L’entreprise a accès aux caméras de surveillance du restaurant, tout simplement.

« Dès que quelqu’un sort du stationnement à pied en laissant sa voiture ici, ils sont au courant et procèdent rapidement au remorquage », reconnaît l’assistante-gérante du Tim Hortons, Elissa Amaya.

Son patron a refusé de parler au Journal, tout comme le propriétaire de Gestion RSCM, Megerditch Batmanian, qui serait en voyage hors du pays, selon deux de ses employés à qui nous avons parlé. 

Selon le remorqueur Charles, six voitures déplacées en une heure, ça n’a rien d’anormal. « Je suis payé à l’heure. Si j’étais payé à la voiture, je serais beaucoup plus riche », dit ce Lucky Luke du remorquage. 

Erica Viviana Amayo, elle, a réussi à retrouver sa voiture dans le quartier sans payer les 117 $. « Je vais aller me chercher un café au Starbucks... au service à l’auto », lâche-t-elle en riant.  

L’ombudsman de la Ville préoccupé par la situation  

Les remorqueurs privés qui refusent de dire aux gens où se trouve leur voiture s’ils ne payent pas leurs frais – souvent plus de 100 $ – sont un « problème » dont le bureau de l’ombudsman de la Ville de Montréal entend parler depuis longtemps. 

En 2017, sur le site de l’ombudsman, on alertait déjà les gens au phénomène dans un billet intitulé « Vous vous garez sur un terrain de stationnement privé. Attention ! Ça peut coûter cher ! »

« Le message que les gens doivent retenir : ils n’ont pas à accepter ça. Ils doivent appeler la police quand ça se passe », répète l’ombudsman actuelle, Nadine Mailloux. 

Mais bien souvent, ajoute-t-elle, les gens ne savent pas ce qu’ils doivent faire ou ce qu’ils peuvent faire. Bref, ils ne connaissent pas leurs droits. 

Au bureau de l’ombudsman, les plaintes des citoyens sont priorisées. « Le plus de plaintes, le plus de signalements, le mieux », dit Mme Mailloux. 

Si jamais une telle situation vous arrive, il faut donc en avertir la police et porter plainte à l’ombudsman.

Faire bouger la Ville

Nadine Mailloux compte bien faire ce qu’elle peut pour que la Ville prenne le problème au sérieux. 

« On va sensibiliser la Ville via un avis de préoccupation, qui est une forme d’enquête, dans lequel on amène de l’eau au moulin », dit-elle.

En gros, le bureau de l’ombudsman va tenter « de dire à la Ville comment on pourrait faire pour se donner des poignées pour être capable de régimenter un peu ce qui se passe dans cette sphère-là ». 

Pendant ce temps, à l’arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, on est complètement démunis face à la situation. 

« Malheureusement, l’arrondissement n’a pas de juridiction sur les contrats de remorquage des institutions ou entreprises privées sur leur terrain », explique l’attaché politique de la mairesse Sue Montgomery, Christopher Savard.

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