France
This article was added by the user . TheWorldNews is not responsible for the content of the platform.

Attentat de l’Opéra: le complice du terroriste jugé pour l’avoir «endoctriné»

L’ami de l’assaillant tchétchène, tué lors de l’attaque à Paris en mai 2018, est un pur produit de l’islam radical.

Un attentat au couteau en pleine ville, un jeune terroriste venu du Caucase russe et réfugié en France avec sa famille… Le procès qui s’ouvre ce mercredi devant la cour d’assises spécialement composée résonne avec l’actualité d’Arras. Cet attentat avait été perpétré le 12 mai 2018 dans le quartier de l’Opéra, à Paris.

Tué ce jour-là par des policiers ayant tenté de le maîtriser, le terroriste, Khamzat Azimov, âgé de 20 ans, sera absent du box. À sa place, son ami, Abdoul-Hakim Anaiev, jugé jusqu’au 31 octobre pour «participation à une association de malfaiteurs terroristes en vue de la préparation de crimes d’atteintes aux personnes». Âgé aujourd’hui de 26 ans, cet islamiste connu des services de renseignements est accusé d’avoir été, en tant qu’individu profondément ancré dans la mouvance djihadiste, le mentor et l’inspirateur du tueur. Sans toutefois, comme le précise l’ordonnance de mise en accusation, que l’enquête ait pu établir «aucune complicité directe dans le passage à l’acte».

À lire aussiBoualem Sansal: «Du Hamas à Arras, l’islam radical a déclenché une guerre sainte contre l’Occident»

Tuer le maximum de personnes

L’accusé, défendu par Me Marie Dosé, nie avoir eu connaissance du projet d’Azimov. Et les débats s’annoncent tendus. Une vingtaine de parties civiles seront présentes au procès, dont deux associations, l’Association française des victimes du terrorisme et la Fenvac.

La cour reviendra d’abord sur les faits tragiques de cette soirée de printemps en plein cœur de la capitale. Ce 12 mai 2018, l’enfer se déchaîne pendant d’interminables minutes au cri d’«Allah akbar!». La douleur, la fuite, les hurlements, la lutte héroïque et désespérée d’un homme de 29 ans. Il est 20h41 quand, rue Marsollier, dans le 2e arrondissement, le terroriste armé d’un couteau - soustrait à la batterie de cuisine de sa mère - attaque Ronan Gosnet, qui sortait de la librairie où il travaillait. S’ensuit alors une «lutte acharnée», selon l’ordonnance.

Le point est essentiel: comme les minutes qui suivent vont le prouver, Khamzat Azimov est là pour tuer le maximum de personnes. En résistant farouchement, en arrachant quelques poignées de secondes, Ronan Gosnet a très probablement sauvé des vies ce soir-là. La victime est d’abord frappée au cou puis les deux hommes s’empoignent et les coups de couteau pleuvent. Ronan Gosnet s’appuie sur une voiture puis est entraîné à terre, se relève avant de finalement s’effondrer. On relèvera dix plaies à l’arme blanche sur son corps et des lésions de défense à la main droite. Le massacre continue. Rue Saint-Augustin, un touriste chinois est gravement blessé: on retrouvera, des mois plus tard, la pointe du couteau fichée dans son crâne. L’homme trouve la force de hurler aux passants qu’il faut fuir. Cette pointe cassée a elle aussi très probablement sauvé des vies.

«Frappons-les sur leur propre terre»

Toujours rue Saint-Augustin, un automobiliste est visé. Il parvient à s’enfuir, avant que deux couples soient attaqués. Le tueur s’engouffre dans la rue Gaillon. Il rate un cycliste mais blesse grièvement une femme et poignarde un homme. Passage Choiseul, une femme est blessée. Rue Monsigny, le terroriste fait face à trois policiers, alertés par un appel à police secours, qui sont équipés de leurs gilets pare-balles. Aucun n’avait jamais tiré avant cela, ni été confronté à un tel danger.

Pourtant, face à la menace de cet homme armé, ils vont appliquer avec le plus grand sang-froid les consignes: triangulation, usage du taser, sommations avant l’usage de l’arme à feu. Azimov leur lance:  «Je vais vous planter!» puis fonce sur eux en criant: «Tire, tire!» Deux tirs de taser ne donnent pas de résultats. L’un des policiers est poignardé dans le dos, un autre à la poitrine, le terroriste visant ensuite son cou. Khamzat Azimov est finalement touché par deux tirs d’arme à feu. Il tente encore de se relever, puis s’effondre.

