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« Bonjour Sagan », sur Arte.tv : les dessous d’une entrée en littérature précoce et réussie

Dans le cadre d’une collection consacrée aux romans à scandales, Priscilla Pizzato revient sur « Bonjour tristesse » (1954), le premier ouvrage de l’écrivaine, alors âgée de 18 ans.

ARTE.TV – À LA DEMANDE – DOCUMENTAIRE

En 1954, Françoise Sagan (1935-2004) est entrée en littérature par une phrase parfaite : « Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. » On ne juge pas un livre à sa couverture – fût-elle ornée d’un titre, Bonjour tristesse, prélevé dans le poème A peine défigurée (1935), de Paul Eluard –, mais un incipit aussi réussi, c’est déjà quelque chose. Celui-ci donne le ton des 160 feuillets qui allaient suivre, rédigés en six semaines par une jeune fille de 18 ans.

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« En matière littéraire, elle a l’oreille absolue, écrit Marie-Dominique Lelièvre dans Sagan à toute allure (Denoël, 2008). Racine, Voltaire, Stendhal : le mot et l’idée, un point c’est tout. (…) Ses synapses bien nourries sont formées sur ce modèle. » Avec cette distance légèrement ironique qui n’était ni une vraie ni une fausse modestie de sa part, Sagan disait : « On m’a toujours dit d’être brève et précise. C’est ce que j’ai fait. »

L’écrivaine a suscité de nombreux documentaires (dont, en 2015, le subtil Sagan, l’élégance de vivre, de Marie Brunet-Debaines, sur Arte également). Mais, dans Bonjour Sagan, Priscilla Pizzato s’attache moins au cas Sagan en général (qui a aussi fait l’objet, en 2008, d’un biopic de Diane Kurys avec Sylvie Testud) qu’à ce premier livre publié par René Julliard en mars 1954 et qui valut à cette maison un immense succès de librairie.

Bonjour Sagan s’inscrit d’ailleurs dans la collection d’Arte « Un peu de littérature… Des grands classiques aux romans à scandales », qui compte, en cette saison 4, trois autres numéros consacrés aux Hauts de Hurlevent (1847), d’Emily Brontë, à J’irai cracher sur vos tombes (1946), de Boris Vian, et au Diable au corps (1923), de Raymond Radiguet.

Poésie un peu rétro

A l’admirable première phrase du premier roman de Sagan répondait la plus parfaite des « notes de recommandation d’un des meilleurs lecteurs de la maison » rendue à René Julliard, que cite Priscilla Pizzato : « Vérité totale. Poème autant que roman. Pas une fausse note. C’est un roman où la vie coule comme de source, dont la psychologie, pour osée qu’elle soit, demeure infaillible car ses cinq personnages sont fortement typés. Et nous ne les oublierons jamais. » La plus juste critique, probablement, reçue par ce livre.

Bonjour Sagan assemble avec adresse des documents d’archives radiophoniques (de cette époque où l’on usait de l’imparfait du subjonctif) et audiovisuelles. On en connaît beaucoup, d’autres moins (le témoignage de Jean-Louis Bory), mais l’intérêt vient de la manière dont le récit se poursuit avec douceur et charme. Aux propos de Sagan, recueillis à diverses époques, s’ajoutent des témoignages récents, hors caméra. Des reconstitutions couleur sépia s’intègrent à la poésie un peu rétro de l’ensemble.

On se perd d’abord un peu dans les diverses incarnations des textes : Sagan elle-même, deux voix féminines (Elsa Lepoivre et Alexandra Garijo) et Catherine Deneuve, qui, d’une voix légèrement haut placée, lit des extraits d’Avec mon meilleur souvenir (Gallimard, 1984). Mais l’on retrouve vite le fil des voix conductrices de ce madrigal qui, une fois de plus, entrevoit sans le percer l’étrange mystère de l’insaisissable Sagan.

Bonjour Sagan, documentaire de Priscilla Pizzato (Fr., 2022, 52 min). Dans le cadre de la collection « Un peu de littérature… Des grands classiques aux romans à scandales ». Disponible sur Arte.tv jusqu’au 27 février 2023.

Renaud Machart

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