Congo
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Le Président Tshisekedi déplace le Centre de gravité du paysage électoral national : Félix s’avance sur la voie royale, Félix tout près du Sacre

Prof. Jean-Denis Kasese

Qu’on l’aime ou pas, qu’on ne l’aime plus, qu’on l’aime peu, tenant compte des faits observables, de ses points forts et faibles, il faudrait reconnaître, me semble-t-il, en toute objectivité, que le Président Tshisekedi apparaît tous les jours un peu plus comme un fin Stratège politique et électoral.

Ses habiletés stratégique, politique et électorale continuent de surprendre nombre d’observateurs, de témoins, de spécialistes et d’acteurs de la vie politique de la République Démocratique du Congo.

Que des revirements significatifs en sa faveur, ponctués par des leçons magistrales des stratégies politique et électorale.

Après avoir déplacé le centre de gravité du paysage politique où se concentraient toutes les Forces de gravité qui tournaient autour du sénateur à vie, Joseph Kabila, grâce aux tournants politico-historiques majeurs ¹ :

– la suspension des propositions de loi Minaku-Sakata

–  la démission du ministre de la justice, Célestin Tunda ya Kasende

– l’asphyxie du Front Commun pour le Congo (FCC) causée par des coups de semonce et de massue lui donnés

– le ralliement des transfuges du FCC à l’Union Sacrée de la Nation prônée par le Président Tshisekedi lui-même

– l’effritement de l’ancienne fausse majorité parlementaire dominée par le FCC

– le ralliement de LAMUKA  » Aile Katumbi-Bemba  » à l’Union Sacrée de la Nation

– la désignation du Sénateur Modeste Bahati Lukwebo comme Informateur afin de requalifier la majorité parlementaire

– l’effectivité d’une nouvelle majorité parlementaire en faveur du Président Tshisekedi

–  la déchéance de la Présidente de la Chambre basse du parlement, l’Honorable Jeanine Mabunda

– la destitution du Premier Ministre, Chef du Gouvernement, Sylvestre Ilunga Ilunkamba par l’Assemblée Nationale, entraînant ainsi la chute de son gouvernement

– la démission du Président du Sénat, Alexis Thambwe Mwamba ;

Aujourd’hui, à six (6) mois de la tenue de l’élection présidentielle et des élections législatives, et en plein mercato électoral, face à une Opposition politique hétéroclite qui semble être décousue et en perte de vitesse ; pourquoi s’étonner dès lors que le Président Tshisekedi ait déjà déplacé le Centre de gravité du paysage électoral national ?

Des gymnastiques intellectuelles mises en relief dans la Réflexion soutiennent cette thèse et ont tenté de la démontrer de par la mobilisation d’une analyse scientifique centrée sur une exigence particulière de la recherche scientifique, la Neutralité Axiologique, qui, entrée en lice, a tenté d’éclairer la lanterne des Congolais.

La Réflexion met aussi en relief des enseignements scientifiques qu’on peut tirer sur :

–  la création de l’Union Sacrée de la Nation

– et, sa transformation en une Plateforme électorale de soutien pour la réélection du Président de la République

 MA REFLEXION

  » La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n’est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d’être.  » ²

En effet, l’actualité politico-électorale nous renseigne que le Centre de gravité électoral où se concentraient toutes les Forces de pesanteur électorales s’est déplacé.

Aujourd’hui, face à une Opposition politique hétéroclite qui a raté successivement ses trois (3) tests grandeur nature en faisant trois (3) flops successifs faute de mobilisation de ses militants, nonobstant les appels tous azimuts leur lancés pour :

– la marche de protestation du 13 mai 2023 reportée au 20 mai 2023 ³, dans la Ville-Province de Kinshasa, la Capitale de la République Démocratique du Congo, une Ville-Province qui regorge plus de 17 millions d’habitants ⁴

– le sit-in du 25 mai 2023 ⁵ voulu devant le siège de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), dans la même Ville-Province

– des sit-in annoncés et prévus tous les jeudis, voulus toujours devant le siège de la CENI ;

Aujourd’hui, face une Opposition politique hétéroclite qui ne sait plus tenir ses promesses car elle semble être dépassée, essoufflée, et en manque de stratégies vu qu’elle avait promis aux Congolais d’organiser des sit-in devant le siège de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), dans la Ville-Province de Kinshasa, et cela, tous les jeudis, à partir du jeudi 25 mai 2023 jusqu’à la satisfaction de ses revendications.

