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Bolsonaro : hissé au second tour, un obstacle à la victoire de Lula ? Résultats et sondages

Bolsonaro : hissé au second tour, un obstacle à la victoire de Lula ? Résultats et sondages BOLSONARO. Jair Bolsonaro a réussi à contrer les sondages en imposant un duel au second tour de l'élection présidentielle 2022 au Brésil. Le président sortant a obtenu 43% des voix et a réduit l'écart avec son rival Lula.

[Mis à jour le 3 octobre 2022 à 1140] Il dit avoir "vaincu les mensonges" des sondages. Jair Bolsonaro n'a pas remporté l'élection présidentielle ce dimanche 2 octobre 2022 mais se satisfait déjà d'une victoire : celle d'avoir imposer un second tour alors que les sondages annonçaient une victoire de son rival Lula dès le premier scrutin. Fort de 43,2% des suffrages selon les résultats du Tribunal suprême fédéral brésilien, le président sortant a obtenu un bien meilleur score que ce que laissaient entendre les sondages jusque dans les derniers jours de campagne. Il réduit ainsi l'écart qui le sépare du candidat de gauche de 14 à 5 points et prouve la force du camp bolsonariste.

Dès l'annonce dès premiers résultats de l'élection présidentielle au Brésil, Jair Bolsonaro a rendossé le costume de candidat et est reparti en campagne avec l'objectif de créer la surprise une nouvelle fois. Une surprise qui n'en n'est pas vraiment une au premier tour selon les spécialistes du Brésil. Dans le géant de l'Amérique latine, Jair Bolsonaro "est une force politique très importante, une culture sociale, une manière de vivre". Il représente une "réalité de la société brésilienne, très individualiste, qui considère que les problèmes du pays sont liés à des ennemis de l'intérieur et que les institutions sont corrompues", explique Christophe Ventura, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), sur Franceinfo. D'ailleurs en récoltant plus de 40% des suffrages, le président sortant d'extrême droite prouve son implantation et "fait la démonstration de sa puissance". Jair Boslonaro devrait poursuivre sur sa lancé quitte à polariser davantage la société brésilienne déjà clivée. La campagne présidentielle d'entre-deux-tours pourrait être encore plus électrique et exacerber le tensions.

Que prévoient les sondages du deuxième tour pur Bolsonaro ?

Les résultats des derniers sondages publiés avant le premier tour créditaient le président sortant de 34% des intentions de vote et se sont largement trompés. L'hypothèse d'un duel entre Bolsonaro et Lula au deuxième tour a également été testée dans ces enquêtes publiées par l'institut brésilien Datafolha les 23 et 29 septembre et la victoire du candidat de la gauche est apparue comme le scénario privilégié : 54% pour Lula contre 39% pour Bolsonaro. D'autres instituts ont réalisé des sondages pour différents médias locaux mais tous donnent Lula favori au second tour :

  • Sondage du média Estadão le 29/09 : Lula 51% ; Bolsonaro : 38%
  • Sondage du média The Economist le 29/09 : Lula 57% ; Bolsonaro : 43%
  • Sondage du média CNN Brasil le 28/09 : Lula 52% ; Bolsonaro : 38%

Quel est le programme de Jair Bolsonaro ?

Président sortant et candidat d'extrême droite, Jaïr Bolsonaro fait campagne sur un programme qui reprend les grandes lignes des politiques qu'il a menées ses quatre dernières années. Mais le chef de l'Etat a arrondi les angles et s'est montré de moins en moins radical durant la campagne présidentielle, particulièrement lors des dernières semaines avant le premier tour. Un assagissement visible aussi dans le discours de Jaïr Bolsonaro qui a renoncé aux critiques sur le système électoral mais pas aux invectives à l'encontre de ses adversaires dont Lula.

Côté programme aussi le président sortant a fait quelques pas de côté pour tenter de séduire un électorat plus vaste. D'abord sur le volet économique et social qui rassemble les principales inquiétudes des Brésiliens qui souffrent d'une inflation avoisinant les 10%, Jaïr Bolsonaro insiste sur l'augmentation du pouvoir d'achat avec la revalorisation et la distribution de l'"Auxilio Brasil", revisite de la "Bolsa Familia" mise en place pendant les mandats de Lula. Le président sortant explique également vouloir étendre l'exonération d'impôts à de nouvelles catégories de personnes mais aussi développer plus d'infrastructures des les zones très populaires et œuvrer pour plus de privatisations. 

La politique environnementale est un autre thème central de la campagne et sur lequel Jaïr Bolsonaro a promis de poursuivre les efforts et les opérations militaires pour lutter contre la déforestation et les feux de forêt en Amazonie. L'homme dit aussi vouloir prendre des "mesures de réduction de gaz à effet de serre" sans trop de précisions. Ces engagements ont été pris sous la pression de la communauté internationale mais ne sont pas crédibles compte tenu de la politique menée par le président sortant durant son premier mandat et ayant conduit à une déforestation massive et la mise en danger des peuples indigènes d'Amazonie. D'ailleurs sur la question des minorités Jaïr Bolsonaro se contente du minimum mais fait un pas vers la protection des peuples indigènes en promettant un "usage responsable" des ressources naturelles, en "conciliant préservation de l'environnement et croissance durable" notamment dans les réserves indigènes. En revanche jamais il ne mentionne les communautés ethniques ou LGBTQI+ dans son programme.

