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« Au “non” des femmes », de Jennifer Tamas : inscrire Andromaque dans #metoo

L’autrice enseigne la littérature française classique aux jeunes Américains en partant du présent. Une méthode qui étaye son essai féministe.

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« Au “non” des femmes. Libérer nos classiques du regard masculin », de Jennifer Tamas, Seuil, « La couleur des idées », 330 p., 23 €, numérique 17 €.

Avant de proposer au public français de porter un nouveau regard sur son héritage culturel, Jennifer Tamas, professeure à l’université Rutgers (New Jersey), a mené une entreprise plus ambitieuse encore : elle a fait découvrir la société française de l’Ancien ­Régime et sa littérature à un public d’étudiants américains. Et c’est précisément ce qui explique la méthode qu’elle qualifie d’« inductive », mise en œuvre dans son nouveau livre, Au « non » des femmes. Car pour approcher les textes classiques, d’Andromaque, de Racine (1667), aux Liaisons dangereuses, de Choderlos de Laclos (1782), la chercheuse française a choisi de « partir du présent pour remonter au passé ».

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Cette démarche, Jennifer Tamas, que « Le Monde des livres » a ­rencontrée lors d’un passage à ­Paris, l’explique par des « raisons personnelles » aussi bien que par des « raisons intellectuelles ». Parce qu’elle a elle-même vécu les difficultés que soulève un enseignement qui ne tient pas compte de « la culture vivante » des étudiants, elle met un point d’honneur à « partir de celles et ceux qui sont en face [d’elle] ». C’est d’autant plus nécessaire, selon elle, que les « classiques » dont il est question ici n’ont rien de classique aux Etats-Unis. Mais aussi que les étudiants du New Jersey ont de nombreux préjugés sur « cette société qui précède la Révolution et qui repose sur les ­privilèges ».

Or Jennifer Tamas ne se ­contente pas de comprendre ces préjugés ; elle veut surtout reconnaître leur légitimité : « Ce qu’on appelle le wokisme, je trouve ça fascinant, parce que ça permet tout simplement de penser à partir du lieu d’où on parle. » Ce que les étudiants connaissent et savent est ainsi pris en compte par l’enseignante dans son approche des textes. Une démarche qui montre que de nombreuses interrogations contemporaines sont déjà mises en scène dans les textes classiques. « La question de savoir comment se libérer de la domination masculine est partout, chez ces autrices ou ces héroïnes qui cherchent par exemple à questionner le mariage ou la maternité », explique la chercheuse.

Interprétations ­machistes et délétères

C’est la lecture du livre de ­Vanessa Springora, Le Consentement (Grasset, 2020), qui a achevé de déterminer Jennifer Tamas à écrire son livre. Intriguée par les nombreuses références à la littérature classique, elle prend ­conscience de la façon dont cette autrice se trouve injustement ­destituée de son propre savoir, presque rendue responsable de son destin, par les interprétations ­machistes et délétères de ces textes. Jennifer Tamas souhaite justement corriger les « erreurs simplificatrices et la mémoire sélective », écrit-elle. Plus que tout, elle veut « inviter à relire les classiques ». Car ces derniers souffrent en réalité d’autant de préjugés de la part des Français que des Américains. ­Jennifer Tamas en est convaincue : c’est bien la réception critique ou parascolaire qui en est faite qu’il faut blâmer. Non seulement la réalité historique diffère de ce qu’on imagine et « les femmes de l’Ancien Régime avaient une réelle influence politique, et même économique », mais surtout les textes ne regorgent pas, loin de là, de femmes « victimes » ou de « proies soumises ».

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