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« Dogmes en devenir » : un essai théologique pour découvrir l’histoire des dogmes

Dogmes en devenir

de Michael Seewald

traduit de l’allemand par Marc de Launay

Cerf, 408 p., 29 €

En septembre 2016, quatre cardinaux rendaient publique une lettre adressée au pape François, énumérant des dubia (doutes) sur Amoris laetitia. Ils voulaient notamment savoir si l’exhortation publiée à l’issue du Synode sur la famille représentait « un changement dans la discipline de l’Église » ou si ce document pouvait être lu dans « la continuité de ce qui avait été auparavant professé ». En apposant « changement » ou « continuité », les prélats posaient le débat en des termes apparemment simples, réglant un peu vite le débat sur les difficiles questions qui se posent quant à la nécessité ou l’impossibilité des réformes au sein de l’Église.

C’est ce constat qui a amené Michael Seewald à se saisir de ce questionnement en interrogeant le développement dogmatique de l’Église. Son propos ne vise pas à dire ce qui devrait être modifié dans le dogme. Le jeune théologien allemand (il est né en 1987) veut montrer « que la marge de manœuvre allouée aux transformations est bien plus grande que bien des gens le pensent. En effet, l’Église n’est telle qu’elle est aujourd’hui que parce qu’elle a su associer continuité et discontinuité… » Ce qui l’amène à s’intéresser à l’histoire des dogmes et au contexte théologique de leur évolution.

L’évolution du concept de dogme

Michael Seewald commence par s’intéresser au concept de dogme, relevant qu’il est « lui-même le résultat de plusieurs processus de transformation ». En effet, il faudra attendre le XVIe siècle, et les débats théologiques autour de la réforme pour que ce concept désigne la doctrine fiable de l’Église, sachant que « tout ce qui est essentiel à la foi chrétienne ne se trouve pas dans un dogme » (la résurrection de Jésus n’a pas été définie formellement).

Vatican I le définira exclusivement comme « une vérité proclamée par l’Église et dont elle croit qu’elle a été révélée ». Vatican II évite le terme. Celui-ci réapparaît dans le magistère postconciliaire qui étend le sens du dogme en élargissant les prérogatives du pape, comme le montre une lecture serrée de différents textes (Catéchisme de l’Église catholique ; Ordinatio sacerdotalis…).

Maintenir ouvert l’espace du possible

« La perspective de l’histoire conceptuelle rend plus complexe la réflexion théologique, mais la préserve également de traiter ses thématiques en faisant bon marché de cette complexité », relève l’auteur, pour qui « des réflexions sur l’histoire des concepts ne sont pas de simples préliminaires, mais font partie de l’explicitation du contenu que doit tenter la théologie. » Aussi convient-il d’éclairer de la même manière le concept d’évolution quand on parle « d’évolution des dogmes » – une idée qui vient pour l’essentiel du XIXe siècle, et qui fait l’objet de diverses théories théologiques que Michael Seewald passe en revue.

Au terme de son parcours, il constate qu’aucune de ces théories théologiques de l’évolution n’offre une « clef dogmatique universelle » pour dire ce qu’il serait, dans telle situation historique, absolument nécessaire ou impossible de changer. Elles ont « pour tâche de maintenir ouvert l’espace du possible face à ses deux contestations : ce qu’on prétend impossible et ce qu’on prétend nécessaire», conclut-il. Ces théories de l’évolution peuvent en tout cas nourrir « l’espoir que ce qui fut un jour possible ne sera à tout le moins pas impossible à l’avenir », même si rien ne permet d’affirmer que l’Église, qui a pu faire évoluer le dogme par le passé, pourra encore le faire à l’avenir. Un essai théologique original et stimulant.