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Dans les sports collectifs, le coach mental doit encore trouver sa place

Les Bleus en argent lors de leur récent Euro et les Bleues en quart de finale de la Coupe du monde, jeudi 29 septembre en Australie ? Si les équipes de France sont plutôt bien dans leur basket, il n’y est peut-être pas pour rien : avant les Jeux de Tokyo, Richard Ouvrard avait accompagné les entraîneurs des deux sélections nationales de basket-ball, qui avaient achevé leur quinzaine olympique en argent (les hommes) et en bronze (les femmes).

Depuis, le « coach mental » a amorcé un travail avec les joueurs et joueuses, encore à ses débuts mais déjà payant. « Une approche psychosociale globale, avec des processus interpersonnels très riches, car j’entretiens des relations avec tout le monde : le directeur technique national de la fédération française, l’encadrement technique et médical des équipes, les groupes des joueurs et joueuses, explique-t-il. C’est un travail systémique que nous devons poursuivre jusqu’au rendez-vous de Paris 2024. »

Sensibilité de l’entraîneur

Richard Ouvrard n’en est pas à sa première expérience avec des collectifs tricolores. Il a musclé le mental des Bleues du handball avant les Jeux de Rio et jusqu’au triomphe de ceux de Tokyo. Un succès plus évident que ses quinze mois de collaboration avec les Bleues du football pour le Mondial 2019, sans lendemain faute d’osmose entre l’expert et la sélectionneuse Corinne Diacre. Et c’est bien la limite de l’intervention d’un préparateur mental au sein d’un collectif : « Cela dépend encore vraiment de la sensibilité de l’entraîneur. C’est souvent lui qui est convaincu ou pas de l’intérêt d’intégrer ou non un spécialiste », souligne Christian Penigaud, ancien champion d’Europe de beach-volley (en 1993) puis technicien fédéral reconverti dans le coaching mental, appelé depuis trois ans au côté de l’équipe de France féminine de volley.

Les Jeux de 2024 à Paris poussent-ils les fédérations à mieux s’armer ? « La prise de conscience du retard de la France en la matière est réelle, mais se doter de cet outil n’est pas encore systématique, témoigne Laurent Chambertin, 350 sélections avec les Bleus du volley entre 1986 et 2001, aujourd’hui coach mental intégré à la cellule haute performance de l’Insep. Il existe encore des résistances : faire appel à un expert, c’est reconnaître une faiblesse. Alors que non : c’est juste vouloir améliorer les performances. »

Cette difficulté, Christian Penigaud l’observe dans les formations qu’il délivre aux entraîneurs au sein de sa fédération : « Il y a encore beaucoup de méconnaissance sur notre travail, et quand des entraîneurs font l’expérience d’une collaboration, ils me disent souvent soit qu’elle s’est mal passée, soit qu’ils ne savaient pas ce que faisait vraiment le préparateur mental. » La place de l’expert au sein du collectif est de fait un enjeu primordial. « Intégrer une communauté avec ses rites et son langage, ce n’est pas évident et cela se travaille en amont, précise Richard Ouvrard. Car l’essentiel est de parvenir à réguler les informations et les émotions pour fluidifier les relations humaines. »

Le tandem performance-personnalité

Ce qui se joue n’est pas toujours évident, au point que l’on évoque parfois le concept d’« entraînement invisible ». « J’essaye de travailler concrètement sur des choses qui se voient et se mesurent, lâche Christian Penigaud, plutôt réservé. Il s’agit d’améliorer les performances, quelque chose de quantifiable. » Laurent Chambertin insiste sur le tandem performance-personnalité, « sans scinder les deux, et en insistant sur la durabilité pour que les athlètes s’approprient le travail et soient autonomes derrière, pour favoriser par exemple le turn-over des effectifs ». Pour autant, l’intervention du préparateur mental ne doit pas être forcément trop longue, « pour éviter l’accoutumance et un phénomène de gourou », prévient le spécialiste.

Le champ est vaste, et sans doute 2024 n’est pas l’échéance ultime. « On peut parler d’héritage aussi dans ce domaine-là, conclut Laurent Chambertin. Former nos jeunes en leur laissant du temps pour comprendre et acquérir les bonnes pratiques, et leur donner un temps d’avance pour Los Angeles 2028. »