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Comment le coronavirus a bouleversé et totalement relancé la course à la Maison Blanche entre Joe Biden et Donald Trump

Jean-Eric Branaa publie "Rien ne sera plus comme avant: 1. L’Amérique au temps du coronavirus" chez VA Editions. La campagne des primaires bat son plein. La peur emporte tout et on commence à entrevoir que la Covid-19 n’aura pas que des conséquences sanitaires. Extrait 1/2.

Dans l’arrière-cour politique, il y a quelqu’un qui attend son heure. Dans les systèmes anglo-saxons, on parle du gouvernement de l’ombre, qui se prépare activement en attendant d’occuper les fonctions exécutives : c’est ce que fait Joe Biden depuis la mi-mars. Parti se réfugier à Wilmington, dans le Delaware, où il a ses racines, il s’adresse avec régularité au président des États-Unis, pour lui montrer la bonne direction à prendre et lui signifier sur quels points il n’est pas d’accord. Lui aussi pense à « l’après » et mesure tous les enjeux. Son but n’est pas de gêner, car le temps est trop grave et le risque trop fort. Joe Biden se construit une stature de président en devenir, et il doit convaincre le peuple américain qu’il n’a pas d’autre choix que de le choisir. Cela passe par des remarques simples, mais qui frappent l’opinion, comme lors du déclenchement de l’état d’urgence, quand Donald Trump affirme que le pays est comme en état de guerre. Joe Biden s’adresse alors à lui par écran interposé et lui rappelle que, si c’est le cas, il n’y a qu’un seul commandant-en-chef pour mener le pays à la victoire : « Eh bien, commencez à agir comme tel, » lui assène-t-il, résumant toutes les critiques adressées par tant de décideurs locaux depuis plusieurs jours. Reprenant les mots de Lincoln, qui tançait le général McClellan pour son inaction, il lance encore : « Si vous ne voulez pas utiliser l’armée, puis-je l’emprunter ? » 

Pour le démocrate, agir comme un commandant-en-chef en temps de guerre signifie utiliser les pouvoirs qui lui sont donnés pour mener les combats. Comme le suggère Jay Inslee, le gouverneur de Washington, depuis que la crise a touché son État, comme l’ont répété Andrew Cuomo, puis Gavin Newsom, et d’autres, tant d’autres encore partout dans le pays, Joe Biden exhorte Donald Trump à avoir recours à toute la panoplie législative disponible pour gagner les batailles contre ce virus mortel. Il lui suggère dans un premier temps d’activer la loi sur la Production de défense, qui permet au président d’ordonner à l’industrie privée de se mobiliser pour la défense nationale et d’utiliser sa capacité de production pour les besoins du moment. Trump l’a signée et s’en est vanté. Pourquoi n’en fait-il rien ? Car, après une trop longue période durant laquelle il n’a pas mesuré le danger, Donald Trump tarde à agir, encore une fois, et n’a toujours rien fait au moment où Joe Biden lui adresse cette demande. Ça a été une erreur, car il a donné à son très probable futur adversaire l’occasion de lui asséner un coup décisif. Le message est simple et il est compris par tous les Américains, qui entendent partout que la pénurie est totale en masques, en gel hydroalcoolique, en ventilateurs… Les appels au calme du président des États-Unis ne sont pas convaincants et Joe Biden marque des points. 

Joe Biden est à l’aise dans cet exercice. Il a été vice-président et a basé sa campagne sur son expérience politique, sans avoir d’efforts à faire pour convaincre : il fait partie de ce paysage politique depuis toujours et personne ne se souvient d’une époque durant laquelle il n’était pas dans le décor. C’est le point fort qui l’a propulsé en avant durant la campagne, renforcé par le fait qu’il y avait un trop-plein de candidats. Son expérience d’une longue vie de politicien lui a aussi appris qu’il faut être patient : alors Joe Biden revoit sa campagne et se consacre pleinement à cette sorte de présidence fantôme, au milieu d’une urgence nationale qui éclipse toutes les autres nouvelles. Il a fait installer un studio de télévision dans sa maison pour s’adresser régulièrement aux Américains sur les réseaux sociaux, commence chaque jour par trois heures de briefing sur l’impact médical et économique avec de proches conseillers et des scientifiques, et s’entretient avec les dirigeants les plus éminents du Congrès, de gauche comme de droite. 

