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Coupe du monde de rugby : le «bomb squad», cet effrayant banc de remplaçants des Springboks

La grande force des Sud-Africains est de pouvoir compter sur de redoutables finisseurs, qui font des dégâts lors du «money time».

«Impact player», on a longtemps utilisé ce terme pour parler d’un remplaçant particulièrement décisif et important, lors de son entrée en jeu, dans les derniers instants d’un match. Les Sud-Africains - opposés samedi à la Nouvelle-Zélande en finale de la dixième Coupe du monde de rugby - ont poussé le bouchon plus loin, en alignant plusieurs remplaçants ultra-efficaces et dominateurs, capables de faire renverser le cours d’un match plutôt mal embarqué. Le patron des Boks, Rassie Erasmus, et son sélectionneur Jacques Nienaber ont même innové, récemment, en inventant le banc en 7-1, avec sept avants et un seul arrière. Avec un nom pour cette escouade de gros bras : le «bomb squad», l’équipe de déminage, qui avait en grande partie permis à l’Afrique du Sud de décrocher, au Japon en 2019, son troisième titre mondial.

En quarts de finale contre les Bleus, puis en demi-finale face aux Anglais, c’est grâce à l’entrée de sang neuf (et testostéroné) que les Boks ont fait la différence alors qu’ils étaient, à chaque fois menés, au score. Après la qualification en finale et la pâle copie rendue face au XV de la Rose, Jacques Nienaber a reconnu que «l'Angleterre a été excellente dans le jeu au pied, elle nous a dominés dans ce domaine. On a terriblement manqué de discipline en première mi-temps, en particulier dans les zones clés où ils pouvaient prendre des points.» Et de saluer : «Mais en deuxième mi-temps, on a réussi à revenir à la force du poignet. On a montré qui on est et ce qu'on est capables de faire à 23.»

«Un groupe où il n'y a pas beaucoup de différence entre titulaires et remplaçants»

La richesse et la profondeur de l'effectif sud-africain sont impressionnantes. Contre la France et l’Angleterre, ce qu’on pensait être la charnière numéro 1 - composée de Faf de Klerk et Handré Pollard, titulaires indiscutables en 2019 - a débuté sur le banc. Et, à tous les postes du pack, ceux qui rentrent sont au moins aussi bons - si ce n’est plus - que ceux qu’ils remplacent. On pense notamment aux piliers Vincent Koch et Ox Nche - décisifs sur la mêlée gagnée qui a conduit à la pénalité de Pollard - ou au deuxième ligne RG Snyman, qui a inscrit (en force, bien évidemment) l’espoir de l’espoir contre les Anglais.

C’est la grande force des Boks, apporter du sang neuf pour étouffer l’adversaire, maintenir une pression physique irrespirable. Visible face au XV de la Rose qui a fait la course en tête jusqu’à la 77e minute de jeu. «On avait besoin d'énergie, on a donc décidé de faire entrer les remplaçants. On a la chance d'avoir un groupe où il n'y a pas beaucoup de différence entre titulaires et remplaçants. On avait besoin d'énergie et ils nous l'ont apportée», insiste Jacques Nienaber.

«Il s'agit de faire ce qui est le mieux pour notre équipe, ce qui fonctionne pour nous»

Si, lors de ses deux derniers matches, le staff sud-africain a fait appel à un banc en 5-3 classique, la création du 7-1 avait fait grincer de nombreuses dents. Beaucoup y voyaient une évolution néfaste de la possibilité de faire des changements et un danger pour les joueurs qui avaient débuté le match, se retrouvant face à un pack quasiment tout neuf. Rassie Erasmus s’était alors défendu : «Nous restons simplement dans le cadre des règlements et des lois de ce jeu. Donc pour nous, il s'agit de faire ce qui est le mieux pour notre équipe, ce qui fonctionne pour nous et ce n’est certainement pas la même chose d'un week-end à l'autre.»

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Le controversé technicien poursuit son chemin : «Nous ne nous soucions pas vraiment de ce que les autres équipes disent. Il s'agit de ce qu'il y a de mieux pour l'Afrique du Sud et les Springboks. Je n'ai vraiment pas prêté beaucoup d'attention à ces réactions. Si c'était quelque chose que nous avions mal fait, cela m'aurait dérangé. Mais nous suivons toutes les lois et protocoles...» Eddie Jones, sélectionneur de l’Australie, avait lui saluer ce choix fort qui correspond finalement bien à la culture des Springboks : «J'applaudis l'Afrique du Sud pour avoir été si audacieuse et courageuse dans la façon dont elle veut jouer. C'est une grande innovation.» Cela avait fonctionné à merveille lors de la victoire historique contre les All Blacks (rapidement réduits à quatorze), à Twickenham, en match de préparation (37-5). Mais pas lors du choc contre l’Irlande, lors du match de poules perdu contre l’Irlande (3-8).

«Personne ne se plaint. Chacun a son rôle à jouer»

Jacques Nienaber détaille et précise son plan de bataille : «Quand on compose notre banc, les gens se concentrent sur le nombre d'avants mais l'important, c'est le groupe et sa qualité. S'ils entrent sur le terrain, c'est parce que les titulaires ont posé les bases du match. On ne peut jamais estimer l'impact des titulaires mais ils fatiguent l'adversaire. On n'a pas d'équipe A ou d'équipe B. On ne marche pas comme ça.» Et de souligner : «Ce qui est bien avec cette équipe, c'est que même quand elle ne joue pas bien, elle finit par trouver une solution. Elle refuse d'abandonner et se bat jusqu'au bout.»

Et l’émulation bat son plein. Les joueurs acceptent, sans rechigner, d’être titulaires ou remplaçants. «Peu importe», balaie le pilier Steven Kitshoff. Un avis partagé par le demi de mêlée Cobus Reinach, titulaire lors des deux derniers matches éliminatoires après avoir longtemps vécu dans l’ombre de Faf de Klerk : « On est un groupe de 33 joueurs, auxquels il faut ajouter (les blessés) Malcy (Malcolm Marx) et (Makazole) Mapimpi qui sont à la maison. On est une équipe de 35 joueurs déterminés à aller chercher la gagne. S'il s'agit d'entrer en jeu à la 35e ou à la 45e minute, ou n'importe quand, on fait ce qu'il faut. Personne ne se plaint. Chacun a son rôle à jouer. Peu importe ce que c'est, il faut s'y atteler au mieux de ses capacités.»

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Dans leur préparation à la finale de samedi soir, les All Blacks ont ironisé sur le fameux «bomb squad», en racontant qu’ils ont regardé la série primée Band of Brothers (Frères d’armes) et pris le surnom de la «Easy Company», en référence à ce régiment américain de parachutistes décisif lors la Seconde Guerre mondiale. L'ailier Dalton Papalii en a souri : «Ils ont leur équipe de déminage, mais nous, on pourrait faire comme la Easy Company et aller finir le boulot dans les tranchées !» Ce que confirme Jason Ryan, l'entraîneur en charge des avants néo-zélandais : «Il va falloir désamorcer la bombe, je pense.» La guerre pour une quatrième couronne planétaire est bien lancée.