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Chine : avec la fin du zéro Covid, le spectre d'une flambée des contaminations

Au moment où la Chine amorce sa sortie du zéro Covid, la population oscille entre soulagement et inquiétude, craignant une flambée à venir des contaminations. En cause, entre autres, le faible taux de vaccination, notamment chez les personnes âgées. 

C'est un tournant dans l'histoire de la pandémie. Mercredi 7 décembre, les autorités chinoises ont annoncé la fin de la politique zéro Covid. Après presque trois ans de confinements à répétition, de tests quasi quotidiens de dépistage au Covid-19 et d'isolement des cas contacts dans des grands centres de quarantaine, les tests seront désormais "réservés aux hôpitaux et aux écoles". Les "personnes infectées asymptomatiques'' et "les cas légers qui peuvent être isolés à domicile" pourront, de leur côté, rester chez eux.

Immédiatement, cette volte-face s'est illustrée dans les villes. Depuis deux jours, les stands de dépistage installés un peu partout se sont vidés tandis que, dans les lieux publics, les autorités décrochent les affiches QR codes santé – ces codes que la population devait jusqu'alors obligatoirement scanner pour entrer en montrant un test PCR négatif. 

Si ce changement intervient après un mouvement de contestation inédit contre la politique sanitaire, la population semble partagée entre soulagement et inquiétude, constate Lou Kisiela, correspondante pour France 24 en Chine. Avec une préoccupation : la fin de la stratégie Covid-19 entraînera-t-elle une flambée des contaminations ? "Nous avons beaucoup souffert, c'est bien que les mesures sanitaires s'arrêtent enfin", salue un habitant de Shanghai. "Nous avons un peu peur, mais quoiqu'il arrive, le gouvernement saura résoudre tous les problèmes", se rassure une autre. 

"D'abord j'étais content", raconte un troisième. "On dirait qu'on revient à une vie normale. Mais maintenant, tout le monde se précipite pour accéder des médicaments, ce qui est un peu inquiétant."

Signe de cette préoccupation : depuis la levée des restrictions, la demande de médicaments anti-inflammatoires et contre la fièvre explose partout dans le pays. "Cette année, pour les vacances, je ne veux pas de cadeaux, je veux de l'ibuprofène", ironise ainsi un internaute sur les réseaux sociaux. Sur la plateforme Weibo, le hashtag "Whatifyoutestpositive" ("Et si on est testé positif", ndlr), a par ailleurs été consulté des millions de fois cette semaine.

Le défi de la vaccination des populations vulnérables

De nombreux experts préviennent en effet que la Chine pourrait bientôt affronter une hausse incontrôlée des infections, à laquelle son système de santé n'est pas préparé. "Cet allègement des restrictions va mettre une pression sans précédent sur le système de santé chinois", alerte auprès du Wall Street Journal Xi Chen, chercheur à l'école de santé publique de Yale. "On s'attend à ce que les choses deviennent chaotiques et douloureuses, au moins dans les deux prochains mois."

La première raison évoquée : contrairement à la majorité des pays du monde, la Chine n'a pas subi les différentes vagues de l'épidémie. Une large partie de la population n'a donc jamais croisé le Covid-19 et n'est pas immunisée naturellement, notamment contre le variant Omicron, particulièrement contagieux et majoritaire actuellement dans le monde. 

Mais surtout, les experts s'accordent à dire que la protection vaccinale de la population sera insuffisante pour vivre avec le virus. Selon la Commission nationale de la santé, la couverture globale de la population avec deux doses est d'environ 92 %. Mais celle-ci chute drastiquement pour les populations les plus vulnérables. Ainsi, un tiers des Chinois de 80 ans et plus n'est toujours pas pleinement vacciné, selon les chiffres officiels.

À l'inverse d'autres pays où les plus âgés étaient prioritaires, la Chine a préféré faire passer d'abord les employés de secteurs à haut risque, puis les personnes en âge de travailler. Les autorités chinoises n'ont par ailleurs pas voulu imposer d'obligation vaccinale aux plus âgés, misant plutôt sur des récompenses incitatives comme des bons d'achat ou des repas gratuits... 

La stratégie zéro Covid a eu "tendance à marginaliser le rôle des vaccins dans l'application des mesures", analyse auprès de l'AFP Yanzhong Huang, du Conseil sur les relations internationales, groupe de réflexion basé à New York. Et le nombre limité de cas jusqu'à présent a fait que "le bénéfice perçu de la vaccination est encore assez faible", poursuit Ben Cowling, professeur d'épidémiologie à l'école de santé publique de l'université de Hong Kong. 

"Si vous n'êtes pas susceptible d'être infecté... vous ne tirerez peut-être aucun bénéfice de la vaccination", résume-t-il. 

Madame Sun, 76 ans, assure ainsi à l'AFP qu'elle "ne recevra aucune autre dose", après avoir accepté une injection en échange de 100 yuans (14 dollars) et un sac de riz. "Il n'y a pas eu de cas dans le coin et je voyage rarement en dehors de mon quartier, donc ce n'est pas nécessaire", assure cette habitante de la province du Zhejiang (est).

Des prévisions inquiétantes

Face à ces niveaux d'immunité actuels, la société britannique d'analyses médicales Airfinity estime que jusqu'à 2,1 millions de personnes pourraient mourir du Covid-19 en Chine. Le cabinet de conseil Wigram Capital Advisors, qui a produit des simulations pendant la pandémie, évoque quant à lui un million de décès dans le pays, relate The Financial Times. En parallèle, les hospitalisations quotidiennes pourraient dépasser les 70 000, soit près de 10 fois la capacité des unités de soins intensifs du pays.

Pour arriver à ces prévisions inquiétantes, ces différentes études se basent sur la cinquième vague survenue à Hong Kong en mars 2022. Sur l'île, la levée de la stratégie zéro Covid combinée à une déferlante du variant Omicron a entraîné plus de 10 500 décès. Parmi eux, 67 % concernaient des personnes non immunisées et plus de 95 % des personnes âgées de 60 ans et plus. L'âge moyen des victimes était de 86 ans. Pour expliquer cette mortalité massive, les autorités locales ont pointé un trop faible taux de vaccination des personnes âgées, autour de 40 %, le plus souvent avec une ou deux doses reçues au lieu des trois recommandées. 

Enfin, même si la Chine parvenait à remonter son taux de vaccination, des doutes persistent sur l'efficacité à long terme des vaccins chinois. Pékin refuse toujours d'autoriser les vaccins à ARN comme Pfizer-BioNTech et Moderna, réputés plus efficaces. Si trois doses d'un vaccin chinois permettent de "réduire efficacement" le nombre de décès, la Chine devra proposer des vaccins à ARN pour immuniser à long terme sa population, préconise ainsi Xi Chen.

Avec AFP