Cette promesse s’est autodétruite pour des raisons inavouées, après le premier sit-in du jeudi 25 mai 2023 qui fut d’ailleurs un flop ;

Aujourd’hui, face à une Opposition politique hétéroclite, qui semble être décousue et incapable de se choisir un candidat unique ou commun pour l’élection présidentielle, alors que celle-ci, prévue le 20 décembre 2023, est seulement à un tour ⁶ ;

Aujourd’hui, face à une Opposition politique qui, au lieu de séduire l’électorat par une vraie offre politique alternative, à travers un projet de société et un programme de gouvernance communs, cohérents et chiffrés, qui pourrait la ressortir comme une véritable alternative au pouvoir dirigeant ; elle apparaît plutôt face à l’opinion publique, comme un mouvement hétéroclite des résistants à la personne du Président Tshisekedi, sans un véritable projet de société et un programme de gouvernance communs, cohérents et chiffrés ;

Aujourd’hui, face à une Opposition politique qui apparaît en outre comme un mouvement conflictuel qui semble être désorganisé, désorienté, fissuré et affaibli par ses propres leaders hétéroclites, dont certaines figures de proue ont été ou sont en palabre, et se neutralisent mutuellement.

Pour s’en convaincre, le cas de la guerre de tranchée déclarée entre Adolphe Muzito et Martin Fayulu, est éloquent et révélateur ⁷, ainsi que celui du récent divorce entre Fayulu et Katumbi ⁸ ;

Sous ces différents angles, à six mois de l’unique tour de l’élection présidentielle et en plein mercato électoral, pourquoi s’étonner du fait que le Président Tshisekedi ait déjà déplacé le Centre de gravité du paysage électoral et se retrouve ainsi sur la voie royale et tout près du Sacre ?

Pourquoi s’étonner du fait qu’aujourd’hui, les Forces de pesanteur électorales semblent se concentrer autour de la plateforme électorale Star, celle du pouvoir, et que la majorité des Congolais, à en croire les sondages, s’intéresserait à elle, car elle apparaît comme une machine électorale unie, disciplinée, construite, raffermie, organisée, et décidée à reconduire à la tête du pays, son candidat unique ou commun, en l’occurrence, le Président Tshisekedi.

Dans ce même ordre d’idées, pourquoi s’étonner par ailleurs, du fait qu’aujourd’hui, les Forces de gravité électorales semblent être dorénavant concentrées autour :

– du mercato électoral phare et dominant, centré sur d’importants transferts ou ralliements en cascade, o combien significatifs et symboliques, de nombre des transfuges, ces superstars politiques parfois de triste mémoire, anciennes figures de proue du Front Commun pour le Congo qui ramènent avec elles, les masses populaires qui gravitent autour d’elles et les soutiennent⁹

– d’autres transfuges, superstars politiques, anciens résistants au pouvoir Tshisekedi, qui par conviction, stratégie ou intérêt entrent dans ce que d’aucuns appellent déjà,  » le bon côté de l’Histoire  » ¹⁰, la  » Dream Team « , c’est-à-dire, l’Union Sacrée de la Nation prônée par le Président Tshisekedi

– de la Charte de l’Union Sacrée de la Nation ¹¹ qui mettrait en relief la marche à suivre et ressortirait cette plateforme électorale comme étant une équipe compétitive, disciplinée, organisée et cohérente car elle est appelée à soutenir son candidat unique ou commun, le Président Tshisekedi, pour l’élection présidentielle à un tour prévue le 20 décembre 2023

