Depuis quelques semaines, Glacier Kwong, militante hongkongaise pour les droits de l’homme installée à Hambourg dans le nord de l’Allemagne, accumule les messages vidéo de jeunes militants pro-démocratie de Hong Kong prononçant ce qui pourrait être leurs derniers mots.

Ils donnent leur nom, l’heure, et enregistrent un message pour la postérité, jurant à chaque fois que jamais ils ne se seraient suicidés, confie-t-elle à l’AFP lors d’un passage à Berlin. En clair: s’ils sont retrouvés morts, c’est qu’ils ont été tués.

« Le fait de conserver ces informations ne me met pas très à l’aise, mais je pense que la police de Hong Kong ou le gouvernement chinois ne peuvent pas y avoir accès », explique la jeune femme venue étudier en 2018 en Allemagne.

Si l’un d’entre eux venait effectivement à mourir, elle diffuserait alors largement son message, dit-elle.

Ces vidéos -25 à ce jour- ont commencé à lui être envoyées alors que les affrontements ont récemment redoublé de violence entre protestants pro-démocrates et forces de l’ordre.

Un étudiant et un homme de 70 ans sont décédés lors de manifestations à la mi-novembre dans l’ancienne colonie britannique, en proie depuis six mois à une crise politique inédite depuis sa rétrocession à la Chine en 1997.

– ‘Très frustrée’ –

A 23 ans seulement, la jeune femme est déjà une militante chevronnée de la protestation anti-gouvernementale à Hong Kong.

Encore adolescente, elle a rejoint une ONG « Keyboard Frontline » (littéralement « en première ligne sur un clavier ») qui défend les droits des utilisateurs d’internet.

Elle a joué un rôle dans « le mouvement des parapluies » en 2014, qui avait bloqué le coeur financier de Hong Kong pendant des semaines pour demander le suffrage universel.

Une vidéo dans laquelle elle appelle alors la communauté internationale à soutenir le mouvement a été vue plus d’un million de fois.

Basée à Hambourg où elle s’apprête à préparer un doctorat sur la protection des données, elle prodigue aujourd’hui essentiellement des conseils pratiques, comme la meilleure façon de se protéger sur le net, ou aide à trouver des avocats pour des militants emprisonnés.

Elle appartient à un réseau d’expatriés hongkongais qui plaident aussi auprès des gouvernements de leur pays d’accueil pour qu’ils soutiennent leur action.

« Le plus difficile est le décalage horaire. Quand il commence à se passer quelque chose là bas, c’est généralement l’heure d’aller dormir ici », explique-t-elle, ajoutant se sentir souvent « très frustrée » d’être si loin de Hong Kong actuellement.

– Berlin peut faire plus –

Malgré la récente victoire des candidats pro-démocratie aux élections locales, elle dit rester sceptique sur un réel changement à Hong Kong et veut continuer la lutte.

La mobilisation a débuté en juin contre un projet de loi autorisant l’extradition vers la Chine continentale des ressortissants hongkongais. Le texte a été abandonné en septembre mais entretemps les revendications ont été élargies et les affrontements sont devenus de plus en plus violents.

Mme Kwong estime que l’Allemagne a fait « plus que d’autres Etats » pour la cause hongkongaise, le pays ayant été notamment le premier à accorder en mai 2018 un statut de réfugié politique à deux dissidents poursuivis pour des violences présumées en 2016.

L’un d’entre eux, Ray Wong, a aussi salué l’engagement du pays en faveur des militants ou encore des musulmans ouïghours, dont plus d’un million seraient détenus au Xinjiang (nord-ouest de la Chine) dans des camps de rééducation politique, selon des organisations de défense des droits de l’homme.

Cette année, Liu Xia, peintre, poète et épouse du défunt prix Nobel de la paix Liu Xiaobo a également reçu l’asile politique en Allemagne, après huit ans de détention en résidence surveillée.

Mais Berlin « a les moyens de faire davantage », estime Mme Kwong. Le pays est actuellement critiqué pour son refus d’exclure le groupe Huawei de la construction de son futur réseau 5G, ce qui est vu comme une forme d’indulgence envers la Chine, son principal partenaire commercial. Huawei est soupçonné d’espionnage au profit de Pékin par les Etats-Unis, ce que le groupe dément formellement.