Enfin, en matière de sécurité Jaïr Bolsonaro entend en premier lieu augmenter le budget de l'armée de la police et assouplir davantage l'accès aux armes à feu dans la continuité de son premier mandat.

Pour connaître les projets politiques de Jair Bolsonaro, inutile de compter sur les débats présidentiels. Le président sortant était présent aux trois confrontations organisées avant le premier tour de l'élection et à chaque fois il a été plus prolixe lorsqu'il s'agissait d'attaquer ses adversaires que lorsqu'il fallait défendre ses propres idées. Sans surprise, c'est Lula, le favori des sondages, qui a été la cible privilégiée du discours vindicatif de Bolsonaro. "Menteur", "voleur" ou encore "traitre" ont été les expressions utilisés lors du débat du 29 septembre pour qualifier le principal rival du président sortant. Un lexique qui est venu compléter l'arsenal de critiques déjà prononcées à l'encontre de Lula comme en fin août quand lors du premier débat de la campagne Bolsonaro a accusé son adversaire d'avoir été "à la tête du gouvernement le plus corrompu" du Brésil. 

En revanche, Bolsonaro n'a eu que très peu de mots pour développer ses projets et ses politiques devant permettre au pays de faire face aux crises économique, sociale et environnementale. Tous les commentateurs brésiliens se sont accordés pour pointer la médiocrité des débats présidentiels de cette campagne très polarisée et où à plusieurs égards la forme des discours l'a plus souvent emporté sur le fond.

Plus que de son programme c'est surtout du bilan de Jair Bolsonaro dont on entend parler. Le Brésil sort de quatre années difficiles marquées par les politiques ultraconservatrices et libérales du président d'extrême droite. "En matière d'environnement, d'éducation, de santé, de sécurité publique ou de culture, c'est catastrophique" selon le spécialiste de l'Amérique latine à l'Université internationale de Floride Anthony Pereira, cité par Géo. En 2018, Bolsonaro avait fait campagne sur sa volonté de déconstruire le système politique brésilien et à l'arrivée l'objectif est atteint au grand dam des Brésiliens. La gouvernance de Bolsonaro se résume à "un mandat de destruction de ce qui avait été construit depuis le retour de la démocratie" d'après le spécialiste et professeur à Sciences Po, Gaspard Estrada. Les faits et les chiffres témoignent d'une dégradation de la situation au Brésil : une augmentation des violences avec un taux de livraison de permis de possession d'arme qui a explosé de 474% en quatre ans. Une augmentation de la violence qui n'est pas étrangère à la crise socio-économique que traverse le pays et qui s'est aggravée sous Jair Bolsonaro.

Parmi les autres loupés du président sortant, il y a l'Amazonie. Le poumon de la planète a été en proie à une déforestation massive et inédite et victime de l'orpaillage illégal. Outre la forêt ce sont aussi les terres et peuples indigènes qui ont souffert des politiques de Bolsonaro avec un nombre d'invasions qui a grimpé de 180%, des invasions qui sont souvent synonymes de violences à l'égard de ces populations. Toutes ces politiques expliquent en partie le récent isolement du Brésil sur la scène internationale, l'autre partie étant due aux comportements à la pensée radicale de l'homme d'extrême droite.

Si le bilan de Bolsonaro est peu reluisant, l'on peut quand même noter de rares points positifs. Le premier n'est pas vraiment du fait du président sortant mais s'est développé contre lui : "les institutions brésiliennes ont fonctionné pour protéger la démocratie, globalement" d'après Anthony Pereira. Ensuite, l'Armée brésilienne a été soignée par la militarisation de "l'appareil d'Etat en nommant plus de 6.000 militaires d'active ou en retraite dans l'administration fédérale". Aussi la réforme des retraites qui est passée pendant le mandat de Bolsonaro reste un bon point à accorder au chef d'Etat.

Au vu de ce bilan, pas étonnant qu'un Brésilien sur deux sur deux ne porte par Jair Bolsonaro en haute estime. En septembre 2021, il était même 54% à se dire favorable à une destitution du président. Un an plus tard ceux-là se tournent vers Lula mais l'électorat indéfectible de Bolsonaro continue de soutenir l'homme d'extrême droite.

Biographie

Qui est Jair Bolsonaro ?

