France
This article was added by the user . TheWorldNews is not responsible for the content of the platform.

Carlo Ginzburg : « En histoire comme au cinéma tout gros plan implique un hors-champ »

L’historien italien revient sur la méthode de la microhistoire, dont il est un représentant éminent, et sur quelques-uns des thèmes et concepts de son œuvre.

Article réservé aux abonnés

Carlo Ginzburg, né en 1939, qui a enseigné à l’Ecole normale supérieure de Pise, à l’université de Bologne puis à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA), est sans doute l’un des historiens les plus importants de notre temps. Il revient pour « Le Monde des livres » sur quelques grandes flexions de son œuvre.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés

Votre nom et votre œuvre restent associés à ce qu’on appelle « microhistoire ». Pourquoi ?

Commençons par citer ce mot magnifique du sinologue Marcel Granet [1884-1940] : « La méthode, c’est le chemin une fois qu’on l’a parcouru. » La microhistoire a été le résultat d’une convergence et d’une discussion commune à un groupe de chercheurs italiens, mais chacun y est arrivé avec des expériences différentes. En ce qui me concerne, c’était l’étude de cas. Lorsque j’avais 10 ans, ma mère [l’écrivaine Natalia Ginzburg, 1916-1991] m’apportait régulièrement les livres qui sortaient chez l’éditeur Einaudi. Un jour, je tombe sur Tecnica del cinema, de Sergueï Eisenstein [1952, traduction italienne de The Film Sense, 1943 ; partiellement traduit en français dans Le Film : sa forme/son sens, Christian Bourgois, 1976]. J’ai très peu compris le contenu de l’ouvrage, mais l’impression qu’il a produite sur moi a été immense, même si je n’avais pas encore vu les films d’Eisenstein. Ensuite, j’ai lu son texte sur le gros plan, qui est devenu très important pour moi.

Travailler sur un cas de façon analytique s’en rapproche. Mais, bien sûr, il faut aussi tenir compte du hors-champ, sinon le gros plan n’aurait pas de sens. Cela implique que dans tout gros plan la perspective globale est implicite. Tout cas singulier suppose la possibilité d’une généralisation, et il y a un va-et-vient entre l’un et l’autre. Dans le premier essai que j’ai publié, « Sorcellerie et piété populaire » [1961 ; repris dans Mythes, emblèmes, traces, Flammarion, 1989], j’ai noté que le procès que j’avais analysé, nonobstant ses spécificités, pouvait être considéré comme un cas paradigmatique, même s’il s’agissait d’une anomalie.

L’un des pères fondateurs de la microhistoire, avec Siegfried Kracauer [1889-1966 ; Histoire des avant-dernières choses, Stock, 2006], reste à l’évidence Marc Bloch et ses Rois thaumaturges [1924]. C’est cette œuvre qui m’a converti à l’histoire. L’entreprise qui consiste à analyser ce cas bizarre, l’attribution au monarque du don de guérir la peste ou les écrouelles, dans le but de comprendre ce qui est évoqué par le sous-titre, Etude sur le caractère surnaturel attribué à la puissance royale particulièrement en France et en Angleterre, autrement dit l’attitude à l’égard de la monarchie, est une idée extraordinaire !

Il vous reste 73.17% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

Découvrir les offres multicomptes
  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.