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France

Bordeaux veut bichonner les yachts géants aux Bassins à flot

Attirer à Bordeaux des super-yachts (50 à 160 mètres de long en moyenne) en convaincant leurs propriétaires de venir réaliser les opérations de maintenance, voire de remise en état (refit) de ces monstres de luxe côté Atlantique plutôt que sur la Riviera, entre Cannes et Monaco, c'est le pari osé fait depuis 2012 par l'association Bordeaux Superyachts Refit (BSR). Un travail de longue haleine qui devait passer par la réhabilitation des deux formes de radoub (cales sèches) du bassin à flot numéro un, dans le quartier du même nom.

"Les formes un et deux vont être remises à niveau. Actuellement il n'y a toujours pas de refit à Bordeaux. Le port de La Rochelle dispose de deux formes. S'il y a une forte concurrence entre ces deux infrastructures portuaires, vu de loin ces deux ports n'en font qu'un. La Rochelle manque de ressources locales et de compétences et Bordeaux est son premier vivier. Bordeaux aurait pu se mettre au refit avant mais à l'époque le bassin numéro un n'était pas prêt" rembobine Thierry Lausseur (Cerenis), président de BSR, qui vient de renouveler son bureau, Michèle Catherineau (société Catherineau) étant vice-présidente du cluster.

Il fallait réhabiliter les formes des Bassins à flot

La réhabilitation des deux formes de radoub n'est devenue possible qu'au terme d'un implacable bras de fer entre le port de Bordeaux, allié au Conseil départemental de la Gironde, et la Ville de Bordeaux qui s'opposait au retour d'une activité navale en plein cœur de l'écoquartier des Bassins à flot, alors en train de naître. Un compromis a finalement été trouvé pour accepter des opérations de maintenance ou de restauration assez légères, ce qui a permis de débloquer près de 7 M€ d'investissement dans la réhabilitation des deux cales sèches. En 2017 c'est aux Bassins à flot que le Conseil départemental de la Gironde a fait réviser le Sébastien Vauban (60 mètres de long sur 12,5 m de large), l'un des trois ferrys de sa flotte estuarienne.

La deuxième forme de radoub devrait être opérationnelle à brève échéance. Mais disposer des outils et du savoir-faire ne suffit pas pour convaincre les propriétaires de superyachts de venir à Bordeaux. C'est pourquoi les Bordelais sont allés récemment faire campagne à Monaco, la Mecque des super-yachts.

"Nous sommes à vos côtés, nous sommes avec vous. L'expérience de Monaco est magnifique. Nous avons la marque Bordeaux. Nous sommes Bordeaux et nous avons une vraie carte à jouer. D'ailleurs Christophe Château (responsable communication du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux -NDLR) était lui aussi à Monaco, pour représenter les vins de Bordeaux" a ainsi éclairé Stephan Delaux, président de l'Office de tourisme et des congrès de Bordeaux Métropole, à l'issue de l'assemblée générale de BSR.

Un contexte français peu porteur pour le luxe

Malgré de nombreux handicaps la côte atlantique n'est pas une cause tout à fait perdue pour les superyachts. Spécialiste de la conciergerie de luxe pour les méga-yachts, James Wanne, a réussi à faire venir à Bordeaux en 2017 le Kismet, un super-yacht de 95 mètres de long, et ses 27 hommes d'équipage. Et puis l'an dernier Bordeaux Métropole a fait aménager un nouveau ponton pour accueillir ces énormes unités en centre-ville. Pour autant la conjoncture politique et sociale ne facilite pas les choses, a détaillé James Wannel, qui vient de rejoindre le conseil d'administration de BSR. Après avoir rappelé que tous les propriétaires de yachts qu'il a fait venir à Bordeaux ont été, "tous sans exception très heureux de l'accueil de leurs bateaux en ville", James Wannel, qui travaille avec la Ville de Bordeaux dans ce sens, a tiré le rideau, expliquant que 2018 avait été une très mauvaise année pour le refit de méga-yachts, en recul de -25 %.

Et puis, a-t-il poursuivi, tandis que les autres pays appliquent à leurs propres marins qui passent 11 à 12 mois de l'année à l'étranger un statut d'expatrié, depuis 50 ans le gouvernement français a décidé de leur imposer des cotisations sociales classiques. "Cela a été le début d'un déclin irréversible pour les armateurs français, qui sont partis à l'étranger" a insisté James Wannel, dirigeant de la société Aquitaine Yacht Concierge (AYC), à Montmoreau-Saint-Cybard (Charente), et associé à la société monégasque Catalano Shipping Services. Comme de juste ce spécialiste du luxe a observé que la situation ne s'arrange pas en France avec l'actuel "climat contestataire", soulignant aussi que le fioul, qui représente le troisième poste budgétaire d'un méga-yacht, est taxé dans l'Hexagone mais pas en Italie, ce qui représente un surcoût "entre 200 et 300 M€ : car détrompez-vous, ce n'est pas parce qu'ils sont riches que les propriétaires de méga-yachts ne regardent pas les dépenses" a averti l'intervenant.

Une nouvelle histoire nautique qui commence

Malgré ça, et d'autres attentes d'assouplissement de la part des armateurs de méga-yachts, James Wannel estime que Bordeaux, qui se trouve toujours au-dessous des radars des yachtmen, peut trouver sa place face à la concurrence de la Méditerranée. Ceci grâce aux sociétés charter, qui louent tous types de bateaux de plaisance, y compris des méga-yachts. James Wannel a ainsi expliqué qu'il y avait de plus en plus de sociétés de ce genre en Europe du Nord, avec de grands yachts généralement à l'arrêt aux Pays-Bas et en Allemagne.

"Il faudra leur expliquer un jour que venir à Bordeaux c'est possible" a conclu James Wannel. Comme l'a finement relevé Thierry Lausseur, même si ce chantier du refit de super-yachts est lourd il évolue dans le bon sens.

"BSR doit être reconnu et accueilli sur des sites où il y a des concurrents, ce qui n'est pas forcément négatif. Nous devons développer une offre, donner confiance et à Bordeaux c'est encore limité. L'an dernier nous sommes passés à côté de bonnes opérations de refit. C'est difficile d'aller au-delà dans le temps. Puisqu'auparavant, comme nous n'avions rien, nous ne pouvions rien perdre" a-t-il éclairé avec humour.

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