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Derrière les récentes purges en Chine, Xi Jinping en situation de faiblesse ?

Depuis qu’il est arrivé au pouvoir, Xi Jinping a des oppositions solides à l’intérieur de son parti.

© Jade Gao / POOL / AFP

Disparus des radars

Plusieurs hauts responsables chinois ont disparu des écrans radars laissant place à pas mal de spéculations.

Le Général de brigade aérienne Jean-Vincent Brisset est chercheur associé à l’IRIS. Diplômé de l'Ecole supérieure de Guerre aérienne, il a écrit plusieurs ouvrages sur la Chine, et participe à la rubrique défense dans L’Année stratégique.

Il est l'auteur de Manuel de l'outil militaire, aux éditions Armand Colin (avril 2012)

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Atlantico : Plusieurs hauts responsables chinois ont disparu des écrans radars laissant place à pas mal de spéculations. Qui sont-ils ? Quel est leur profil ? 

Jean-Vincent Brisset : Ce sont deux ministres. Li Shangfu qui était le ministre de la défense et Qin Gang qui était le ministre des affaires étrangères. 

A ma connaissance, Li Shangfu n’a pas encore été annoncé comme étant remplacé. Alors que Qin Gang a été remplacé de manière assez intéressante par Wang Yi qui occupait le poste avant lui. Wang Yi s’était retrouvé conseiller direct du parti communiste aux affaires étrangères sans qu’on sache vraiment pourquoi il avait dû quitter son précédent poste. C’est en tout cas quelqu’un à qui, à priori, Xi Jinping fait une large confiance.

Une chose est intéressante, c’est qu’ils ont en commun d’avoir été les deux ministres les plus exposés à l’international. En Chine, le ministre de la Défense est chargé de faire les relations publiques de la défense et ne dirige pas. Je pense qu’ils ont eu des idées considérées comme des choses imprudentes et qui ne correspondaient pas à ce que veut Xi Jinping.

Certains observateurs parlent d’une grande purge dans l’armée et au sein du PC Chinois. Qu’est-ce que vous constatez ?

La grande purge a commencé y a 10 ans quand Xi Jinping est arrivé au pouvoir. Il a déclenché une grande campagne anti-corruption que le parti communiste n’avait pas connu depuis son accession au pouvoir en 1949. Ça n’arrête pas ! 

Il faut bien voir que c’est un régime de parti unique. Donc les oppositions s’expriment à l’intérieur du parti. Les opposants sont des cadres à des postes avec des responsabilités. Ils sont opposants : soit parce qu’ils pensent que la pureté du parti n’est pas respectée, soit parce qu’ils pensent qu’il faudrait peut-être aller vers plus d’ouverture c’est-à-dire vers un modèle un peu plus occidentalisé. Xi Jinping a une opposition à droite et à fauche. Il navigue au milieu avec des méthodes qui sont celles du parti communiste. 

Est-ce qu’il est menacé ? 

Non, mais il n’est pas serein. Il n’est pas solide. Les dirigeants chinois sont obligés en permanence de se battre. Le dirigeant chinois cumule les trois casquettes. Xi Jinping est le chef du Parti communiste, de l’Etat et des Armées. La politique qu’il mène ne plaît pas forcément tout le monde.

En réalité, on ne sait pas ce qui se passe. C’est d’une opacité totale. Il n’y a pas de système de gouvernement de fonctionnement comme on connaît dans les pays occidentaux. Depuis qu’il est arrivé au pouvoir, Xi Jinping a des oppositions solides à l’intérieur de son parti. Il est obligé de réagir un peu violemment. Ce n’est pas nouveau même si la manière dont ça s’est fait est un peu nouvelle. Xi Jinping est un peu sur la corde raide. Mais ses prédécesseurs aussi ! On a reproché beaucoup de choses à Li Xiannian et Hu Jintao. Il n’y a guère que Mao Zedong et Den Xiaoping qui n’ont pas été victimes d’oppositions franches.

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