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Alpes-Maritimes : Dans la vallée de la Tinée, la « résistance » face à la mort annoncée d’un hameau

« Certains y sont depuis des générations. Moi j’y suis né, en 1989. C’est un endroit très cher à notre cœur et on va se battre ». Pour le Pra, Camille Grenier et sa famille sont prêts à organiser la « résistance ». Dans la vallée de la Tinée, aux fins fonds des Alpes-Maritimes, ce hameau d’une dizaine de bâtisses avec église, four à pain et lavoir, rattaché à la commune de Saint-Dalmas-le-Selvage, est appelé à disparaître.

Depuis la publication d’un arrêté municipal le 17 août, il est interdit d’y « évoluer » et d’y « habiter ». Pour les autorités, deux ans après la tempête Alex, qui avait fait rage dans le département, causant la mort de dix-huit personnes, le lieu est devenu trop dangereux.

Menacé par les inondations du Salso Moreno, qui longe le hameau à l’ouest, et les chutes de pierres du versant qui le surplombe à l’est, le Pra est exposé à des « risques naturels […] désormais récurrents », appuie la préfecture des Alpes-Maritimes. Il doit être évacué. De leur côté, les propriétaires de maisons, qui y vivent seulement une partie de l’année, n’ont pas l’intention de les quitter. Pour eux, la tempête Alex aurait tout précipité et « l’Etat cherche à tout prix à minimiser les risques ». Ils assurent que des travaux peu coûteux permettraient de les protéger. Après la création d’une Association pour la préservation du Pra, début septembre, ils lanceront, dès lundi, une pétition.

« Il n’existe pas de parade ou de protection efficientes »

Pour son diagnostic, la préfecture dit s’appuyer sur « des études récentes », qui ont « confirmé la vulnérabilité du hameau aux risques d’inondations, de crues torrentielles et de mouvements de terrain ». Elle rappelle que « deux blocs de 3 et 4 m3, ont dévalé le versant, dont un jusqu’à la route, à proximité du hameau » une nuit du mois d’avril, que trois véhicules ont été emportés par des coulées le 17 août et que la route de la Bonette, qui longe le Pra, avait également été coupée à la suite d’un orage dans la soirée du 18 août. « Il n’existe pas de parade ou de protection efficientes », assurent les services de l’Etat.

« On nous dit que la seule alternative, c’est le fonds Barnier [qui permet de financer les indemnités d’expropriation de biens exposés à un risque naturel majeur] alors qu’il suffirait de créer une digue sur le cours d’eau. Pour 200.000 euros, on serait protégé, estime au contraire Benoît Grenier, le père de Camille et le propriétaire du restaurant Le Pratois, une institution dans le secteur. Ce n’est rien par rapport aux dizaines de millions qui ont été investis ailleurs dans les vallées après la tempête Alex. »

« J’ai très peur que ça puisse créer un précédent et que d’autres petites communes soient sacrifiées »

Le Salso Moreno, qui avait déjà causé d’importantes inondations les siècles passées, ne serait pas le risque majeur, selon la métropole Nice Côte d’Azur, qui en a la compétence. « Cela ne servirait à rien d’intervenir sur le cours d’eau, une étude de la RTM (Restauration des terrains en montagne) l’a clairement prouvé. Le problème vient du glissement du terrain. Les travaux seraient trop importants à réaliser et pas pérennes en raison de l’évolution rapide du versant », avance la collectivité.

Un diagnostic auquel les propriétaires n’arrivent pas à se résoudre, malgré une réunion de concertation tenue il y a quelques jours. « Ce n’est pas juste la question d’une dizaine de destins individuels. On se mobilise pour notre hameau mais pas que, explique encore Camille Grenier. Moi, j’ai très peur que ça puisse créer un précédent et que d’autres petites communes soient sacrifiées, dès qu’il y aura un peu trop de risque et qu’il n’y aura une volonté politique de les préserver. »