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Aide active à mourir : les Français sont majoritairement pour

Souhaité par Emmanuel Macron, piloté par la ministre déléguée auprès du ministre de la Santé et de la Prévention Agnès Firmin-Le Bodo, le projet de loi sur la fin de vie devait être examiné en conseil des ministres avant la fin de l'été. Raté. Si la ministre a bien rendu son projet dans les temps, son examen semble renvoyé aux calendes grecques. Ou, au moins, à 2024.

C'est en effet ce qu'a annoncé ce lundi 25 septembre Franck Riester, le ministre chargé des Relations avec le Parlement, au micro de Sud Radio : une présentation devant le Parlement, « l'année prochaine », après un passage par le Conseil d'État puis en conseil des ministres. Un calendrier que confirme au Point l'entourage d'Agnès Firmin-Le Bodo.

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Les associations s'impatientent

Jonathan Denis, président de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), une organisation soutenue par Line Renaud et engagée en faveur de l'aide active à mourir, s'impatiente : « Nous sommes en train d'assister à une radicalisation des opposants, qui profitent de ces hésitations au sommet de l'État pour se mobiliser contre le projet de loi. »

Une situation qui lui rappelle celle sur la loi sur le mariage pour tous sous François Hollande. « Ses tergiversations avaient conduit à la forte mobilisation des opposants alors que la société et les parlementaires étaient majoritairement favorables », poursuit Jonathan Denis, qui voit effectivement se multiplier les appels contre l'euthanasie et le suicide assisté.

À LIRE AUSSI Euthanasie et suicide assisté : la fin du tabou français ? Exemple de cette mobilisation, ce document que fait circuler sur Internet le Syndicat de la famille, ex-Manif pour tous, visant à signaler à l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) le documentaire Fin de vie : pour que tu aies le choix, diffusé le 26 septembre sur France 5 : « Cette émission n'est que militantisme et manipulation. On ne tue pas par amour ! » assène le tract numérique.

Fort consensus en faveur de l'euthanasie

Difficile donc de faire la part des choses entre opposants et partisans. Le dernier sondage de l'Institut Cluster17 pour Le Point fait pourtant apparaître un très fort consensus parmi les Français pour favoriser l'accès à l'euthanasie (le médecin administre la substance létale) : 83 % y sont favorables. Le consensus est moins fort concernant le suicide assisté (le patient administre la substance létale) : 67 % sont pour.

Sur les modalités d'encadrement, là aussi, des tendances assez nettes se distinguent : les deux tiers des Français sont favorables à la prise en compte de la condition médicale pour autoriser l'euthanasie, 58 % à l'établissement d'une clause des professionnels de santé pour ne pas participer à la procédure, 88 % pour que l'acte soit accompagné d'une évaluation du discernement de la personne. L'opinion des Français est assez similaire concernant l'encadrement du suicide assisté.

L'opinion sur cette question éthique, bien que relativement consensuelle, n'est pas pour autant uniforme au sein de la population. Si les électeurs de l'ensemble des candidats sont favorables à l'euthanasie, des soutiens de Mélenchon (87 %) aux soutiens de Zemmour (71 %), le portrait est plus contrasté concernant le suicide assisté. Seule une courte majorité des électeurs de Pécresse et Lassalle y est favorable, tandis que 57 % des électeurs de Zemmour y sont défavorables.

3 % des Français prêts à manifester contre l'euthanasie

La position des individus sur la fin de vie varie principalement en fonction de la pratique religieuse. Alors que la proportion des croyants non pratiquants en faveur de l'autorisation de l'euthanasie est la même que celle dans la population générale (83 %), celle des croyants pratiquants chute à 47 %. Ils sont même majoritaires (54 %) à être défavorables à l'autorisation du suicide assisté.

Les plus riches et diplômés sont légèrement plus défavorables à l'euthanasie : 5 points de moins que la moyenne pour les personnes touchant plus de 5 000 euros et les Bac + 5 et plus. On observe le même phénomène en ce qui concerne le suicide assisté, avec une particularité supplémentaire, relativement contre-intuitive : les jeunes de 18 à 34 ans sont moins nombreux que la moyenne à y être favorables.

Dernier résultat marquant de ce sondage : la minorité de personnes défavorables à l'autorisation de l'euthanasie et du suicide assisté n'y est pas opposée fermement. C'est plutôt l'indifférence qui règne : seuls 3 % des Français seraient prêts à manifester contre une loi autorisant l'euthanasie (4 % pour le suicide assisté). Cette proportion n'atteint que 7 % chez les électeurs de Zemmour et 14 % chez les croyants pratiquants.

Autrement dit, on peut s'attendre à un accueil soit favorable, soit indifférent au vote d'une loi telle que celle proposée par la ministre Agnès Firmin-Le Bodo. Sauf si, comme le craint Jonathan Denis de l'ADMD, la mobilisation se renforce avec le temps des hésitations.