– de la Sortie officielle de cette plateforme électorale, l’Union Sacrée de la Nation ¹² cette  » Dream Team «, désormais aux allures d’un Parti Unifié qui regorge plus de cinq cents (500) ¹³ partis politiques qui semble dominer ainsi le paysage électoral congolais et le mettrait en déséquilibre

– des différents sondages, qui à les croire, placent le Président Tshisekedi, loin devant ses concurrents. ¹⁴

Les stratégies électorales mobilisées et mises en application par le Pouvoir Tshisekedi, semblent ainsi donner du fil à retordre à ses détracteurs, et compliquer les calculs électoraux de l’Opposition politique hétéroclite qui semble être en perte de vitesse.

En effet, le Président Tshisekedi a ratissé large et ratisse large.

C’est pourquoi, l’actualité électorale interne sous le règne Tshisekedi ne cesse d’être abondante, intense et riche en enseignements.

Tout compte fait, toutes démonstrations mises en relief ci-dessus retenues,  ainsi que la prise en compte des faibles mobilisations des militants de l’Opposition politique hétéroclite, nonobstant des appels tous azimuts leur lancés afin de participer à la marche de protestation du 13 mai 2023  reportée au 20 mai 2023 dans la Ville-Province de Kinshasa, la Capitale de la RD Congo qui regorge plus de 17 millions d’habitants, et au sit-in du 25 mai 2023 organisé aussi dans la même Ville-Province, voulu devant la CENI, et la prise en compte notamment, de la promesse non tenue par l’Opposition politique hétéroclite, d’organiser tous les jeudis, des sit-in devant le siège de la Commission Électorale Nationale Indépendante ( CENI ), dans la Ville-Province de Kinshasa, et cela, jusqu’à la satisfaction de ses revendications ; tous ces rendez-vous manqués, devraient, me semble-t-il, tenter de rééquilibrer les forces en présence et en compétition, et peser sur le baromètre électoral car ils furent en réalité, des tests grandeur nature.

C’est pourquoi, je pourrais toutefois avancer sans trop de crainte, que la voie royale pour la réélection du Président Tshisekedi semble déjà être bel et bien ouverte car à peu de mois des élections présidentielle et législatives, le décor tant voulu par le pouvoir dirigeant, semble être déjà planté et risquerait de se raffermir lors des inaugurations progressives de nombre d’ouvrages et édifices qu’il a réalisés.

Félix est ainsi tout près du sacre.

Cela dit, si tel serait le cas, comment le Président Tshisekedi pourrait-il laisser ses empreintes indélébiles en tant que le Président congolais, qui, par sa gouvernance, aurait boosté le développement intégral de son pays ?

Loin de la prétention qui ferait de moi, un donneur des leçons, je voudrais seulement en toute humilité, en tant Professeur d’Université, Scientifique et Chercheur, donner quelques pistes de solutions à nombre de problèmes qui secouent différentes sphères de la vie nationale de la RD Congo.

I. De la création et de la transformation de l’Union Sacrée de la Nation en une Plateforme électorale

I.1. La création et la transformation de l’Union Sacrée de la Nation en une Plateforme électorale sont l’expression des échecs combinés des importations des modèles de gouvernance autres : l’État occidental importé, la Démocratie occidentale importée et le Parlementarisme occidental importé

I.1.1. De l’Union Sacrée de la Nation ¹⁵

Si l’Union Sacrée de la Nation en tant qu’un mouvement qui regorge tant d’organisations politiques, semble nous démontrer qu’au-delà des supposés clivages politiques congolais, et des intérêts partisans ; nombre de politiciens congolais auraient compris, peut-être par sursaut patriotique, qu’il serait plus que temps de construire la RD Congo afin de booster son développement intégral ;

Si l’Union Sacrée de la Nation devrait être comprise non seulement comme un mouvement regroupant différentes organisations politiques de la RD Congo mais aussi comme un nouvel élan dans lequel adhèrent des citoyennes et citoyens congolais soucieux du développement intégral de leur pays ;

Par ailleurs, la mise sur pied de l’Union Sacrée de la Nation et sa transformation en une Plateforme électorale de soutien pour la réélection du Président de la République, me semblent être riches en enseignements.

