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Avoir été infecté par le Covid, même de manière bénigne, peut produire des problèmes cardiaques à long terme

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Selon les études publiées, les proportions de Covid longs varient de 1 à 20% des personnes infectées par le SARS-CoV-2.

© NICOLAS TUCAT / AFP

Inquiétude

Après une infection par le Covid, même de manière bénigne, des symptômes infectieux sévères peuvent intervenir.

 Antoine Flahault, est médecin, épidémiologiste, professeur de santé publique, directeur de l’Institut de Santé Globale, à la Faculté de Médecine de l’Université de Genève. Il a fondé et dirigé l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (Rennes, France), a été co-directeur du Centre Virchow-Villermé à la Faculté de Médecine de l’Université de Paris, à l’Hôtel-Dieu. Il est membre correspondant de l’Académie Nationale de Médecine. 

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Atlantico : Certains individus atteints d’un Covid léger font état de symptômes cardiaques inquiétants qui peuvent parfois durer plusieurs mois. De quoi s’agit-il exactement ? 

Antoine Flahault : Nous ne découvrons pas à proprement parler les syndromes post-infectieux. Depuis de nombreuses années, on savait que des maladies infectieuses pouvaient entraîner des réactions post-infectieuses, le plus souvent de nature immunologique, comme le rhumatisme articulaire aigu survenant après l’infection à streptocoque, le syndrome de Guillain et Barré après de nombreuses infections virales, dont la grippe. L’épidémiologie de certaines maladies comme la sclérose en plaque laisse penser un lien avec la grippe également. Des chercheurs ont aussi émis l’hypothèse que des troubles psychotiques, comme la schizophrénie, pourraient être la conséquence retardée d’infections respiratoires virales pendant la grossesse. On est loin de comprendre tous ces phénomènes, leur survenue, leur fréquence, et même leur imputabilité à des maladies virales initiales. Concernant les manifestations cardiovasculaires, d’autres travaux ont soulevé l’hypothèse d’un lien entre la pandémie de grippe espagnole de 1918-19 et l’augmentation massive et brutale de maladies ischémiques du cœur (angine de poitrine et infarctus du myocarde) qui a suivi quelques années plus tard dans le monde, au sein de la cohorte de personnes nés à cette période. Il s’agirait donc là d’un trouble acquis lors d’une infection in-utéro. Ces hypothèses sont discutées car d’autres facteurs sont entrés en jeu durant cette période, notamment le tabagisme après la première guerre mondiale. La pandémie actuelle de Covid bénéficie d’efforts de recherche sans précédents mobilisant de très nombreuses équipes, expertes en des domaines très variés et pourrait nous permettre de faire un saut qualitatif substantiel sur ces sujets. Il n’y a pas un jour où de nouveaux travaux ne nous révèlent pas de nouveaux symptômes, voire de nouvelles pathologies que l’on peut faire entrer dans la catégorie dite des « Covid longs ». Au début, on évoquait des symptômes souvent peu spécifiques comme la fatigue, le brouillard mental, ou encore des signes dépressifs, en plus de troubles neurologiques, incluant la perte du goût et de l’odorat. 

Désormais s’ajoutent des alertes sur des maladies comme le diabète, l’infarctus du myocarde ou les accidents vasculaires cérébraux, voire la maladie d’Alzheimer. L’inquiétude de la communauté scientifique vient du fait que ce ne sont pas seulement après des formes très sévères de Covid que ces symptômes post-infectieux semblent survenir, ce qui en aurait singulièrement réduit la fréquence, mais parfois après des formes d’apparence très bénignes, voire même asymptomatiques de Covid bien prouvés virologiquement. Cela complique beaucoup l’équation, puisque l’on sait que de très nombreuses personnes ne se font plus tester, que les tests antigéniques sont souvent faussement négatifs, surtout avec Omicron. Il pourrait s’avérer difficile ces prochaines années de faire le rapprochement entre la survenue de ces symptômes et le Covid contracté quelques années auparavant. Ce seront alors surtout l’augmentation inexpliquée de la fréquence de certaines maladies qui permettra de faire alors le rapprochement avec l’exposition possible au coronavirus. Pour le diabète par exemple, ce sont les comparaisons entre des cohortes de personnes ayant une PCR positive au début de la pandémie, avec celles étant restées négatives sur la même période, qui ont permis de soulever ces hypothèses. Mais comme on le sait, il devient de plus en plus difficile d’identifier des personnes qui n’ont jamais été exposées au SARS-CoV-2 aujourd’hui.

