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Dans le Tarn-et-Garonne, le chapelier Crambes retrouve des couleurs avec sa nouvelle stratégie

Si Toulouse est the place to be pour l'aéronautique, la commune de Caussade dans le Tarn-et-Garonne est son équivalent pour l'industrie du chapeau. Ou du moins elle l'était. Si à l'approche de la ville, les chaussées sont décorées de panneaux d'informations faisant référence à ce passif glorieux durant lequel la ville comptait plusieurs dizaines de chapeliers, aujourd'hui ce n'est plus le cas. « Caussade, c'est la cité du chapeau. Il y a eu ici jusqu'à 100 chapeliers. Maintenant, nous ne sommes plus que trois », contextualise Benoit Besnault, le repreneur du chapelier Crambes. Cette maison, fondée en 1946, aurait pu faire partie des chapeliers rayés de la carte. « L'entreprise perdait de l'argent depuis une dizaine d'années », révèle le nouveau dirigeant, qui a racheté l'entreprise, avec sa femme, Catherine Vanpouille, auprès du petit-fils du fondateur.

Malgré ce changement de gouvernance en 2019, l'entreprise Crambes n'oublie pas son histoire. Après avoir traversé une petite cour, celle-ci amène à une partie du bâtiment où sont entreposées des centaines de moules de chapeaux, en sachant qu'un seul modèle a plusieurs moules (chacun associé à une taille). Malgré leur poids imposant, qui peut sembler faire partie des techniques de production d'un autre temps, ces objets sont toujours au goût du jour. « Il nous arrive régulièrement d'en utiliser certains encore aujourd'hui », ajoute avec un brin de fierté Benoit Besnault. Cette intention est certainement le symbole du renouveau des chapeaux Crambes.

Malgré la production annuelle de milliers de pièces, Crambes garde des méthodes de production artisanales (Crédits : Rémi Benoit).

La nouvelle direction a abandonné l'activité de négoce qui entretenait le chiffre d'affaires par le passé - au détriment de la qualité et donc qui pouvait nuire à l'image de l'entreprise réputée haut-de-gamme - pour relancer en interne la production de modèles propres à la marque. Avant la reprise, le chapelier situé à 80 kilomètres de Toulouse réalisait trois millions d'euros de chiffre d'affaires chaque année, tout en perdant entre 300.000 et 400.000 euros. L'arrêt de cette activité de négoce a fait chuté le chiffre d'affaires à deux millions d'euros, mais l'entreprise Crambes est désormais rentable.

« Nous avons passé au crible tous les achats. Il y avait une trop grande quantité de tissus en stock et par exemple, aucun logiciel ERP au sein des ateliers (pour la gestion de la production, ndlr). Nous, notre objectif était de redresser l'entreprise et développer à nouveau la marque Crambes en proposant des collections été comme hiver avec des produits fabriqués ici, plutôt que vendre des chapeaux dont nous ne maîtrisons pas la production », explique le patron.

Catherine Vanpouille et Benoit Besnault ont repris l'entreprise Crambes en 2019 (Crédits : Rémi Benoit).

Des recrutements pour la production

Pour relancer l'entreprise, le duo des nouveaux propriétaires a notamment investi dans deux nouvelles brodeuses, mais a aussi renouvelé l'ensemble du parc des machines à coudre. Au total, en quatre ans, le couple a investi pas moins de deux millions d'euros, dans leur entreprise qui réalise autant en chiffre d'affaires en 2023. Parmi cet investissement, le chapelier Crambes a aussi choisi de miser sur des matières premières régionales, comme de la laine du Tarn ou du cuir d'agneau du Tarn.

« Nous avons réinternalisé des compétences. Dans ce bassin, nous sommes les seuls à détenir la totalité des compétences pour fabriquer de manière artisanale un chapeau. Nous fabriquons tout ici ! Aujourd'hui, nous sommes 43 salariés et toutes les embauches que nous avons réalisées ont été pour l'atelier, malgré l'absence de formation à ces métiers ici. Nous avons formé en interne, sur six à 18 mois », expose le codirigeant du fabricant de chapeaux.

Le bassin local ne propose aucune formation dédiée à la production d'un chapeau, ce qui oblige Crambes à former en interne (Crédits : Rémi Benoit).

Ce savoir-faire lui permet de produire des pièces d'une valeur de 60 euros à près de 1.500 euros pour les pièces d'exception. Par ricochets, les compétences des ateliers Crambes ont séduit quelques grandes marques comme Celine, Chanel, Jean-Paul Gaultier, Lacoste ou encore La Pantoufle à Pépère. D'autres partenariats avec le monde du luxe français sont confidentiels. « La sous-traitance pèse pour 70% de notre activité aujourd'hui et nous gagnons de l'argent », admet Benoit Besnault. Dans la suite logique des choses, Crambes aimerait exposer son savoir-faire à l'occasion des Jeux Olympiques de Paris 2024, en habillant par exemple d'un couvre-chef les athlètes de l'équipe France pour la cérémonie d'ouverture.

Bientôt des chapeaux avec un tissu recyclé ?

Malgré cette dominance de la sous-traitance, les repreneurs gardent en tête de développer chaque année deux collections avec des modèles propres à la marque Crambes. Labellisée entreprise du patrimoine vivant et origine France garantie, la PME compte sur cette étiquette « Made In France » pour doper ses ventes, particulièrement à l'international. « Nous visons principalement le marché asiatique, dont le Japon et la Corée du Sud, ou encore l'Amérique du Nord », explique le dirigeant qui n'avait aucune expérience dans le textile avant de reprendre cette entreprise.

Pour se démarquer davantage dans ce marché atypique et témoin d'un certain savoir-faire français, la PME compte utiliser à terme un composant recyclé pour produire certains de ses chapeaux. « Nous avons fait un prototype et cela fonctionne », se réjouit Benoit Besnault. Mais il est encore trop tôt pour connaître une éventuelle date de commercialisation, alors que l'entreprise utilise actuellement 60% de matières premières françaises.

L'entreprise a fait le choix de se recentrer vers des matières premières de qualité et régionales (Crédits : Rémi Benoit).

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En plus d'innover dans les produits, la maison Crambes aimerait mettre à la page les 7.000 m2 d'ateliers, aménagés en forme de U, tout d'abord en installant un tout nouveau système de chauffage. « Actuellement, nous sommes chauffés au fioul, ce qui est une hérésie. Nous allons investir 400.000 euros pour passer à l'électricité », souligne l'entrepreneur. Cela devrait permettre selon lui de réduire de 30% la consommation énergétique des lieux. À terme, Crambes souhaiterait produire ses chapeaux en étant totalement autonome sur le plan énergétique. Une telle ambition passerait alors par l'installation de panneaux photovoltaïques sur l'ensemble de la toiture. Mais cette ambition à un coût : 800.000 euros d'investissement. Un pas à franchir encore trop grand pour une PME industrielle dont le redressement est fraîchement amorcé.