L’Union Sacrée de la Nation serait, à mon sens, bien plus qu’une coalition politique.

En réalité, elle aurait bougé des lignes des théories politiques.

 Pour s’en convaincre :

A titre comparatif, s’il est difficile aux étudiants en Science politique dans les démocraties occidentales, de comprendre, si tel était le cas dans leurs différentes configurations politiques :

Comment des socialistes, des communistes, des libéraux, des écologistes, des nationalistes, des socio-chrétiens, des unitaristes, des fédéralistes, des confédéralistes … ayant des idéologies et doctrines politiques différentes, peuvent se mettre d’accord afin de soutenir la candidature d’un seul leader politique aux élections présidentielles, et produire un programme gouvernemental commun en vue d’une gouvernance commune ;

Il va de soi qu’ il est aussi difficile pour des étudiants congolais en Science  politique, de comprendre comment dans le système politique congolais actuel, sous le régime Tshisekedi, qu’un important conglomérat de regroupements ou partis politiques congolais ayant des supposées idéologies et doctrines politiques différentes, dont d’aucuns s’opposaient farouchement au régime Tshisekedi, peuvent se mettre d’accord pour soutenir un candidat commun ou unique, en l’occurrence, le Président Tshisekedi, pour sa réélection à la tête du pays, et sortir dans l’avenir, un programme commun de gouvernement en vue d’ une gouvernance commune .

Si l’adhésion massive et libre de ces différents regroupements ou partis politiques congolais dans la création et la transformation de l’Union Sacrée de la Nation en une Plateforme électorale, ont déséquilibré et dominé le paysage électoral de la RD Congo en déplaçant son Centre de gravité en faveur du Président Tshisekedi ;

Par ailleurs, ces phénomène et constat nous montrent à suffisance les limites des modèles d’État occidental importé, de la Démocratie occidentale importée et du Parlementarisme occidental importé, causées par la non prise en compte de la dimension culturelle congolaise dans la gouvernance de l’État congolais.

Il est donc plus que temps, me semble-t-il, pour nous, Professeurs d’universités, Chercheurs et Penseurs congolais, de repenser l’organisation démocratique de notre régime politique et de notre système politique, tout en tenant compte de nos propres réalités, c’est-à-dire de notre dimension culturelle afin de produire notre propre modèle de gouvernance de l’État, un modèle qui se voudra original.

I.2. Le Congo est une vieille Démocratie : le Congo peut créer, sous sa forme moderne, son propre modèle démocratique

L’histoire politique contemporaine nous renseigne que même dans des démocraties occidentales, certains dirigeants politiques qui avaient gagné des élections, et détenaient le pouvoir, s’étaient comportés en tyrans dans l’exercice de leur pouvoir politique.

Pour s’en convaincre, le cas d’Adolf Hitler en Allemagne ¹⁶, en est une belle illustration.

C’est pourquoi, à mon sens, la Démocratie ne devrait pas être comprise et considérée, seulement, comme un mode de désignation des animateurs politiques en compétition ;

Mais aussi, comme l’exercice du pouvoir politique pour l’intérêt général.

Sous ce dernier angle, je peux avancer, sans trop de crainte, que l’Afrique noire précoloniale, et le Congo précolonial, furent effectivement des vraies démocraties.

Mieux, l’Afrique noire est une  » démocratie culturelle  » ¹⁷ ainsi que le Congo, car dans l’Afrique noire précoloniale, et au Congo précolonial, le  » sacré  » définissait le pouvoir politique et délimitait aussi les modalités de son contrôle.

