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France

Arsenic dans la vallée de l’Orbiel dans l'Aude : "C’est un Tchernobyl chimique"

Frédéric Ogé, scientifique, alerte. Des enfants ont des taux anormaux dans le corps. Nouvelles analyses ce vendredi 16 août.

Dans les années 70, dans les villages qui bordent l’Argent-Double, un cours d’eau de la vallée de l’Orbiel, on alertait déjà le nouveau venu sur le risque de manger des légumes “du jardin”.

Depuis, pas une année sans que riverains et associations environnementales ne s’inquiètent des risques liés au passé industriel et minier de Salsigne, à 20 km de Carcassonne, quinze ans après la fermeture du site. Le 23 juillet dernier, des analyses pilotées par l’Agence régionale de santé révélaient que 23 enfants vivant dans la vallée présentaient un taux anormalement élevé d’arsenic dans leur corps. Ils sont désormais 38, selon de nouvelles analyses, en attendant le résultat d’examens programmés ce vendredi à l’hôpital de Carcassonne.

Chercheur retraité du CNRS, ancien enseignant à l’École des Mines de Paris et à Montpellier, concepteur d’une méthode permettant de répertorier les sites potentiellement pollués en France, Frédéric Ogé pousse un coup de gueule contre "la plus grande décharge chimique du monde".

Frédéric Ogé : "Un scandale d’état."
Frédéric Ogé : "Un scandale d’état." - Dr

Pourquoi la situation sanitaire est-elle explosive dans la vallée de l’Orbiel ? En parlant de “Tchernobyl chimique”, n’exagérez-vous pas ?

Pas du tout. D’abord sur le plan du fonctionnement. Le nuage de Tchernobyl s’était soi-disant arrêté à nos frontières, et il y avait eu un négationnisme scientifique. C’est exactement la même chose ici : il y a eu mensonge et silence. Soit les autorités savaient et n’ont rien dit, soit elles ne savaient pas et c’est encore pire. C’est un scandale d’État.

Second point : vous avez une des plus grandes décharges chimiques du monde dans la vallée de l’Orbiel, avec un minimum d’1,2 million de tonnes de produits toxiques accumulés dans 14 millions de tonnes de tout-venant. C’est un chiffre minimum, mon calcul est plutôt de 2 millions de tonnes. Il y a des cyanures, des isocyanaytes, des nitrates, du plomb, de l’arsenic, du cobalt, du bismuth… une trentaine de “saletés”, qui sont aussi inhalées.

Dues à la mine ?

Quatre sources de pollution se conjuguent : il y avait un incinérateur d’ordures, sur la commune de Conques-sur-Orbiel. Il a fermé il y a une vingtaine d’années, mais on trouve encore du mercure sur le bassin-versant de l’Orbiel. Deuxième source de pollution : les boues de station d’épuration chargées de métaux lourds répandues dans les années 80-90. Ensuite, vous avez le site de la mine. C’était certes la plus grande mine d’or d’Europe, mais surtout le premier producteur mondial d’arsenic. 12 % de l’arsenic du monde a été produit à Salsigne et partait aux États-Unis pour fabriquer l’agent bleu et l’agent orange… On a probablement eu, sur un siècle, un million de tonnes d’arsenic produit ; je retiens a minima le chiffre de 500 000 tonnes. Restent aujourd’hui, selon les chiffres officiels de l’État, 45 000 tonnes d’arsenic sur 72 points de stockage, dans la vallée de l’Orbiel. Vous avez même un stockage à l’air libre sur le lieu-dit de Nartau, 2,5 km en amont du village de Lastours. Ce qui fait que sur le sol de la cour de l’école, on a des taux catastrophiques d’arsenic, révélés au printemps.

La situation va-t-elle au-delà des 38 enfants répertoriés ?

On est sur un bassin de population de 10 000 personnes et, potentiellement, on peut être impacté jusqu’à Trèbes et au-delà. Avec la crue de 2018, les déchets sont descendus.

On n’a pas fait d’analyse sur les bébés, les adultes, les gens du voyage ne sont pas dans la statistique… les données actuelles sont incomplètes.

Le site a-t-il été mal réhabilité ?

La relative mise en sécurité a coûté 120 M€. On a pu parler de 14 Md€ nécessaires. Avec 500 M€, 800 M€, on pourrait faire du bon travail. Et il faudrait immédiatement évacuer le site de Nartau.

On laisse, en connaissance de cause, des personnes vivre sur ces terres alors qu’il y a du danger ?

Bien sûr, je l’ai même écrit dans un livre qui a été publié par l’université de Montpellier, Triste mine. C’est classique des sites miniers : on exploite et on se casse. On a fait des films, des livres, ça fait plus de vingt ans qu’on alerte…

Quel est le danger qui pèse sur ces enfants qui présentent des taux anormaux d’arsenic ?

L’arsenic se promène dans le corps et va se fixer quelque part. Il peut potentiellement bloquer les reins, le foie, la rate. Aujourd’hui, ces petits ont mal au ventre, à la tête… Mais cet arsenic aura des conséquences peut-être dans des années par des effets cocktails, avec d’autres expositions aux toxiques, le tabac par exemple.

Les parents sont très en colère. Certains ont déjà rencontré des avocats pour déposer une plainte au pénal.

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