France

Annuler la dette de la France à la BCE ? Une solution pragmatique 

En 2005, le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Lord Mervyn King, assurait que Diego Maradona fonctionnait, sur un terrain de football, comme une banque centrale : par ses feintes, il donnait la direction qu’il souhaitait à ses adversaires telle la politique monétaire aux marchés financiers. Et par ses fourberies – au premier rang desquelles son but baptisé "la main de Dieu" – il basculait, quand il le jugeait nécessaire, dans "l’inattendu, l’anachronisme et le non-respect des règles", à l’image d’une banque centrale quand elle doit tordre les traités qui la régissent pour sauver une économie en crise. Sur ce dernier point, le parallèle entre l’icône argentine décédée le 25 novembre à l’âge de 60 ans et la politique monétaire en zone euro est plus que jamais d’actualité. Le sujet : l’annulation des dettes souveraines détenues par la Banque centrale européenne, dont environ 485 milliards d’euros pour la France.

« Un grand plan d’investissement gratuit »

L’idée fait son chemin chez certains économistes et politiques de l'Hexagone. Leur raisonnement est simple : la hausse nécessaire de la dette publique française durant la crise sanitaire de 100 % à 120 % du PIB en 2020 annihile toutes marges de manœuvre budgétaires pour les années à venir. Dès lors, la seule solution pour une relance digne de ce nom est l’annulation de la dette détenue par la BCE en contrepartie de réinvestissements massifs dans l’économie, l’écologie et le social, proposent-ils. "Un grand plan d’investissement gratuit, en somme, qui permette à l'Etat d'emprunter pour investir plutôt que d'emprunter pour rembourser sa dette", résume Nicolas Dufrêne, haut fonctionnaire et directeur de l'Institut Rousseau. Et ainsi remettre l’économie sur de bons rails.

"Impensable !", répondent les tenants du rigorisme budgétaire et monétaire. Gardien du temple, le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau a une nouvelle fois montré mardi matin sur France Culture tout le mal qu’il pensait d’une telle initiative. "On ne peut pas annuler la dette, pour une histoire de confiance absolument clé : si vous me prêtez 100 euros et que moi je vous dis ‘je ne vous rembourserai pas’, et bien vous ne me prêterez plus jamais ! Ce sera logique", expliquait-il d’un ton infantilisant à son interlocuteur, le journaliste Guillaume Erner. Se sentant trahis, les marchés financiers sanctionneraient alors la France, et les taux d’intérêt de sa dette exploseraient. Horreur !

La BCE n’en souffrirait pas

Sauf que ce raisonnement catastrophiste, aussi pédagogique soit-il, est pour le moins contestable. D’abord, il n’est pas ici question de faire défaut auprès de créanciers privés ou publics, mais bien de la banque centrale. Ce qui change tout : il n’y a pas de risque financier qui pèse sur elle, car la BCE crée la monnaie et n’a pas de prêts à rembourser sur le dos. Un argument déjà avancé par la très sérieuse Banque des règlements internationaux (BRI) dans une note de 2013 : "Les banques centrales ne sont pas des banques commerciales. Elles ne recherchent pas de profits et ne sont donc pas confrontées aux mêmes contraintes financières que les institutions privées. Concrètement, cela signifie que la plupart des banques centrales pourraient perdre de l’argent jusqu’à ce que leurs fonds propres deviennent négatifs, tout en continuant à fonctionner avec succès". En outre, rappelle Nicolas Dufrêne, l'ancien président de la BCE Mario Draghi, ainsi que la présidente actuelle Christine Lagarde, ont également "reconnu qu'une banque centrale ne pouvait jamais être à court de monnaie". Un accord avec la BCE après la crise sanitaire pour supprimer exceptionnellement la dette publique qu’elle détient n’aurait donc pas d’incidence financière néfaste.

