Congo
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Les dividendes de la transition climatique

A l’occasion de la visite d’Etat qu’effectue actuellement le Président de la République Démocratique du Congo en République de Chine, nous soumettons à la méditation des décideurs et cadres politiques congolais des réflexions extraites de trois passages de notre ouvrage publié en mai 2022 ; ouvrage intitulé : « Piliers et dynamiques pour un grand Congo ».

Corneille MULUMBA

Membre co-fondateur de l’UDPS

Tél. et Wp : +243 9 94 84 0000

E-mail : mcmulumba@gmail.com

Extrait N0 2 P. 252

 (…)

8. Les dividendes de la transition climatique

La RDC, c’est 115 millions d’hectares de forêt, soit 47 % des forêts africaines. C’est le deuxième poumon vert de la planète après l’Amazonie.

La RDC pourrait suppléer la nature en poussant chaque Congolais à planter 5 arbres au moins, dont 3 fruitiers, lors de la « Journée annuelle de l’arbre ». Les arbres fruitiers pourront fournir de la matière première pour l’industrie alimentaire : fruits divers, jus, confitures, compotes, alcool, etc.

D’autre part, le lithium, le cobalt, la cassitérite et le coltan, notamment, sont en train de remplacer progressivement le pétrole dans l’industrie automobile et dans les nouvelles technologies. Celui qui les aura sous son contrôle aura un avantage géostratégique et économique dans le monde dans un proche avenir.

En effet, l’avenir, c’est l’intelligence artificielle, pour laquelle la technologie des semi-conducteurs joue un rôle de premier plan. Ce sont aussi les batteries électriques dans lesquelles le cobalt constitue un composant essentiel.

Et la RDC possède des réserves parmi les plus importantes du monde pour les deux technologies : celle des semi-conducteurs et celle des batteries électriques

Dans ces nouvelles technologies, la Chine, les Etats-Unis, l’Europe, et la Russie ont une très grande longueur d’avance sur l’Afrique. L’agenda presse. L’on doit passer à la voiture entièrement électrique d’ici 2035. D’où, l’importance stratégique de la RDC sur l’échiquier mondial.

Cependant, si la RDC est aujourd’hui incontournable. Les choses peuvent changer dans l’avenir. Nos minerais ne valent que pendant qu’ils sont recherchés et qu’on se les dispute. Nous devons en prendre conscience et exploiter à fond cette position avantageuse en ce moment.

La stratégie idoine pour la commercialisation de ces matières premières par Kinshasa, consiste à faire jouer la concurrence et à privilégier ceux qui font les meilleures offres en terme de prix et d’avantages comparés, notamment la possibilité d’une transformation même partielle sur place ; ce qui aurait pour avantage d’en accroître la valeur ajoutée et de créer des emplois localement.

Mais, les Occidentaux ne l’entendent pas de cette oreille. Ceci explique leur acharnement à vouloir imposer des marionnettes à la tête de la RDC par le truchement des élections « bidon » qu’ils financent et contrôlent avec le concours d’une Société civile et des confessions religieuses qu’ils instrumentalisent.

Outre le bénéfice purement économique, la RDC peut également en tirer un grand bénéfice sur le plan international en renforçant ses capacités en matière de diplomatie dans les grands dossiers du monde. Elle a de quoi mettre dans la balance pour négocier et influencer des politiques.

La RDC a donc un mot à dire dans le monde. Elle peut être regardée autrement ; pour peu d’avoir un leadership de qualité, performant, éclairé, combattif et patriotique, à même d’impulser le développement, et une population mobilisée et conscientisée.

9. La technologie des semi-conducteurs et la guerre des Titans

La guerre des Titans entre les Etats-Unis et la Chine tourne notamment, autour de la technologie des semi-conducteurs. Ceux-ci interviennent dans toute l’électronique moderne. C’est notamment, le cas pour :

• L’industrie automobile ;

• L’industrie aéronautique et spatiale ;

• Les télécommunications ;

• Les nouvelles technologies de l’information et de communication ;

• L’électroménager ;

• Les processeurs d’ordinateurs ;

• Les supercalculateurs ;

• L’intelligence artificielle (IA)

•L’armement moderne et sophistiqué, notamment les missiles intercontinentaux ;

• Les divers capteurs de températures, etc. ;

• La transformation numérique de l’Economie et de l’Administration n’est pas imaginable sans les puces électroniques.

C’est ainsi, par exemple, que le géant chinois Huawei avait dépensé 23 milliards de dollars en 2019 pour constituer de stocks de matières premières nécessaires à l’industrie des semi-conducteurs.

Disposer de matières premières nécessaires à l’industrie des semi-conducteurs donne un pouvoir considérable de nos jours. Et la RDC est un maillon important de l’économie mondiale en ce moment en termes de fournisseur de matières premières. Il n’en sera probablement plus de même dans l’avenir. Elle doit donc développer l’intelligence stratégique nécessaire et se doter d’un leadership et d’une expertise à même de permettre de saisir l’opportunité et d’en tirer le maximum.

