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Dans un Beyrouth aux allures de fin du monde

Il est 18 heures ce mardi 4 août, et Beyrouth ne sait pas encore que dans quelques minutes, une gigantesque explosion va la transformer en ville sinistrée. Les commerces encore ouverts s’apprêtent à baisser leur rideau de fer. Au loin, derrière les immeubles, un soleil paresseux tarde à se coucher. L’ambiance est morose. Les crises en mille-feuille ont fini par avoir raison de la proverbiale joie de vivre libanaise. Crise politique, crise économique, crise financière, crise monétaire, crise sociale, crise sanitaire : c’en est trop pour un si petit pays, pourtant habitué aux tempêtes, et pour un peuple dont on a si souvent salué la résilience.

Ambiance apocalyptique

Dans quelques jours, le 7 août, le Tribunal spécial pour le Liban, créé en 2005 pour faire la lumière sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, va rendre son verdict et accuser sans équivoque des membres du Hezbollah. Le Liban retient son souffle. Que va-t-il se passer quand ce verdict sera rendu public ? Des sanctions américaines tomberont-elles contre le gouvernement, qu’on dit sous les ordres du puissant parti pro-iranien? Une guerre civile sunnite-chiite se profile-t-elle ? Les Libanais, d’ordinaire fatalistes, sont inquiets. L’avenir, que le soulèvement populaire du mois d’octobre 2019 voulait prometteur, s’annonce très sombre.

Peu avant 18 h15, une première explosion fait trembler Ashrafieh, quartier mi-bourgeois mi-populaire à l’est de la capitale libanaise, non loin du port de Beyrouth. Moins d’une minute plus tard, une deuxième explosion, d’une violence inouïe, va souffler immeubles, appartements, commerces et voitures. En quelques secondes, les rues sont jonchées de débris et de verre brisé. Des femmes, des hommes, des enfants, tous hébétés, souvent ensanglantés, sortent de chez eux et essayent de comprendre ce qui s’est passé. Des rumeurs commencent à se répandre. Les uns parlent d’un attentat contre Saad Hariri, les autres d’un missile israélien contre un dépôt d’arme du Hezbollah. Des vidéos, partagées sur les réseaux sociaux, montrent une explosion en forme de champignon atomique dans le port de Beyrouth.

retrouver un proche

Il faudra attendre plus d’une heure avant que ne soit donnée la version officielle du drame : la déflagration serait due à l’explosion de 2.750 tonnes de nitrate d'ammonium stockées, sans aucune mesure de sécurité, dans le port de Beyrouth depuis près de six ans. Une bombe à retardement dans ce port qu’on dit vieux de plusieurs siècles, et qui n’est plus aujourd’hui qu’un tas de ruines. Un accident aux conséquences inimaginables, avec en toile de fond une négligence criminelle et une corruption endémique que les Libanais ne connaissent que trop bien, et qui forment l’épine dorsale d’un système politique confessionnel néo-féodal, doublé d’un ultralibéralisme sauvage qui aurait fait rêver Margaret Thatcher.

Très vite, les hôpitaux sont saturés. La nuit est tombée et l’électricité, comme d’habitude, est absente. Les générateurs qui n’ont pas été endommagés se mettent en marche. Le nombre de morts et de blessés ne cesse d’augmenter. Dans certains hôpitaux, l’afflux est tel que médecins et personnels soignants sont obligés de venir en aide aux blessés à l’extérieur, aidés par la lumière bleue de leurs téléphones portables. Sur les réseaux sociaux, les appels à retrouver un proche disparu se multiplient.

Le Premier ministre libanais, Hassan Diab, promet de punir les coupables et demande aux amis du Liban de venir en aide au pays des cèdres. La communauté internationale ne tarde pas à se mobiliser. Des avions koweitiens et qataris, avec à leurs bords une importante aide médicale, atterrissent à l’aéroport Rafic Hariri de Beyrouth. Le président français, Emmanuel Macron, décide de se rendre au Liban le jeudi 6 août. Les États-Unis, l’Arabie Saoudite, la Russie et la Chine déclarent leur intention d’aider le Liban. Même Israël, non sans cynisme, propose ses services.

Exil

Dans un Beyrouth aux allures de fin du monde, les habitants de la capitale libanaise tentent de nettoyer ce qui reste de leur chez eux et de réparer ce qui peut l’être. Mais souvent les dégâts sont trop importants. Et tout est si cher. Depuis la fin de l’année 2019, la monnaie nationale, la livre libanaise, s’est progressivement écrasée face au dollar. Le pouvoir d’achat s’est effondré, les prix se sont envolés, et les Libanais n’ont plus qu’un accès très limité à leur compte en banque. Dans ce pays de cinq millions d’habitants - sans compter le million et demi officiel de réfugiés syriens et palestiniens - près de la moitié de la population vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté. Moins d’un tiers, sous le seuil d’extrême pauvreté.

Pour de nombreux Libanais, la seule solution qui reste est l’exil. Quitter ce pays qui n’a réussi à leur offrir que peines et déceptions. Les ambassades, surtout occidentales, disent crouler depuis des mois sous les demandes de visa. Mais si quelques-uns réussiront à partir, les autres, sans doute la grande majorité, sont condamnés à rester au pays. Un pays sur lequel le sort semble s’acharner, qui n’a pas encore su se réformer, se réinventer, et s’organiser en nation véritable. La gigantesque explosion qui a transformé Beyrouth en ville sinistrée sera-t-elle le déclencheur d’une révolution dont beaucoup se réclament mais peu, trop peu, représentent une véritable alternative à cette classe politique corrompue, qui a laissé 2.750 tonnes de matières explosives transformer sa capitale en scène d’apocalypse ?

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