Militaire de profession, avec un grade de capitaine d'artillerie de l'armée de Terre au plus haut de sa carrière, Jair Bolsonaro a mis les mains dans la politique brésilienne en 1988, lorsqu'il est renvoyé de l'armée, en devenant conseiller municipal de Rio de Janeiro sous l'étiquette du Parti démocrate chrétien. L'homme politique a gravi les échelons jusqu'à être élu à la plus haute fonction de l'Etat en octobre 2018 et devenir président de la République fédéral du Brésil le 1er janvier 2019 cette fois avec le soutien du Parti social-libéral. En 2022, il est candidat à un second mandat soutenu par le Parti libéral. Le chef d'Etat brésilien est une figure très controversée et classée à l'extrême droite de l'échiquier politique pour ses propos jugés homophobes, racistes et sexistes. Son élection à la présidence du Brésil a eu l'effet d'un séisme et ses quatre années de mandat ont été marquées par des décisions semblables à des coups de tonnerre. La mauvaise gestion de la pandémie de Covid-19 au Brésil est symptomatique de la politique de Jair Bolsonaro qui a parfois été accusé de complotisme. Jair Bolsonaro s'est montré sceptique quand à la gravité du virus et a remis en cause les restrictions sanitaires imposées par les gouverneur dans son pays allant jusqu'à inviter les Brésiliens à braver le confinement assurant que "le Brésil ne peut pas s'arrêter".

Longtemps isolé sur la scène politique brésilienne, Jair Bolsonaro a été de 1990 à 2019 un député fédéral de Rio de Janeiro, discret et sans influence sur la politiques parlementaire. Si bien que lors de l'élection présidentielle de 2018, le politique a eu pour lui l'attrait de la nouveauté auprès des Brésiliens. Depuis son élection, l'homme est une figure politique et trois de ses cinq enfants ont suivi la voie. Ses trois fils issus de son premiers mariage avec Rogéria Nantes Nunes Braga sont des hommes d'Etat : Flávio Bolsonaro est sénateur à Rio de Janeiro, Carlos Bolsonaro est conseiller municipal dans la même ville et Eduardo Bolsonaro est député fédéral pour l'État de São Paulo. Jair Bolsonaro s'est remarié deux fois avec deux évangéliques dont sa femme actuelle, Michelle Reinaldo, avec qui il a eu sa seule fille, Laura.

Bolsonaro, victime d'une tentative d'assassinat

La campagne présidentielle de 2018 a été marquée par la tentative d'assassinat ayant visé Jair Bolsonaro. Alors qu'il donnait un meeting le 6 septembre 2018 à Juiz de Fora, le candidat avait été poignardé et immédiatement conduit à l'hôpital dans un état critique. L'attaque avait perforé l'intestin grêle du candidat et trois opération chirurgicales avaient été nécessaires pour soigner Jair Bolsonaro. Le candidat avait pu quitter l'hôpital plus de trois semaines après l'attaque, le 29 septembre, et poursuivre la campagne présidentielle depuis son domicile. L'agresseur, Adélio Bispo de Oliveira, avait été interpellé et décrit comme un ancien militant du Parti socialisme et liberté et avait expliqué avoir agi "sur l'ordre de Dieu" pour "pour " des motifs politiques, religieux, et également en raison des préjugés que montre Bolsonaro à chaque fois qu'il parle de race, de religion et des femmes", indiquait 20Minutes à l'époque. L'homme jugé irresponsable avait été interné dans une prison fédérale avec une prise en charge psychiatrique, moins d'un an plus tard, le 14 juin 2019.

Bolsonaro, mauvais défenseur de l'Amazonie

Jair Bolsonaro a également été très critiqué sur ses actions contre l'environnement comme l'autorisation et la réintroduction de plusieurs pesticides ou le développement de l'orpaillage en partie responsable de la pollution des eaux. Son soutien inconditionnel à l'industrie agroalimentaire malgré l'impact négatif et surdimensionné de ces activités sur la déforestation de l'Amazonie est lui aussi pointé du doigt.

Quel est le parti politique de Jair Bolsonaro ?

Jair Bolsonaro a voyagé de parti politique en parti politique mais est toujours resté fidèle à une pensée très ancrée à droite, conservatrice parfois associée à des valeurs chrétiennes. Le président de la République fédérale du Brésil est considéré comme une figure d'extrême droite comparée à un Donald Trump d'Amérique latine ou aux leaders européens d'extrême droite. Un positionnement personnel qui a influencé les partis auxquels il a adhéré, notamment le Parti social-libéral (PSL), un groupe centriste qu'il a rejoint en janvier 2018, en vue d'être candidat à la présidentielle, et qui a rapidement glissé vers la droite puis l'extrême droite. Mais un an plus tard, des querelles internes avec le fondateur du parti ont poussé le chef de l'Etat a claqué la porte de la formation politique pour fonder son propre parti ouvertement d'extrême droite, Alliance pour le Brésil. Seulement l'initiative n'a pas pris et depuis novembre 2021 Jair Bolsonaro est encarté au Parti libéral (PL) sous lequel il se présente à la présidentielle de 2022. Parti conservateur qui défend le nationalisme, le libéralisme et la démocratie chrétienne, le PL montre déjà des caractères radicaux similaires à ceux de Jair Bolsonaro.