Le coronavirus a relégué au second plan la campagne des primaires et a propulsé le président Trump sous les feux de la rampe grâce à des briefings quotidiens télévisés et à des réunions publiques incessantes. Il n’y a plus de contrôle des temps d’antenne et de balance équitable entre le pouvoir et l’opposition. Mais peu importe. Joe Biden sait bien qu’il y a un temps pour tout et que les Américains ne sont plus du tout dans ces préoccupations pour l’instant. Il garde un profil bas, ce qui inquiète certains démocrates qui estiment qu’il faut plutôt défier le locataire de la Maison Blanche plus frontalement. Joe Biden préfère continuer à ressembler à ceux qu’il va représenter au sommet de l’État, pense-t-il, dans quelques mois : pour le moment, ils sont confinés et réduits à l’espace de leur vie familiale. Il en fait tout autant. Sa vie de candidat a été mise entre parenthèses tout comme les vies professionnelles, sociales, parfois amicales ou amoureuses de ses compatriotes ont aussi été suspendues sans que personne ne sache bien jusqu’à quand. Profil bas : voilà la stratégie. Ses commentaires publics sont parcimonieux et, pour la plupart, très modérés. Il conserve de toute façon un temps de parole publique en participant à quelques émissions de télévision. Et il fait savoir qu’il échange régulièrement avec le président. Il apparaît comme calme et responsable. Un homme d’État.

La stratégie de Donald Trump est aux antipodes de celle-là : il donne des briefings télévisés quotidiens et on l’entend se disputer avec des gouverneurs importants. Ces points-presse mettent directement Donald Trump en comparaison avec certains de ces gouverneurs, dont Andrew Cuomo, qui crève l’écran et convainc le plus grand nombre. Joe Biden en ressort encore plus grandi, car, pour tout le monde, il est au-dessus de Cuomo, qui semble désormais être au-dessus de Donald Trump en efficacité. On parle de Cuomo comme d’un futur ministre. Cela implique que Joe Biden va devenir président. Le 22 mars, son équipe met en ligne un petit clip, compilant des saynètes montrant alternativement Donald Trump et Joe Biden en situation de gestion de crise et répondant à des questions sur le coronavirus. Le narrateur conclut : « Ce moment appelle un président. En novembre, vous pourrez en élire un ». Cette stratégie façonne le type de messages et le ton que les candidats partagent avec les électeurs pour convaincre le pays qu’ils sont prêts à diriger dans une crise mondiale comme celle-ci. Joe Biden insiste sur son calme et sa solidité. L’hyperprésence de Donald Trump envoie le message inverse. 

L’équipe de Donald Trump se rassure en regardant la cote de popularité du président sortant qui est montée à des niveaux jamais atteints depuis le début du mandat. Mais cela n’a rien à voir avec ce qui a été observé avec ses prédécesseurs, lors d’autres crises, dans le passé. Par exemple, la cote d’approbation de George W. Bush est passée de 49 à 91 % après le 11 Septembre, et celle de Jimmy Carter a presque doublé en 1979, dans le sillage immédiat de la crise des otages en Iran. On est bien loin de tout cela avec Donald Trump, dont la cote de popularité augmente bien moins que celle d’autres dirigeants de pays occidentaux, tels que l’Italien Giuseppe Conte, le Français Emmanuel Macron, le Britannique Boris Johnson ou le Canadien Justin Trudeau, par exemple, et reste imperturbablement inférieure à 50 %. Elle est certes bien plus haute qu’à l’accoutumée, mais il n’est donc pas certain qu’il faille voir dans un petit rebond momentané le moindre signe d’optimisme pour le président américain. À dire vrai, le plus dur semble encore à faire pour lui et surtout, il ne faut plus qu’il dévisse, car cela peut aller très vite et très loin. Joe Biden n’a pas l’intention de le laisser monter davantage et il n’est pas opposé à une perspective de sa redescente : il martèle le même message, qui se veut unitaire, mais qui est en réalité destructeur pour le chef de l’exécutif : « Je ne veux pas attaquer le président ou dire qu’il a tort dans ses actions. Ce que je veux dire, c’est que son état d’esprit n’est pas bon, qu’il a été lent à reconnaître le problème au départ, à le traiter avec le sérieux que cela méritait, et que cette façon d’agir fait encore trop partie de la façon dont le président aborde les problèmes. » 

« Permettez-moi d’être clair », ajoute-t-il alors à la façon d’un professeur qui parlerait d’un de ses élèves : « Donald Trump n’est pas à blâmer pour le coronavirus, mais il porte la responsabilité de notre réponse. Comme tous les Américains, j’espère qu’il fera un pas dans la bonne direction et qu’il commencera à faire les choses correctement. » 

Et il fait savoir à l’Amérique qu’il travaille à son avenir : il a commencé à réfléchir au nom de sa vice-présidente.

Jean-Eric Branaa publie "Rien ne sera plus comme avant: 1. L’Amérique au temps du coronavirus" chez VA Editions. 

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