L’État islamique revendique rapidement l’attentat via son agence de propagande Amaq. Puis diffuse une vidéo d’allégeance du terroriste. Dans ce document de deux minutes trente, Azimov s’exprime en français (avec des sous-titres arabes). Il prête allégeance au «calife Abou Bakr al-Baghdadi», envoie «un premier message à (ses) frères moudjahidin en Syrie et partout dans le monde: mes frères, restez fermes, restez fermes, la victoire est proche». Puis il s’adresse à ses «frères et sœurs qui sont encore dans les terres des mécréants, en France, en Allemagne, en Angleterre, peu importe: ne vous laissez pas avoir par les mensonges de ces mécréants (…). Frappons-les sur leur propre terre.»

À lire aussiComment la communauté musulmane bute sur son impuissance contre l’islamisme

L’art de la dissimulation

L’enquête retrace le parcours du terroriste: né en 1997 à Argoun (est de la Tchétchénie), Khamzat Azimov est arrivé en France avec sa famille fin 2002 puis, ses parents ayant obtenu le statut de réfugiés politiques, il a acquis la nationalité française avec les siens en 2010. Ayant longtemps vécu à Strasbourg, où il s’est fait quelques amis auxquels les enquêteurs vont s’intéresser, il vivait au moment de l’attentat dans un hôtel du 18e arrondissement avec sa mère et sa sœur. Bachelier, ayant abandonné médecine au bout d’un an, il avait repris ses études début 2018. Il avait réussi la première partie de son examen d’infirmier en avril et devait passer la seconde le 14 mai, deux jours après l’attentat.

Un parcours typique de la «taqiya», l’art de la dissimulation. Car l’analyse des téléphones et autres ordinateurs établissent que l’intéressé surfait sur les messageries chiffrées et était en contact avec une foule d’individus radicalisés, adhérant aux thèses de Daech, que ce soit en Europe ou en Tchétchénie. L’enquête établira par exemple que, en 2017, il est en contact avec des djihadistes français et belges prêts à des actions violentes. En fait, pour nouer ces contacts sulfureux, il est accompagné de son meilleur ami, qu’il a connu à Strasbourg: Abdul-Hakim Anaiev, l’homme qui est aujourd’hui dans le box des accusés.

À lire aussiKarim Benzema, influenceur décomplexé d’un islam culturel

«Un État de mécréants»

Né le 22 octobre 1997 à Chechen-Aul (au sud de Grozny, la capitale tchétchène), il est pour l’accusation l’homme qui a «endoctriné» Azimov. Pour les juges d’instruction, il a notamment «assuré la diffusion de la propagande de l’État islamique sur les réseaux sociaux et auprès de ses amis, notamment auprès de sympathisants de l’organisation en France, en lien avec divers individus et en relayant des thèses, slogans ou publications, vidéos ou chants issus des organes médiatiques de Daech». Il y a associé Khamzat Azimov, «en le chargeant notamment de supprimer toute trace de ladite activité, en lui confiant ses codes et ses contacts, en communiquant avec lui et ses autres contacts par messageries cryptées». Il a organisé «des échanges sur les réseaux sociaux avec des membres de la djihadosphère pro-État islamique alors que certains de ces sympathisants étaient en lien avec des membres de l’organisation terroriste sur zone ou projetant des attentats en France».

Enfin, il aurait introduit «virtuellement puis physiquement Khamzat Azimov auprès de ces individus, en lui faisant nouer des contacts lui permettant d’assurer la revendication de son attentat à titre posthume par l’organe médiatique de l’État islamique, Amaq». Nul ne semble pouvoir contester qu’Anaiev était ancré dans la mouvance de l’islam radical et dans celle du djihadisme. Comme l’était d’ailleurs son frère cadet Abdoul-Malik, interpellé en 2018 pour un projet d’attentat et des velléités de départ en Syrie.

À lire aussiLes services antiterroristes s’alarment du profil des dernières «revenantes» de Syrie

Nichés au cœur de l’ordonnance de mise en accusation, deux témoignages sont édifiants: ceux de deux anciens professeurs d’Abdoul-Hakim Anaiev. Un premier enseignant explique que ce dernier déclarait au vu et au su de tout le monde qu’il considérait «l’État français comme un État de mécréants». Après l’attentat à Opéra, un second professeur s’est spontanément présenté à la police car il disait avoir peur qu’une autre attaque soit perpétrée par Abdoul-Hakim qui, précise l’ordonnance, «lui paraissait alors plus dangereux» encore…