 10. Le bénéfice de la technologie des semi-conducteurs

Les transformations de la technologie moderne sont fortement tributaires des semi-conducteurs, ces véritables « cerveaux » de l’électronique moderne.

Les produits qui incorporent les semi-conducteurs sont légion et incontournables dans notre vie quotidienne :

• Les puces des semi-conducteurs sont présentes dans des milliards d’appareils électroniques tels que les ordinateurs portables, les tablettes, les smartphones, les consoles d’ordinateurs, les jeux électroniques, jeux vidéo, les écrans plats des téléviseurs, les télécommandes, les capteurs de température pour les climatiseurs, les éoliennes, etc.

• Les semi-conducteurs sont incontournables pour l’industrie automobile où ils servent à gérer le système de freinage, la direction, et même le moteur dans toutes les voitures modernes.

• L’intelligence artificielle, le symbole-même de ce que le cerveau humain est capable d’imaginer de nos jours, l’assistant par excellence de l’homme dans tout ce qu’il fait au quotidien dans ce monde moderne, n’est pas concevable sans puces électroniques.

La Chine, par exemple, se fixe comme objectif de devenir le leader mondial dans le secteur de l’intelligence artificielle (IA) dans un avenir proche. Elle a pour cela besoin de beaucoup de matières premières que peut lui fournir la RDC. Ceci

 qui constitue une grande opportunité économique notre pays dans la mesure où la Chine dispose de moyens colossaux pour payer ou faire le troc avec nous.

Aujourd’hui, l’industrie automobile, celle des télécommunications, l’industrie de l’armement, celle de l’informatique, en général, et la technologie médicale, en particulier, se font une concurrence effrénée pour se sécuriser les sources d’approvisionnement en matières premières indispensables à l’industrie des semi-conducteurs. Européens, Japonais, Coréens, Chinois et Américains ne se font aucun cadeau.

Les puces électroniques représentent, en effet, près de 35 % du prix des produits fabriqués. Et ce secteur n’emploie pas moins de 15 millions de travailleurs dans le monde. Les experts affirment que le marché des semi-conducteurs pèse au bas mot 450 milliards de dollars.

Si 48 % de ventes des semi-conducteurs au niveau mondial sont américaines, 75 % de fabricants sont Asiatiques, principalement de Taïwan.

Le secteur des semi-conducteurs comprend trois intervenants. Vous avez d’un côté les concepteurs, principalement les Américains, de l’autre les fabricants, à 75 % Asiatiques, et, enfin, les fournisseurs des matières premières, dont nous faisons partie.

A défaut d’être dans les deux premières catégories, nous pourrions, avec un leadership politique clairvoyant, efficace et une classe politique et sociale bien informée et mobilisée, adopter des stratégies idoines et jouer un rôle non négligeable en tant que pourvoyeur d’une matière première incontournable dont nous possédons les plus grandes réserves au monde. Nous pourrions alors peser de tout notre poids pour arracher le meilleur bénéfice pour nos populations qui croupissent dans la misère.

Nous venons ainsi de voir une illustration du bénéfice que la RDC pourrait tirer de certains de ses minerais, si elle se dotait d’un leadership clairvoyant, patriotique, efficace et efficient ; si la « politicaille » ambiante cédait la place à l’intelligence stratégique.

Parmi les minerais stratégiques de la RDC, nous avons aussi le cobalt qui est utilisé en métallurgie pour les alliages durs, dans le secteur de l’imagerie médicale et la radiothérapie. Le cobalt est un composant très important des batteries des voitures électriques. Et cela compte dans cette période de transition climatique qui verra les véhicules à moteurs à explosion remplacés par des véhicules électriques.

Et la RDC est la principale source d’approvisionnement en cobalt, avec les 2/3 de la production mondiale. Et, dans les conditions actuelles, il n’existe pas encore des minerais de substitution.

L’on peut également citer le tungstène, recherché pour la construction des têtes de missiles et par l’industrie spatiale ; en fait pour tout ce qui est destiné à résister à des très hautes températures.

Le coltan est surtout utilisé dans la fabrication des milliards de téléphones portables et les ordinateurs.

Le Nouveau Code Minier congolais, promulgué en mars 2018, fait passer de 3,5 à 10 % les royalties dues à l’Etat congolais pour l’exploitation des minerais que le Gouvernement considère comme stratégiques. Et le Décret du 24 novembre 2018 déclare substances minérales stratégiques, entre autres, le cobalt, le coltan, le germanium et le tungstène.

Manifestement, peu de Congolais avaient saisi la portée et la signification qu’avait été cet acte majeur : la promulgation du Nouveau Code Minier, son apport potentiel à l’économie, et le bénéfice que pourrait en tirer les populations tant sur le plan économique que social. S’ils en avaient saisi la portée, ils se seraient levés pour huer et chasser les sept géants miniers venus intimider Joseph Kabila en 2018 pour qu’il ne promulguât pas le Nouveau Code Minier ; et ils auraient unanimement soutenus le Chef de l’Etat congolais dans le duel à mort qui l’opposait à ces « humanoïdes » ; et ils l’auraient applaudi pour ne pas avoir cédé à leur pression, au risque de sa vie et pour l’intérêt supérieur du Congo.

