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Ballet de lumière et mousse à gogo, la dernière Nuit blanche d'automne électrise Paris

REPORTAGE - La manifestation a bravé une fois de plus le ciel gris d'octobre, à l'occasion de son vingtième anniversaire. Pérégrination dans le cœur battant de la capitale.

Pas la moindre goutte d’eau n’est tombée sur Paris samedi soir. À rebours des précédentes éditions de la Nuit blanche, la manifestation la plus inlassablement pluvieuse de la capitale a déjoué toutes les prévisions. Les rues de la Ville Lumière se sont animées d’une foule abondante, surprise par la douceur inattendue de ce 1er octobre.

Franciliens et touristes ont arpenté les deux rives de la Seine, se prenant au jeu des deux cents animations, curiosités et autres performances artistiques d’un soir. Peut-être inspirées par le thème de la soirée, donné par la programmatrice autrichienne Kitty Hartl - le Jardin des Délices de Jérôme Bosch -, les rues engorgées de Paris ont pris des airs d’été. Le Figaro vous raconte trois expériences choisies de cette nuit, en attendant le retour, en juin cette fois, de l’événement.

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Sur la rive gauche de la capitale, l’Institut de France s’est habillé de mille et une bougies. Dans sa cour d’honneur, d’espiègles godelureaux en costume du Grand Siècle, fardés et collerettés, accueillent une première salve de visiteurs impatients. Molière ! Le siège de l’Académie française s’est offert une courte nuit, avec La Jalousie du Barbouillé, première farce de Jean-Baptiste Poquelin. Le spectacle baroque, assuré par les joyeux lurons de la compagnie Oghma, a fait vibrer les cordes de mandolines et les yeux des plus petits. Du moins dans un premier temps.

L'Institut de France a invité la compagnie Oghma pour interpréter toute la nuit, dans sa cour d'honneur, des farces de Molière en costume et, surtout, en phrasé d'époque. Simon Cherner

Les facéties théâtrales de la troupe, déclamées avec verve, certes, mais en français d’époque, ont quelque peu désarçonné le public. Dans l’assistance, deux amies s’amusent de la représentation. «Ça doit être long une pièce entière comme ça», lâche, un verre de rouge à la main, celle qui dit être une ancienne attachée de presse de Jean-Pierre Coffe. Qu’importe la complexité du verbe, les enfants, nombreux à se presser au premier rang, n’ont pas perdu une seule seconde de la comédie burlesque.

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Extase de couleurs

Les plaisirs de la Nuit blanche étaient moins immédiats de l’autre côté du fleuve. Une marée humaine s’est massée, place Beaubourg, devant le musée d’art moderne de la Ville de Paris. Familles entières, bandes d’amis et grappes de touristes se sont pressées devant la tuyauterie du Centre Georges-Pompidou. La foule s’apprêtait à voir jaillir, à tout moment, des déluges de mousse multicolore. Elle a beaucoup attendu. Island of Foam («Ile de mousse»), performance sculpturale et éphémère de la plasticienne allemande Stéphanie Lüning, a mis à l’épreuve la patience du public.

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«Pourquoi la mousse, elle vient pas ?», geint une enfant perchée sur les épaules de son père. L’attention entière de quelques centaines de curieux se tourne, pendant trente minutes interminables, vers les deux tubes géants de la piazza, déjà salie des semences fluo de la déferlante inaugurale. Scène presque mystique. Et soudain, la couleur fut.

Si elle s'est parfois fait attendre, les fontaines, ou «sculptures» de mousse, de Stéphanie Lüning en ont fait voir de toutes les couleurs aux centaines de badauds venus les contempler. Amélie Com

Deux fontaines d’écume rose jaillissent. Leur torrent hypnotique se mue : pamplemousse, fraise, prune, kiwi. Derrière, les passants les moins bien lotis se hissent sur la pointe des pieds pour espérer profiter de cette étonnante riviera aux teintes fruitées. «Ah, mais c’est carrément mieux en vrai qu’à travers un écran», s’exclame une jeune femme, enfin ravie d’apercevoir quelque chose.

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Carré blanc sur nuit noire

À quelques encablures de là, sur la place de l’Hôtel de Ville, beaucoup aimeraient moins y voir. L’énergétique - mais est-il sobre ? - spectacle catalan mis au point par l’architecte Mariona Benedito et le collectif Cube.BZ ne passe pas inaperçu.

Les pulsations de lumière émise par Spectre, une installation catalane, Amélie Com

Pavé monumental chargé de 56.000 diodes lumineuses, Spectre est, de temps en temps, une masse noire, tapie dans la nuit. Mais lorsque s'éveille ce volume, les passants se mettent à cligner des yeux au rythme des pulsations stroboscopiques du géant. La bête, munie de puissantes basses, gronde. En cadence, des flashs de lumière jaillissent de ses faces. Leur intensité surprend.

«Qu’est-ce que c’est que ce truc ?», lance un adolescent éméché. Ce truc, c’est l’évocation «d’un ballet d’énergies vibrantes», hommage des concepteurs à la Ville Lumière. La dédicace à Paris est frénétique. Elle s’accélère par cycles, devient son et furie. Les épileptiques fuient. D’autres sont hypnotisés. Au pied de l’installation, certains prennent de plein fouet un bain de lumière. La Nuit blanche n’a jamais aussi bien porté son nom.