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À Rome, une veillée œcuménique en forme d’avant-goût du synode

« Un moment important pour l’histoire des chrétiens. » Sur la place Saint-Pierre, Mufaro-Dawn, Zimbabwéenne de 22 ans, s’est assise à l’écart des groupes qui se sont formés dans la journée. D’apparence détendue, cheveux tressés et vêtue d’un jean et d’un t-shirt noir, la jeune femme de confession anglicane peine à cacher son admiration. « C’est presque difficile à croire, de les voir tous rassemblés pour Dieu, décrit-elle d’un ton rapide. Leur message est puissant et beau : malgré leurs différences, ils ne sont pas là pour dire ce que nous devons penser. »

Sous le soleil couchant dans le ciel romain, dix-neuf responsables d’Églises chrétiennes, protestantes historiques ou évangéliques, orthodoxes, orientales, entourent le pape François ce samedi 30 septembre. Cette image forte des dénominations chrétiennes priant ensemble a été le couronnement d’une journée conçue par les frères de Taizé, communauté œcuménique bourguignonne.

Baptisé « Together 2023 », cet événement a rassemblé les chrétiens face à l’édifice même qui incarnait la rupture entre Rome et les partisans de Luther. Si ces divisions semblent presque oubliées par les jeunes réunis au Vatican, certains soulignent que, dans certains cas, la communion est difficile à établir.

« Un œcuménisme au service du monde »

Dans l’assistance, Mufaro-Dawn ne comprend pas pourquoi l’unité entre les chrétiens est si difficile à atteindre à l’échelle mondiale, malgré l’exemple montré par les responsables ecclésiaux. Née d’un père anglican et d’une mère catholique, elle estime que l’œcuménisme « explique tout (son) monde » et représente « toute (sa) vie ». « Au Zimbabwe, des problèmes arrivent souvent entre les Églises évangéliques d’un côté, et les catholiques et les anglicans de l’autre, regrette-t-elle néanmoins, tandis qu’une prière pour la paix est récitée devant la grande scène décorée de l’iconographie propre à la communauté de Taizé. Des pasteurs refusent l’entente, tournent les chrétiens les uns contre les autres, c’est inexplicable. »

Pour les jeunes ayant participé aux activités œcuméniques de la journée, pas de doute : les chrétiens doivent parler dans la même direction, avec les accents propres à chacun. « Je vois l’union parfaite », abonde Laura, une Française de 26 ans venue place Saint-Pierre avec son compagnon Mexicain. « C’est une soirée d’humilité, de partage. Cela nous encourage à aller vers n’importe qui, à s’ouvrir à l’autre, à servir Dieu », poursuit cette jeune cheffe d’entreprise les yeux rivés sur la scène.

« On parle beaucoup d’un hiver œcuménique, mais c’est un véritable printemps que nous vivons, qui n’est pas celui que nous pouvions imaginer, celui d’un œcuménisme au service du monde », confiait peu avant à La Croixl’archevêque de Cantorbéry Justin Welby, assis à la gauche du pape pendant la soirée durant laquelle les religieux ont prié pour la Création, le don de l’autre et la synodalité. « C’est, après le concile Vatican II, une étape marquante du dialogue chrétien », juge le primat de la Communion anglicane.

Éloge du silence

Face aux 18 000 fidèles venus sur la place pour prier avec lui François s’est livré au cours de la célébration à un éloge du silence. Quelques minutes auparavant, la foule en prière avait observé un silence impressionnant et rare en ces lieux. Ce silence est « important et puissant », a insisté le pape. Il est même « essentiel dans la vie de l’Église, a-t-il poursuivi. Le silence, dans la communauté ecclésiale, rend possible la communication fraternelle, dans lequel l’Esprit Saint harmonise les points de vue. »

En soulignant l’importance du silence, comme il l’avait fait quelques heures plus tôt avec l’« harmonie », devant les nouveaux cardinaux, François a clairement voulu donner une ligne directrice au Synode sur la synodalité, dont la première Assemblée plénière doit s’ouvrir à Rome le 4 octobre. « Le silence permet justement le discernement, à travers l’écoute attentive des gémissements inexprimables de l’Esprit qui résonne, souvent cachés, dans le peuple de Dieu », a-t-il développé, citant un passage de la lettre aux Romains. « Demandons donc à l’Esprit le don de l’écoute pour les participants du synode », a énoncé le pape.

Dans l’assemblée, nombreux sont ceux, catholiques ou non, qui encouragent la démarche synodale voulue par François. « C’est ambitieux et, pour nous protestants, qui avons adopté ce mode de participation depuis longtemps, nous en aurons certainement beaucoup à apprendre », veut croire Christine Mielke, responsable de la jeunesse au sein de la Fédération protestante de France, présente au Vatican.

Sur la place, les mots du pape ont résonné comme un message aux 364 participants au synode sur l’avenir de l’Église, alors que certains déplorent le souhait du pape de maintenir les échanges secrets. En guise de réponse, il a prié pour que le synode soit un « kairos de fraternité »« l’Esprit Saint purifie l’Église des bavardages, des idéologies et des polarisations ».

Égalité

« Dieu n’aime pas les proclamations et les clameurs, le bavardage et le vacarme : il préfère, comme il l’a fait avec Élie, parler dans le murmure d’une brise légère », a-t-il encore ajouté.

Mais pour François, le silence est aussi celui qui permet de faire grandir « l’unité des chrétiens »« devant la croix ». Au-delà des débats théologiques, pour lesquels le pape n’a jamais caché un désintérêt certain, le silence est comparable aux « semences que nous recevrons et qui représentent les différents dons accordés par l’Esprit Saint aux diverses traditions ». « Nous avons le devoir de les semer, avec la certitude que Dieu seul donne la croissance », a martelé François, assis aux côtés des autres responsables chrétiens, sans jamais occuper aucune position de prééminence par rapport aux autres.