 Il était donc, sa propre source de contestation ! ¹⁸

Pour rappel, la plupart des sociétés traditionnelles noires africaines mais aussi congolaises étaient caractérisées par  » la sacralité « .

C’est ainsi que la conception même du pouvoir politique était imprégnée de  » sacré « .

La sacralité du pouvoir ressortait ainsi plusieurs facettes ¹⁹ :

– elle montrait la distance qui sépare le pouvoir avec la société,

– elle présentait le pouvoir comme une puissance de domination,

– elle essayait d’associer l’ordre du monde que les dieux ont imposé et ont renforcé par le rituel, et l’ordre de la société défini par les ancêtres du commencement ou les fondateurs de l’État.

Ces considérations auraient, ainsi, faussé l’approche que certains observateurs occidentaux, habitués au mode d’analyse occidental de l’exercice du pouvoir, avaient fait de l’exercice du pouvoir traditionnel centré sur la sacralité du pouvoir, mais aussi sur sa concentration dans les mains d’une personne.

C’est ce qu’a d’ailleurs souligné avec force Kiflé Selassié Beseat :

« Ce qui, dans les traditions politiques et culturelles africaines apparaît souvent à l’observateur mal informé, comme l’acceptation absolue et inconditionnelle de l’autorité n’est jamais si absolue ni si inconditionnelle ». ²⁰

Dans ce même ordre d’idées, Jean Poirier pense que des formes vraiment autocratiques du pouvoir en Afrique Noire, étaient peut-être inexistantes dans les civilisations précoloniales, et seraient constituées, selon lui, à partir de ce qu’il a appelé  » accidents récents  » comme par exemple, la conquête d’un aventurier, la pénétration ou les invasions par des  » groupes musulmans  » ou la  » reprise en main autoritaire «, mais aussi au fait de colonisation. ²¹

C’est pourquoi M. Alliot a insisté, dans sa contribution sur « L’Acculturation juridique », sur le fait que dans des sociétés à chefferie, le pouvoir du roi ou du souverain ne pouvait exister, ni s’exercer sans tenir compte de plusieurs autorités : religieuses, maîtres de la terre, chefs et groupes militaires, oracles, sociétés secrètes, assemblées populaires, classes d’âges, lignages, associations connues, … Ces autorités constituent de par  » les volontés multiples « , selon lui, des freins pour empêcher l’arbitraire royal. ²²

M. Alliot pense aussi que dans les sociétés primitives à pouvoir central, les autorités sont en réalité des « contrepoids au pouvoir ». ²³

Dans sa contribution sur « La Royauté » : « La Royauté et le sacré », « La Royauté et la structure politique » dans le Royaume Kuba, Jan Vansina conforte notre position car il soutient ²⁴ :

 » [Sa ] personne […] n’est pas sacrée,  le roi ne possède d’autres pouvoirs extranaturels que ceux qu’il acquiert en se servant de charmes ou en pratiquant la sorcellerie  » ²⁵

 » […] L’exercice du pouvoir royal est sujet à une série de contrôles. En pratique, il est même contrôlé d’une façon […] effective […]. » ²⁶

 » Les institutions qui limitent le pouvoir royal sont surtout les conseils ishyaaml et ibaam , ainsi que le muyum. Le conseil ishyaaml traite les affaires courantes et , après chacune de ses séances,  il fait part au roi de son opinion.  Si ce dernier passe outre aux désirs de l’ishyaaml, le conseil peut se réunir en séance secrète nkaam, en dehors de la capitale,  et lui reprocher son attitude.  » ²⁷

 » Le conseil de couronnement, ibaam , n’intervient qu’en cas de crises graves.  Il peut convoquer le roi, lui dicter une ligne de conduite et, si celle-ci n’est pas suivie, on pense que le conseil peut ordonner le meurtre du roi « . ²⁸