Entre les Occidentaux et les Asiatiques, nous pourrions, nous, Congolais, fournisseurs des principales matières premières, usant de notre indépendance, de l’exercice plein de notre souveraineté, faire jouer la concurrence entre ces acteurs majeurs du secteur de l’industrie moderne, faire jouer la loi de l’offre et de la demande pour en tirer le meilleur profit financier et le meilleur bénéfice politique et diplomatique.

Par ailleurs, il faut souligner que les minerais ne sont pas inépuisables. Il convient donc d’en tirer le maximum aujourd’hui pour pouvoir investir dans l’après. Les experts estiment, par exemple, que la très forte demande du cobalt due à la production massive des voitures électriques, conséquence de la transition climatique, risque d’en épuiser anticipativement les gisements.

11. L’« Initiative Ceinture et Route » de la Chine

L’histoire de la route de la soie remonte à plus de deux mille ans avant Jésus Christ. Les marchands chinois parcouraient cette route qui traversait l’Asie centrale pour atteindre l’Europe en vendant des produits divers de l’Orient. Ils en ramenaient d’autres de l’Occident. Cette route tire son nom de la marchandise la plus précieuse et la plus chère qui y transitait : la soie, dont les Chinois furent pendant longtemps les seuls à détenir le secret de fabrication. Elle a également été pendant longtemps la voie de diffusion vers l’Occident de découvertes chinoises majeures : boussole, poudre à canon, papier-monnaie, imprimerie, etc. En sens inverse, elle a aussi été la voie par laquelle plusieurs religions étrangères avaient pénétré en Chine, notamment le bouddhisme, le christianisme, le judaïsme et l’islam.

C’est en 2013 que le président chinois nouvellement élu, Xi Jinping, décida de ressusciter la mythique route caravanière, vieille de plus de 4000 ans.

La nouvelle route de la soie, ou «la ceinture économique de la route de la soie », est un projet stratégique qui, au départ, vise à relier économiquement la Chine à l’Europe (l’Allemagne, la France, l’Espagne, et le Royaume-Uni), en intégrant les espaces d’Asie Centrale (le Kazakhstan, la Russie, la Biélorussie, la Pologne) par un vaste réseau de corridors routiers et ferroviaires. Dans son versant maritime, ce réseau de routes commerciales inclut les espaces africains riverains de l’Océan indien.

En 2017, le projet est rebaptisé « Initiative Ceinture et Route (Belt and Road Initiative, BRI, en anglais). Il est titanesque et concerne la construction d’infrastructures portuaires, ferroviaires, terrestres devant permettre à la Chine de s’approvisionner en matières premières et de se mettre sur le devant de la scène internationale. Evolutif, le projet inclut aujourd’hui presque le monde entier. Cela peut facilement se constater, au niveau géographique, par le nombre de pays concernés, plus de 145 pays ; mais également au niveau sectoriel, par des investissements colossaux dans les transports, comme à ses débuts (routes, autoroutes, chemins de fer, ports, etc.), puis dans des projets aussi diversifiés que l’énergie, les télécommunications, les parcs industriels, la construction des pipelines, le raccordement à la fibre optique, les projets touristiques, douaniers et même juridiques.

Les objectifs économiques du projet sont multiples pour la Chine : il s’agit d’accroître ses exportations, d’écouler sa production et de trouver de nouveaux marchés pour ses entreprises. L’autre objectif économique est la diversification et la sécurisation de ses approvisionnements énergétiques.

Politiquement, l’objectif est, au plan international, d’étendre l’influence chinoise dans le monde. La nouvelle route de la soie vient, en effet, redistribuer les cartes, à l’heure où la mondialisation de l’économie fait pencher la balance vers l’Orient.

Surnommé le « projet du siècle » par Xi Jinping, lui-même, le coût total de cet investissement pharaonique s’élèverait à plusieurs milliers de milliards de dollars. Il nécessite des financements colossaux. Il sera porté par deux banques : la Banque de Développement de Chine et la Banque Asiatique d’Investissement pour les Infrastructures (AIIB) ; l’objectif sous-jacent étant de se passer de l’aide du FMI (Fonds Monétaire International) et de celle de la Banque mondiale, organismes contrôlés par les Etats-Unis d’Amérique. Le capital de AIIB est de 100 milliards de dollars américains. Le Fonds de la Route de la soie a également été constitué. Il est financé à hauteur de 40 milliards de dollars.

On peut ou ne pas encore le reconnaître ; mais la Chine est en voie de devenir la plus grande économie mondiale. Avec ses fleurons industriels tel que Huawei, l’Empire du milieu inonde actuellement la planète de ses prouesses technologiques. Le numérique, l’intelligence artificielle, l’électrique ou le développement durable sont également ses champs de recherche et de performance.

Preuve, s’il en est encore, que le 21ème siècle est bien celui de la Chine.