 Comment un cas de Covid léger peut-il entraîner de tels symptômes ?

On ne comprend pas tout, loin de là aujourd’hui, des mécanismes de survenue des syndromes post-infectieux. Actuellement, l’une des raisons qui pousse les médecins à considérer toutes les personnes potentiellement à risque de Covid long est que l’on n’a pas véritablement réussi à identifier de facteurs de risques, de déterminants prédictifs de ces Covid longs. On ne peut pas en particulier corréler la gravité du Covid à la survenue de ces Covid longs. Comme ce sont des mécanismes post-infectieux et donc essentiellement immunitaires qui sont en jeu, on peut se demander si, comme dans le cas de l’anaphylaxie où la présence de quelques allergènes suffisent à déclencher des crises, par analogie, un Covid léger pourrait tout aussi bien être à l’origine d’un Covid long. Mais cette hypothèse est loin d’être prouvée. Par ailleurs, l’idée que la vaccination protège contre les Covid longs, que le port du masque et la ventilation aussi en réduisant la dose infectante, que les réinfections successives favorisent les Covid longs, tout cela est plutôt en contradiction avec l’hypothèse allergique proposée à l’instant. Il y a d’ailleurs des hypothèses suggérant que le virus pourrait rester dormant dans l’organisme et causer des lésions des parois vasculaires à l’origine de troubles du rythme cardiaques ou de myocardites. Ce ne serait pas dans ce cas des troubles réellement post-infectieux, puisque ce serait au contraire dû à l’infection par le coronavirus lui-même. Les investissements de recherche actuellement réalisés pourraient justement faire sauter certains des verrous qui subsistent sur ce sujet.

Tous les individus infectés par la Covid-19 peuvent-ils être atteints par ces complications ? Les traitements présentent-ils des risques ? Le vaccin est-il le meilleur moyen d’éviter ces complications ? Existe-t-il d’autres manières de réduire les risques ? 

Aujourd’hui, il vaut mieux retenir que nous sommes tous à risque de Covid longs. C’est probablement faux mais on ignore qui est le plus à risque aujourd’hui. Donc, tout ce qui freine l’infection, sa transmissibilité, la dose infectante de virus, la durée d’exposition au virus, ce qui évite les réinfections, tout cela semble protéger les personnes des Covid longs. Il n’y a aucune hypothèse à ma connaissance évoquant le rôle des traitements ou des vaccins dans la survenue de ces Covid longs. Au contraire, puisque les études à ce sujet montrent que les personnes vaccinées sont moins souvent atteintes de Covid longs que les personnes non ou incomplètement vaccinées. On ne sait bien sûr encore rien à ce stade de l’éventuelle protection additionnelle que pourraient apporter les nouvelles formulations bivalentes de vaccins contre le Covid, les études publiées jusqu’à présent ayant été réalisées avec les formulations monovalentes originelles du vaccin.

Ces complications sont-elles suffisamment connues ? Doit-on les considérer comme un problème de santé publique ? 

On ne sait pas encore l’ampleur du phénomène des Covid longs en termes de santé publique, et donc pas non plus des complications cardiaques en particulier. Selon les études publiées, les proportions de Covid longs varient de 1 à 20% des personnes infectées par le SARS-CoV-2. C’est évidemment une fourchette d’une très grande marge d’incertitude. On ne sait pas, parmi elles, combien développeront des complications cardiaques. Nous avons connu un siècle d’augmentation quasi constante de l’espérance de vie et de l’espérance de vie sans incapacité, dans tous les pays du monde et particulièrement dans les pays les plus riches de la planète. Les données prennent un peu plus de temps à se consolider en termes d’espérance de vie, mais on sait déjà que la pandémie de Covid a eu un effet délétère sur l’espérance de vie là où on l’a mesurée, comme aux USA ou en France. Il restera donc à monitorer avec attention ce type d’indicateurs pour voir si les conséquences post-infectieuses de la pandémie de Covid viennent à leur tour obérer les succès engrangés jusqu’à présent en matière de santé. Si tel devait être le cas, évidemment nous aurions affaire à un problème majeur de santé publique. Sans parler des coûts liés à l’absentéisme et du fardeau lié à leur prise en charge par le système social et de santé. On n’en est cependant pas encore là.

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