France
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Ces actifs qui rendossent le cartable

Des motivations variées

Ennui au travail, souhait d’évolution dans son métier, refoulement d’un rêve de jeunesse… Si les intentions de départ diffèrent selon les parcours, l’envie de redonner un sens à ses actions semble être un motif souvent partagé. « Je m’ennuyais, se souvient Joël Brunet, habitant de Voulgézac, qui a travaillé pendant 20 ans comme technicien de commerce. En dehors de mon boulot, j’étais un militant écolo et j’avais envie de travailler dans les énergies renouvelables. J’ai repris mes études à 45 ans et ça m’a permis de finir ma carrière comme directeur technique en génie climatique pendant les 13 dernières années de ma vie professionnelle », raconte le désormais néoretraité.

Pour Carine Soudanas, ex-déléguée médicale d’un laboratoire pharmaceutique, c’est la recherche du sens mais aussi celle d’un équilibre familial qui est à l’origine de sa démarche : « Je me suis retrouvée en charge d’un secteur qui faisait presque la moitié de la France. Je suis mère de famille et je n’avais pas envie de vivre à l’hôtel toute la semaine ». À 43 ans, elle a profité d’un plan social pour suivre un nouveau parcours de formation, qui l’a conduite à devenir aujourd’hui chargée de santé au Centre régional de coordination des dépistages des cancers de Nouvelle-Aquitaine. « Je crois avoir trouvé un meilleur équilibre dans ma vie », affirme-t-elle.

Chez Sonia Fort, le point de départ ressemble à une fulgurance du passé : « Je crois que je voulais être prof depuis toujours, se souvient-elle, mais j’ai peut-être été mal orientée. Puis d’avoir fait l’école à l’un de mes fils pendant le confinement, ça a fait tilt », raconte cette ancienne manipulatrice en radiologie, aujourd’hui en master 2 de professorat des écoles.

Un bouleversement du quotidien

Une fois la marche enclenchée avec un nouvel agenda en poche, le changement de cap amène parfois à des situations amusantes : « J’ai fait ma rentrée à l’université le même jour où mon jeune fils faisait la sienne au collège et son frère aîné au lycée, sourit Sonia Fort. Et j’ai des profs qui ont mon âge, mais j’ai fini par prendre ça naturellement ».

J’ai des profs qui ont mon âge, mais je prends ça naturellement.

L’adaptation à ce nouveau contexte de travail ne se fait pas toujours sans difficulté. Au-delà du retour de la petite boule au ventre des premiers jours de classe, il y a parfois de vraies barrières psychologiques à lever : « J’avais surtout honte, à 35 ans, de ne pas avoir un emploi fixe », raconte Nadia Maquin, rassurée en fin de compte, au sein de sa formation de conseiller funéraire, de se retrouver parmi d’autres adultes.

Même dans les formations à distance, pour lesquelles ont opté 173 Charentais en 2022, le rythme est souvent plus soutenu qu’on ne l’imagine : « J’ai vraiment douté à un moment car ça demandait une organisation compliquée avec une charge de travail importante, raconte Emmanuel Duchiron, qui a lui repris des études de sécurité au travail à 39 ans, après 20 ans de carrière sur les chantiers. Mon temps libre pendant un an, je l’ai passé à bûcher », reprend ce père de famille.

Car, comme lui, certains ont beau être redevenus étudiants, ils sont avant tout parents. « Ça demande une grande organisation », raconte Nadège Fritsch. Après un burn-out, cette ancienne assistante commerciale a repris des études de paysagisme à 38 ans. « J’habite à Bassac et la formation, dispensée à Saintes, durait 9 mois. Comme j’élève seule ma fille, le planning entre les horaires de garderie et les temps de trajets était très dense ». Le soir, quand l’enfant est couché, il reste encore à faire ses devoirs. « Il faut se préparer à ce que ça bouleverse la vie de famille, c’est sûr », reprend Sonia Fort.

Le financement, un obstacle à lever

C’est l’un des freins à la reprise d’études : comment retourner à l’école quand on a une famille à nourrir ? Nadège Fritsch a choisi l’alternance, ce système de formation permettant de percevoir un salaire pendant ses études : « J’avais trouvé un centre de formation à 5 minutes de chez moi mais qui ne proposait pas d’alternance. Et je ne pouvais clairement pas faire autrement, alors j’en ai choisi un autre ». Le dispositif, alternant les cours et le travail en entreprise, largement plébiscité par les adultes en formation, a aussi convaincu Emmanuel Duchiron : « C’est une formule adaptée même si ça passe souvent par une baisse de salaire à ce moment-là. Par chance, ma compagne a eu une augmentation au même moment ».

Sonia Fort, quant à elle, a dû vider son compte personnel de formation pour poursuivre ses ambitions : « Pôle emploi ne finance pas les formations universitaires et le devis que j’avais reçu de la fac était de 4.500 euros par an ! Heureusement, le service de formation continue de l’université m’a fait un rabais important ». Il est aussi possible de tirer quelques avantages d’une situation plus contraignante, comme un licenciement économique : « J’ai pu négocier ma reprise d’études ainsi qu’un logement dans la ville où avait lieu la formation pour la durée de celle-ci », raconte Joel Brunet.

C’est gratifiant de se sentir capable de nouvelles choses.

Si les reprises d’études à l’âge adulte sont assez loin de l’image de la vie étudiante façon auberge espagnole, elles semblent donner un rebond parfois bienvenu dans la vie professionnelle de ceux qui ont franchi le pas. « C’est gratifiant, à partir d’un certain âge, de se sentir capable de nouvelles choses », insiste Nadia Maquin. « J’avais vu la thermodynamique à 19 ans sans rien comprendre, reprend pour sa part Joel Brunet. Et là, il y a un jeune prof qui, en 3 heures, m’a tout expliqué, c’était un régal. Je ne peux qu’encourager les gens à faire ça. Mais c’est exigeant, on ne peut pas se permettre de rater l’examen ».

La capacité en droit, un diplôme tremplin

Proposée en Charente sur le Campus des Valois à La Couronne, cette formation permet d’obtenir un diplôme équivalent au bac pour poursuivre des études dans le domaine juridique. Chaque année, une petite dizaine de Charentais est inscrite à ce cursus. « Nous avons deux personnes cette année en parcours licence, c’est-à-dire qui pourront continuer à l’issue du diplôme dans une filière plus longue liée aux carrières juridiques, détaille Patrick Kolb, enseignant et responsable de la filière droit. Les autres inscrits utilisent plutôt le dispositif comme un tremplin pour leur carrière ».
Choisi le plus souvent par des candidats qui ont toujours voulu faire du droit mais n’ont jamais osé, le diplôme est en effet une passerelle permettant d’avoir accès à certains concours. Il donne aussi l’occasion à d’autres de devenir le « référent droit » dans leur entreprise ou même à prendre des responsabilités syndicales.
« Il y a quelques années, beaucoup de candidats venaient pour se préparer aux concours administratifs, c’est d’ailleurs un bagage sérieux, de deux ans, éclaire Patrick Kolb. Aujourd’hui, le dispositif est plutôt en vue pour des démarches plus prosaïques, avec des gens de 35-40 ans qui savent ce qu’ils veulent. Et ça, pour des entreprises, ça a un écho fort ».