 » Mais la dernière garantie du peuple contre la tyrannie réside dans les charmes nationaux.  Ceux-ci sont gardés par le muyum, un dignitaire égal au roi, qui tient sa cour et règne sur un seul village.  Le roi ne peut le voir qu’une seule fois pendant sa vie, lors de son intronisation.  S’il règne en tyran, les charmes le tueront automatiquement, sans l’intervention du muyum lui-même.  Aucun roi ne peut ignorer les limites de son pouvoir. D’ailleurs, lors de son investiture, on lui rappelle par trois fois que la tyrannie mène à la mort. » ²⁹

Cela dit, l’apport de l’illustration sur le  » Royaume Kuba » vient de détruire des théories soutenues par nombre de théoriciens dont je reconnais la qualité scientifique mais qui sont tombés sous le charme de la thèse comme quoi, la  » démocratie  » était étrangère de l’Afrique noire précoloniale, et du Congo précolonial.

Cette illustration sur le  » Royaume Kuba », nous démontre par ailleurs, et cela sans ambiguïté, que le recours que faisaient sans cesse, nombre de Chefs d’État nouveaux d’Afrique noire, et particulièrement le Président Mobutu dans le cas du Congo – Zaïre, de la tradition et de la participation mythique des ancêtres au processus politique était sans doute exploité à d’autres fins : légitimer un pouvoir autocratique et régner en  » tyran « .

Dans le Royaume Kuba, nonobstant le fait que le roi concentrait beaucoup des pouvoirs entre ses mains, cela n’était pas synonyme d’absolutisme du pouvoir.

Le roi ne détenait donc que des pouvoirs que lui conférait  » la Constitution  » et s’il devait les outrepasser pour  » rehausser  » le prestige royal, il devait le faire en cachette. En ce sens, son pouvoir était donc contrôlé par les conseils, tels qu’illustrés, ci-avant.

Par ailleurs, on pouvait aussi reprocher au roi de ne pas avoir suivi l’opinion du conseil ishyaaml lors des affaires courantes ; il était même prévu qu’on lui dicte sa conduite lors des crises graves.

On pouvait même ordonner son meurtre s’il ne s’alignait pas lors de ces crises graves, à la ligne de conduite que lui imposait le conseil ibaam.

Ces affirmations nous révèlent en outre que le roi était justiciable, il n’était pas lui-même Dieu, mais le représentait. Il n’était pas donc au-dessus de la loi.

S’il se conduisait en  » tyran »,  » les charmes  » devaient le tuer sans l’avis du muyum.

Donc, son élimination physique était aussi prévue.

A la lumière de ce qui précède ; le Scientifique vient ainsi de détruire la thèse selon laquelle l’Afrique noire et le Congo sont une  » jeune démocratie «, ainsi que le Congo.

Cette thèse a servi notamment à la vente, à la commercialisation, à la consommation, à l’imposition, … des modèles de gouvernance autres, donc, occidentaux. ³⁰

En somme , c’est donc à travers ces illustrations que nous pouvions saisir où nous en sommes aujourd’hui ; c’est-à-dire   que la pénétration européenne et l’implantation du pouvoir colonial en Afrique noire en général et , au Congo en particulier,  a eu une conséquence importante au niveau de la conception et de l’exercice du pouvoir traditionnel, car ce dernier, fondé sur  » le Sacré  » , fut contesté et remis en cause par le colonisateur et le missionnaire,  et ainsi le Chef traditionnel ou Coutumier fut,  lui aussi , démystifié.

C’est ainsi qu’un autre type de pouvoir fut imposé.

Celui-ci fut méconnu, nouveau,  » moderne » et européen.

Par ailleurs, lors de l’indépendance de la RD Congo, donc à la fin de l’époque coloniale, le colonisateur a voulu que les futurs dirigeants congolais puissent fonctionner sur base de la démocratie libérale du type occidental.

En ce sens, la conception même du pouvoir et de son exercice devait être tracée, définie par la volonté générale, donc les hommes vivants, et non plus par Dieu ou les ancêtres. 

Et le Chef nouveau devait désormais être désigné par le peuple à l’issue d’une compétition.

