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Donald Trump assure avoir «le droit absolu» de s'auto-grâcier

Donald Trump, le 31 mai 2018. — Evan Vucci/AP/SIPA

Visiblement Donald Trump ignore tout du concept de séparation des pouvoirs. Il a en effet affirmé lundi avoir le « droit absolu » de s’accorder la grâce présidentielle, tout en assurant n’avoir rien à se reprocher dans l’enquête sur l’ingérence russe. Au-delà du strict débat juridique, Le fait même que le 45e président des Etats-Unis évoque cette hypothèse a suscité une avalanche de réactions indignées et de mises en garde.

D’autant que chaque jour qui passe, Donald Trump s’emploie, avec son entourage, à distiller l’idée que la suite de l'enquête dépend de son bon vouloir et qu’elle ne peut en définitive pas l’atteindre. Affirmant, contre toute évidence, que la nomination du procureur spécial Robert Mueller était « ANTICONSTITUTIONNELLE », il a fait mine lundi dans un tweet de se montrer beau joueur en acceptant que les investigations se poursuivent. « Malgré cela, nous jouons le jeu car, contrairement aux démocrates, je n’ai rien fait de mal ! », a-t-il lancé.

L’enquête sur une éventuelle collusion entre l’équipe de campagne Donald Trump et Moscou ainsi qu’une possible « obstruction de justice » de la part du président américain est une épée de Damoclès sur le mandat du magnat de l’immobilier.

« Comme cela a été stipulé par de nombreux spécialistes du droit, j’ai le droit absolu de me GRACIER, mais pourquoi le ferais-je alors que je n’ai rien à me reprocher ? », a écrit le président dans un tweet matinal, avec le style volontiers provocateur qu’il affectionne.

« Si j’étais président des Etats-Unis et qu’un avocat me disait que je peux me gracier moi-même, je pense que je prendrais un nouvel avocat », a rétorqué, ironique, le sénateur républicain Chuck Grassley.

Dimanche, l’un des avocats du président américain, Rudy Giuliani, avait déjà évoqué la possibilité théorique d’une grâce du président pour lui-même, tout en assurant que Donald Trump n’en avait pas l’intention et en reconnaissant que les conséquences politiques d’une telle décision pourraient être lourdes. « Gracier d’autres personnes est une chose, se gracier soi-même en est une autre », a-t-il souligné.

Selon la Constitution, le président a un pouvoir discrétionnaire pour accorder une grâce, sauf lorsque celle-ci sert à stopper une procédure de destitution en cours au Congrès.

Chris Christie, ancien gouverneur du New Jersey et proche de Donald Trump, avait immédiatement et catégoriquement écarté une telle hypothèse : « Si le président se graciait, il serait destitué ». Preet Bharara, comme Rudy Giuliani un ancien procureur à New York, avait jugé cette éventualité « scandaleuse ».

Ses détracteurs accusent le président de chercher à envoyer un message à ses proches inculpés par Robert Mueller - parmi lesquels Paul Manafort, son ancien directeur de campagne - sur le thème : ne vous inquiétez pas, je pourrai user de mon droit de grâce le moment venu.

>> A lire aussi : Trump accuse la CIA d'avoir tenté d'infiltrer son équipe de campagne

Pour Jonathan Turley, professeur de droit constitutionnel à l’université George Washington, le président a effectivement le droit à « l’auto-pardon ». Cependant, ajoute-t-il aussitôt, un tel acte serait « ignoble et auto-destructeur ». Il pourrait, estime-t-il, potentiellement servir de base à une procédure de destitution (connue en anglais sous le nom d'« impeachment ») même si cela soulèverait, en cascade, d’épineuses questions juridiques.

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