Sur le ponton, ce n’est pas la cohue mais le planning des réservations « se remplit bien ». Depuis ce week-end, la base nautique Ruban Vert de l’île Versailles, à Nantes, a rouvert ses portes aux groupes d’amis ou familles tentés par une escapade en bateau électrique au fil de l’Erdre. « Un petit moment de liberté », estime un couple, lunettes de soleil sur le nez, qui se présente au guichet ce dimanche matin. Pour 25 euros, ils profiteront d’une petite virée d’une heure avec leur fille, à une vitesse de navigation d’environ 5 km/h. Parfait pour observer les péniches, hérons ou jolis reflets qui font les charmes de la rivière et de ses berges au printemps.

Déjà plébiscités en temps normal notamment pour ces raisons, ces petits bateaux électriques sans permis, de trois à huit places, se portent très bien avec la crise sanitaire. « C’est une activité de plein air, en petit comité et loin de la foule du centre-ville, observe Matthieu Olive, le gérant des quatre bases Ruban Vert de l’agglomération (81 bateaux). Après les deux mois de fermeture en raison du confinement, on a fait une belle saison l’an dernier. Les gens avaient annulé leurs voyages et recherchaient du dépaysement. Le protocole sanitaire que l’on a mis en place les rassure. »

Beaucoup de bateaux à fabriquer

A une vingtaine de kilomètres de là, dans l’usine qui fabrique ces bateaux et leurs moteurs, ce constat est largement partagé. Installé à Vigneux-de-Bretagne, le leader européen de fabrication de bateaux électriques Ruban Bleu, fondé en 1992, a vu « une explosion de l’activité » l’an passé. Et la tendance perdure, bien au-delà de Nantes et de la France, qui offre le plus long réseau fluvial d’Europe. « On a récemment livré en Jordanie, en Nouvelle-Zélande, en Belgique… On a encore beaucoup de commandes, avec plus de 100 bateaux à fabriquer cette année, calcule Thibault de Veyrinas, le directeur. C’est une activité dans l’air du temps, avec moins de pollution, moins de bruit… On est dans le monde de la lenteur, le rapprochement avec la nature. »

Après avoir vu son chiffre d’affaires bondir de 15 % l’an passé, l’entreprise (qui travaille avec des sous-traitants vendéens) espère donc faire encore mieux cette année, notamment grâce à ses services d’aides à l’implantation de bases nautiques, qui se multiplient. Elle mise aussi sur ses nouveautés, comme le modèle Legend qui permet d’embarquer neuf passagers avec un accès pour les personnes à mobilité réduite, y compris au poste de pilotage, et atteindre la vitesse de 10 km/h.

Encore faudra-t-il que cette activité reste compatible avec les éventuelles nouvelles mesures sanitaires du gouvernement : alors que les rassemblements de six personnes sont interdits depuis quelques jours sur l’espace public, les loueurs ont dû répercuter cette nouvelle règle à bord. Tous les bateaux doivent évidemment être rentrés pour le couvre-feu. Trop tôt pour les couchers de soleil.

Deux sociétés distinctes

Ruban Vert et Ruban Bleu ont à peu près le même nom car les deux entreprises ont été à l’époque créées par la même personne. Il s’agit désormais de deux sociétés distinctes.