Congo
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Coût de l’éducation en République démocratique du Congo

(Par le Prof. Patience Kabamba)

Tous les pays qui ont investi dans l’éducation ont connu une croissance si rapide que la quasi-totalité de leur population est sortie de la pauvreté. Le Japon, la Corée du Sud, la Chine ou encore le Vietnam, la Finlande, l ‘ Allemagne et tous les pays d’Europe de l’Ouest ont misé sur l ‘éducation pour faciliter et enrichir la vie de leurs concitoyens. L’économie d’un pays progresse lorsque les universités libèrent un nombre et une qualité suffisants de finalistes sur le marché chaque année. Ce sont ces élites qui conçoivent, produisent et transforment le pays. Ils reçoivent une formation de qualité et ont donc un impact significatif sur le PIB. Toutes les nations qui organisent une bonne éducation pour leur peuple en retirent des bénéfices non négligeables. 

Au Congo, le budget de l’éducation nationale est une portion logarithmique dérisoire du budget de l’État, dont 68% est destinée aux salaires élevés ( Président , Ministres nationaux et provinciaux, Assemblée nationale et Assemblées provinciales). Une des conséquences de ce budget est que les enseignants du primaire à l’université sont très peu payés. Les professeurs d’université font régulièrement grève pour exiger des conditions de travail décentes.

Ces grèves ont causé des chevauchements d’années scolaires, rendant la formation collégiale extrêmement difficile. Les étudiants n’ont pas étudié depuis des mois, et quand ils reviennent après une grève des enseignants, nous arrangerons les choses de sorte que nous terminions l’année. Ces jeunes qui terminent leurs études n’augmentent pas le PIB, mais prennent plaisir à choisir d’être au chômage parce qu’ils sont effectivement incapables de travailler dans leurs domaines professionnels, ne recevant qu’une formation bancale en raison des grèves répétées de leurs enseignants. Contrairement à d’autres pays qui prospèrent grâce à une éducation de qualité, le Congo a choisi de négliger un secteur qui aurait stimulé son économie.

C’est ainsi que nous sommes désormais sous le dictat du FMI et de la Banque mondiale, qui considèrent que les salaires versés aux professeurs d ‘ université constituent une dépense du pays plutôt qu’une valeur ajoutée. Mais, en fait, une bonne éducation contribue à un PIB plus élevé. Les enseignants sont donc des créateurs de valeur économique, et non des dépensiers comme le prétendent le FMI et la Banque mondiale. Mais, on a du mal à se voir créateurs de valeurs quand on bousille la formation de nos étudiants pour des raisons (et légitimes) de besoin social. La dialectique est complexe. Pour les enseignants, il n ‘ y a rien de plus pénible que de constater que les produits pour lesquels ils ont travaillé dur ne valent rien sur le marché. Cela nous fait mal de voir nos anciens étudiants se transformer en motocyclistes ou en changeurs après cinq ans à l’université.

Cela me peine de voir, dans une pharmacie  libanaise de la Gombe, d’ anciens étudiants de l’Université de Kinshasa , diplômés en relations internationales et en droit, s’affairer à trier les médicaments sur les étagères. Ont-ils passé cinq ans à l’université juste pour obtenir ce poste ? 

A UPN, nous venons d’être en grève depuis trois mois parce que le gouvernement n’a pas tenu ses promesses d’augmenter nos salaires, nos primes de recherche et de nous indemniser pour la perte de revenus en nous attribuant des voitures. Le gouvernement n’a pas tenu ses promesses. La grève a été annulée au motif que le gouvernement avait payé au moins 50 % de la subvention salariale. En effet, certains enseignants ont déjà perçu ce complément de salaire, tandis que d’autres attendent toujours. Les cours à l’UPN reprendront lentement, bien que certains enseignants aient choisi de poursuivre les cours de l’autre côté de la ligne de piquetage. Mais la grande majorité des enseignants qui ont résisté à la grève ont choisi de laisser enseigner leurs assistants. Ainsi, certains cours sont dispensés par des assistants, mais pas par des titulaires de cours.

Les cours reprendront donc lors de la deuxième quinzaine de Juin et devrait prendre leur vitesse de croisière au mois de Juillet. Mais, le mois de juillet 2023 est consacrée aux jeux de la Francophonie que le Congo va organiser pour la première fois.

Nous allons interrompre les enseignement pendant tout le mois de juillet 2023. Finalement les variables enseignements ne reperdront qu’au mois d’Aout 2023 et devraient s’arrêter en Décembre 2023. En cinq mois, nous allons boucler une année qui devrait nous prendre 10 mois. Le travail sera vite fait et les programmes clôturés du point de vue de l’enseignant, mais évidemment que la qualité n’y sera pas. Les étudiants se contenteront des enseignements marathon. J’ai posé la question à un collègue qui m’a répondu, je cite, « la qualité ne nous concerne pas, ce n’est pas de notre faute ». J’avais même proposé qu’au mon justement d’une bonne qualité d’enseignement et d’une bonne préparation de nos étudiants à contribuer à la vie économique du pays, que l’on reprenne les cours au mois d’octobre 2023 pour faire les dix mois prévus pour formation de nos étudiants jusqu’en Juillet 2024. Cette proposition aurait l’avantage de recommencer les années régulières de formation et d’éviter les chevauchements qui empêchent de donner une formation de qualité. En lieu et place d’enseigner pendant cinq mois des matières prévues pour dix mois, nous pouvons recommencer en Octobre 2023 pour terminer en Juillet 2023. Ainsi nous prendrons une année académique entière pour bien former nos étudiants. Cette proposition était rejetée par le désir de finir à tout prix l’année quitte à donner des enseignements en bloc sans tenir compte de la capacité de compréhension de nos étudiants, bref sans tenir compte de la qualité.

Le coût de l’éducation des étudiants Congolais est tout simplement négatif par rapport à leur apport à l’économie du pays.  La dialectique de la lutte entre le gouvernement et les professeurs se déroule en défaveur des étudiants, et donc de l’économie même du pays. Le gouvernement congolais devrait comprendre le lien étroit qui existe entre une meilleure éducation et l’amélioration de l’économie nationale. Le jour que le pouvoir congolais le comprendra, le pays fera un bond exponentiel dans le bon sens.