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Visages de notre histoire: portrait de Gaspard Petit (environ 1880 à 1925)

Un « gramophoniste » ambulant

Autrefois connu de tous les Montréalais, Gaspard Petit dit Lauriot est l’un des personnages pittoresques du début du XXe siècle. Vers 1888, le journal Le Quotidien relate qu’un certain Gaspard Petit subit l’amputation de la jambe droite à l’Hôtel-Dieu à la suite d’un mal d’aventure, une grave infection. Préférant peut-être une histoire plus dramatique, Gaspard Petit choisit de raconter qu’il a perdu sa jambe après un accident ferroviaire. Malgré son handicap, le brave homme ne perd pas le sourire. Tiré par des chiens, souvent par son fidèle Saint-Bernard, son chariot décoré de pompons et de grelots lui permet de déambuler dans les rues de Montréal et d’attirer l’attention. Lorsqu’il trouve un bel endroit, comme devant les kiosques où l’on fait griller les marrons sur la rue Sainte-Catherine, il actionne son vieux gramophone Victrola pour le plaisir des passants. Personnage marginal et sympathique, il attire la curiosité, mais aussi la compassion et la générosité. 

RÉALISATIONS  

Animer l’espace public

Visages de notre histoire: portrait de Gaspard Petit (environ 1880 à 1925)

Photo courtoisie, Archives de la Ville de Montréal, P113-1_001P015

Les Montréalais peuvent croiser Gaspard Petit et son équipage canin devant le Monument-National, sous les beaux arbres de la place d’Armes ou du Carré Viger, au marché Saint-Antoine ou celui de la place Jacques-Cartier ou encore simplement au coin de la rue, comme à l’intersection de Craig et Bonsecours. Lorsque ses disques souffrent d’usure, le « gramophoniste » chante les couplets inaudibles, en inventant parfois des paroles plutôt grivoises. Un tantinet excentrique, Gaspard Petit fait souvent la manchette des quotidiens. C’est pour venir en aide à sa mère, qui vit pauvrement dans une petite chambre de la rue de la Visitation, et pour nourrir ses chiens, que Gaspard Petit anime l’espace public de sa musique et ses chants patriotiques ou improvisés. À ceux qui ont l’amabilité de lui donner 5 sous, il donne une carte postale à son effigie, le représentant souriant avec ses béquilles, sa casquette et un réveille-matin suspendu au cou en guise de montre. 

HÉRITAGE 

Un pionnier de la musique roulante au Canada

Visages de notre histoire: portrait de Gaspard Petit (environ 1880 à 1925)

Photo courtoisie, Centre des mémoires montréalaises, P1308

À une époque où la musique enregistrée sur disque était encore une nouveauté, Gaspard Petit a pu égayer les petits et les grands qui ont croisé son chemin. Dormir à la belle étoile avec sa voiturette où l’on trouve toutes ses possessions est de moins en moins facile avec les années. Sans ses chiens, il est contraint parfois de tirer lui-même l’attelage, ce n’est guère aisé avec son handicap. Le 9 septembre 1924, on le convainc finalement de passer l’hiver confortablement dans un refuge. Comme le poète Émile Nelligan, il termine ses jours à la retraite de Saint-Benoît, où il meurt dans l’indifférence générale. À l’image de Marie-Henriette Laurier, dite Marie-Scapulaire, une impétueuse marchande ambulante de pendentifs religieux de la rue Bonsecours, ou encore du Grand Antonio, Gaspard Petit était un marginal qui a animé un temps par sa présence sympathique les trottoirs de bois du bas de la ville.