Certes, "tout le monde n’a pas en tête qu’une banque centrale puisse fonctionner avec des fonds propres négatifs", concède la BRI. Ainsi, "les marchés pourraient mal réagir en pensant à tort que les pertes (liées au non-remboursement de la dette détenue N.D.L.R.) impliqueraient une moindre efficacité des politiques monétaires", craignait l'institution. Mais depuis 2013, les mentalités évoluent. "Par exemple, les investisseurs sur les marchés sont de plus en plus ouverts à l’annulation de la dette publique", assure Nicolas Dufrêne. Il en veut pour preuve le récent ouvrage "Effacer les dettes publiques - c’est possible et c’est nécessaire" d’Hubert Rodarie, le président de l'association française des investisseurs institutionnels (Af2i), dont les adhérents pèsent lourd dans le capitalisme français.

Les investisseurs sont pragmatiques

Pourquoi un tel revirement des marchés financiers ? "Les investisseurs sont juste pragmatiques : ils ne sont pas concernés par l'annulation de la dette et par ailleurs ils auront d'autres opportunités de prêter", estime Nicolas Dufrêne. Beaucoup d'entre eux souhaitent un électrochoc pour sortir du consensus mou qui veut que la banque centrale abreuve les marchés de dettes sans que la croissance reparte, obérant d’autant les retours sur investissements. Mêmes les banques privées n’y croient plus : elles préfèrent placer leur argent à taux négatifs, que ce soit à la BCE – de 240 milliards d’euros en juin 2014, leurs dépôts à la BCE ont bondi à 3.500 milliards fin 2020 –, ou dans des obligations d’Etats sûrs (Allemagne, France, Pays-Bas etc.). Comprendre : perdre de l’argent plutôt que d’investir dans l’économie productive. On marche sur la tête !

Mais le conservatisme monétaire a le cuir solide : "La France fait partie des rares pays, avec le Royaume-Uni, qui depuis deux siècles, n’ont jamais fait défaut sur la question de la dette. C’est ce qui permet d’emprunter à un taux très bas", assurait aussi François Villeroy de Galhau sur France Culture. Etrange argument, là encore : l’Etat qui emprunte aux taux les plus bas en Europe est l’Allemagne… qui avait acté un défaut sur 50 % de sa dette dans l’accord de Londres en 1953, en vue de se donner de l'air pour financer sa reconstruction. Mais Villeroy de Galhau persiste et signe : "On ne peut pas annuler [la dette] car quand on a créé l'euro, on a mis en place un pacte de confiance qui ne permet pas l'annulation". Là aussi, c’est occulter qu’en matière de politique monétaire, les digues instaurées dans les traités tombent une à une depuis dix ans. La BCE, qui doit en théorie faire preuve de neutralité vis-à-vis des politiques budgétaires des Etats, achète massivement et de manière répétée depuis 2015 des titres publics déjà émis sur les marchés. Ce qui suscite d'ailleurs l’exaspération de la rigoriste Cour constitutionnelle de Karlsruhe, qui juge la politique monétaire mise en œuvre "disproportionnée" en zone euro. Ces achats de titres publics sur les marchés secondaires ont certes tordu l’esprit des traités, mais ils ont surtout participé au sauvetage de l’économie du vieux continent.

Diego va-t-il inspirer Bruno ?

Hélas, il n’est pas dans les plans des dirigeants politiques français de demander une nouvelle mesure monétaire transgressive. Le ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire a d’ores et déjà constitué un groupe d’experts pour réfléchir à un "cantonnement" de la dette Covid et d'étaler son amortissement dans le temps, faisant craindre le retour du rigorisme budgétaire. Sont notamment présents dans ce groupe Laurence Parisot, ancienne présidente du Medef, Jean Arthuis, ancien ministre du Budget sous Jacques Chirac, Augustin de Romanet le PDG d’ADP, Jean-Luc Tavernier, le directeur général de l’Insee ou Marisol Touraine, l’ancienne ministre des Affaires sociales de François Hollande. Personne, de premier abord, qui ne soit pour une politique monétaire inventive. Mais sait-on jamais : peut-être que la mort de Diego Maradona les guidera vers de nouvelles réflexions…

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