C’est-à-dire que le Chef nouveau ne devait plus provenir de la branche de  » ancêtrefondateur  » et, son mandat était aussi limité dans le temps et pouvait être renouvelé par son peuple.

C’est ainsi que naquit le parlementarisme classique.

I.3. De l’exercice du pouvoir dans l’avenir

I.3.1. De la composition du prochain gouvernement

Si nos décideurs politiques devraient tenir compte de la dimension géopolitique afin de répartir les portefeuilles ministériels ;

Si nos décideurs politiques devraient réduire sensiblement la taille du futur gouvernement afin de réduire les dépenses publiques ;

Si nos décideurs politiques devraient tenir compte des compétences, des intelligences qui sont dans leurs partis politiques afin de les nommer dans le futur gouvernement ;

Si nos décideurs politiques devraient tenir compte de la probité morale et éthique et, du dévouement des futurs membres du gouvernement ;

Si nos décideurs politiques devraient prendre en compte le renouvellement de la classe politique à travers ce futur gouvernement ;

Toutefois, ces décideurs politiques devraient se souvenir que toutes les compétences et toutes les intelligences que regorge notre pays ne se retrouvent pas seulement dans leurs partis politiques. Et de surcroît, le profil que devraient avoir les membres du futur gouvernement, ne se retrouve pas seulement non plus, dans leurs partis politiques.  Loin s’en faut !

Outre les partis politiques, ces compétences et intelligences se retrouvent aussi dans la société congolaise dans sa globalité et dans sa diversité.

Ce serait illusoire de croire que le salut des Congolais proviendrait seulement des partis politiques !

La construction d’un pays nécessite la prise en compte de toutes les compétences et de toutes les intelligences dans la répartition des fonctions et postes de commandement ou de responsabilité.

Dans ce même registre, la dépolitisation de l’Administration publique congolaise devrait être aussi un élément moteur pour le développement intégral de la RD Congo.

« Scientia Vincere Tenebras » (La Science Vaincra les Ténèbres)

Prof. Jean-Denis Kasese Otung Abienda

Professeur à l’Université Pédagogique Nationale (UPN)

Professeur Associé, Chercheur et Collaborateur Scientifique à l’Université Libre de Bruxelles (ULB)

Membre de la Faculté de Philosophie et des Sciences Sociales (ex – Faculté des Sciences Sociales et Politiques / Solvay Brussels School of  Economics and Management ) de l’Université Libre de Bruxelles ( ULB )

Membre de l’Institut de Sociologie (IS) de l’Université Libre de Bruxelles (ULB)

Membre du Centre d’Études de la Coopération Internationale et du Développement (CECID) de l’Université Libre de Bruxelles (ULB)

 NOTES ET REFERENCES

1. KASESE OTUNG ABIENDA, Jean-Denis, « Enfin, le Président Tshisekedi déplace le centre de gravité du paysage politique de la RDC », in WWW.ALAUNERDC.NET, le 30 janvier 2021

2. POINCARÉ, Henri, Fêtes du 75ème anniversaire de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), ULB, le 21 novembre 1909

3. MFUTILA, Josué, Kinshasa : « L’opposition renvoie sa marche au samedi 20 mai », Actu7.cd, le 12 mai 2023

4. ACTUALITÉ. CD, « RDC : avec plus de 16 millions d’habitants, l’offre en termes d’espaces culturels est très pauvre à Kinshasa », le 28 novembre 2021

5. KITSITA, Jephté, « Sit-in de l’opposition devant la CENI : Le Boulevard du 30 juin quadrillé par la Police entre l’arrêt BCDC et la Gare Centrale », in 7SUR7.CD, le 25 mai 2023

6. JEUNE AFRIQUE – AFP, « Élection présidentielle congolaise : le scrutin à un tour définitivement adopté », le 16 janvier 2011

7. RFI, « RDC : du rififi au sein de Lamuka, le courant ne passe plus entre Martin Fayulu et Adolphe Muzito », le 02 avril 2023

8. ACTUALITÉ. CD, « RDC : Ensemble pour la République ne suivra pas Fayulu, Katumbi et son parti présenteront leurs candidats », le 19 juin 2023

9. Plein de leaders ou Figures de proue du FCC ont rejoint l’Union Sacrée de la Nation. On peut citer : Evariste Boshab, Lambert Mende, Jean-Claude Masangu, Alain-André Atundu, Adolphe Lumanu, She Okitundu, Marie-Ange Lukiana, ….

