C’est une lutte ouverte en plein cœur du bordelais : depuis sept ans, deux familles se disputent, à coups de procès et d’ordonnances d’huissiers, le droit d’apposer l’appellation Figeac sur leurs bouteilles.

Par

Temps de Lecture 4 min.

Article réservé aux abonnés

Figeac est le théâtre d’une guérilla entre deux vignobles historiques du bordelais. KLEIN STÉPHANE / PHOTOPQR / SUD OUEST / MAXPPP

C’est un vaudeville en plein cœur du bordelais que vivent deux familles voisines de viticulteurs renommés. Situés sur les terres ô combien emblématiques de Saint-Emilion, les châteaux Figeac et Cormeil-Figeac Magnan se côtoient depuis le XIXe siècle. La famille Manoncourt, propriétaire du château de Figeac possède le domaine depuis 1892. Quant au grand-père de Richard Moreaud, propriétaire de Cormeil-Figeac Magnan, il acquit son domaine en 1940. Au départ, le nom de Figeac était celui d’un village sur lequel réside l’ensemble de ces domaines viticoles, les parcelles ayant été séparées à la fin du XIXe siècle.

D’un côté, le Château Figeac et ses 41 hectares de vignes, réparties autour d’un château du XIXsiècle, produit l’un de ses vins réputés, un premier grand cru classé B, avec une production de 120 000 bouteilles par an. Prix de son millésime 2013 : environ 190 euros. A 500 mètres de là, le Château Cormeil-Figeac Magnan s’étend sur 25 hectares et produit 110 000 bouteilles de trois grands crus. Fourchette de prix : entre 21 et 25 euros.

Famille habituée des tribunaux

Entre les deux domaines voisins, la courtoisie n’est plus de mise depuis sept ans. En 2012, Château Figeac décide d’assigner son voisin pour l’utilisation du nom « Figeac ». Selon MFauchoux, avocat du Château Figeac, cette procédure avait pour but de « faire annuler pour déceptivité, c’est-à-dire tromperie, deux de ses marques. Le Château Figeac considérait que l’utilisation de celles-ci pouvait laisser penser que les vins Château Cormeil-Figeac et Magnan-Figeac auraient un lien direct ou indirect avec le vin ou le domaine du Château Figeac, alors que ce n’est pas le cas. » Il faut dire que la famille Manoncourt, une grande famille bordelaise composée de Thierry, le patriarche – disparu en 2010 – Marie-France, la mère, et leurs quatre filles, Laure d’Aramon, Hortense, Claire et Blandine, est une habituée des tribunaux.

Lire aussi

Si Thierry Manoncourt a légué 51 % de la société familiale à sa fille Laure et à son époux en 2005, la gestion du château est assez vite contestée par le reste de la fratrie. Au décès du patriarche, les choses ne s’arrangent pas. Pire, en 2012, Château Figeac rate la plus haute distinction du classement des saint-émilion. Rapidement, Laure et son époux Eric de Sauvan d’Aramon sont écartés du trône. L’aînée lance alors une série de procès pour contester la diminution de ses droits. Depuis, c’est une véritable guerre ouverte : au total, Laure a lancé six procédures contre sa mère et ses sœurs, qu’elle a toutes perdues.