10. MAKOBA, Alain Saveur, « Sortie officielle de l’Union Sacrée : Le parti APP appelle les Congolais à la cohésion et à l’unité pour bâtir « une nation puissante » », in 7SUR7.CD, le 01 mai 2023

11. RADIO OKAPI, « RDC : Signature de la Charte constitutive de l’Union Sacrée de la Nation », le 05 avril 2023

12. RTNC : « RDC : L’Union Sacrée de la Nation au stade des martyrs ce samedi 29 avril pour sa sortie officielle », le 23 avril 2023

13. MEDIACONGO.NET, « Union Sacrée : 500 partis annoncés le 29 avril au Stade des Martyrs », le 23 avril 2023

14. – DIMANYAYI, Christian, « Félix Tshisekedi meilleur candidat à la présidentielle de 2023 (Sondage GSR Congo) », in 7SUR7.CD, le 20 janvier 2023

       – SCALI, Domique, « Une firme québécoise est allée jusque dans la brousse pour sonder les électeurs en République démocratique du Congo », in LE JOURNAL DE MONTRÉAL, le 6 mai 2023

      – POLITICO, « Présidentielle 2023 : Felix Tshisekedi largement vainqueur devant Fayulu, Katumbi et Bemba (Sondage BERCI) », le 10 août 2022

15. KASESE OTUNG ABIENDA, Jean-Denis, « Enfin, le Président Tshisekedi déplace le centre de gravité du paysage politique de la RDC », Op. Cit.

16. INGRAO, Christian, « Dossier thématique : 1923-1936 : L’ascension d’Adolf Hitler et du parti nazi », in LUMNI ENSEIGNEMENT, le 23 janvier 2023

17. Pour reprendre l’expression utilisée par Damola Adejumo – Ayibiowu / ADEJUMO-AYIBIOWU, Damola, « La démocratie à l’occidentale en Afrique est juste une manière de renforcer l’idéologie néolibérale » », in OPEN DEMOCRACY – RITIMO, le 15 avril 2020

18.  KAMTO, Maurice, Pouvoir et Droit en Afrique noire. Essai sur les fondements du Constitutionnalisme dans des Etats d’Afrique noire francophone, Paris, LGDJ   1987, 545 p.

19. BALANDIER, Georges, Anthropologie politique, Paris, PUF, 1967, pp. 125-126

20. BESEAT, Kiflé Selassié, « Convaincre, Contrôler, ou Contraindre ? Systèmes et mécanismes de contrôle du pouvoir en Afrique », in La problématique de l’État en Afrique Noire, Dakar, 30 novembre au 6 décembre, p.1

21. POIRIER, Jean, « Les formes monocratiques du Pouvoir africain », in ANNALES AFRICAINES, 1966, p.186

22. ALLIOT, M., « L’Acculturation juridique », in POIRIER, Jean, Ethnologie Générale, Paris,  » Cujos », 1968, p.1208

23. Ibidem

24. VANSINA, Jan, Le Royaume Kuba, Tervuren, Annales du musée Royal de l’Afrique Centrale, sér. In 80, Sciences humaines, 49, 1964

25.  Ibid, p. 98

26.  Ibip, p.105

27.Ibidem

28. Ibidem

29. Ibidem

30. Le Congo devrait repenser son régime et son système politiques.

Il devra ainsi dégager son propre modèle démocratique, original, en tenant compte de sa propre dimension culturelle.