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EELV : les quatre défis qui attendent la future cheffe des Verts

Le casting est quasiment bouclé, mais le scénario reste à écrire. Le 10 décembre, date officielle du congrès d’EELV, les Verts auront une nouvelle secrétaire nationale. Et il est fort probable, sinon certain, qu’il s’agira de Marine Tondelier, actuelle trésorière et élue d’opposition à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), dirigée par le RN. La motion qu’elle portait a rassemblé les suffrages de 47 % des militants ayant voté au congrès décentralisé le 26 novembre, contre 18 % en faveur de Sophie Bussière, une proche de Yannick Jadot, et 13,5 % pour Mélissa Camara, lieutenante de Sandrine Rousseau. Mais quelle qu’elle soit, la future cheffe aura la lourde tâche de rénover un parti dont le dernier candidat à la présidentielle, qui visait le leadership à gauche, n’a pas dépassé la barre des 5 %.

Définir une ligne que la primaire n’avait pas su déterminer

Jadot ou Rousseau ? Rousseau ou Jadot ? Depuis un an et demi, voilà le résumé des débats chez EELV : la « radicalité » de la députée de Paris ou le « pragmatisme » du parlementaire européen ? En septembre 2021, une primaire ouverte – à laquelle 100 000 sympathisants ont participé – devait théoriquement régler la question. Le score très serré (51 % en faveur de Yannick Jadot) et une campagne présidentielle calamiteuse ont finalement aggravé la fracture.

On pouvait penser que le match allait se rejouer à l’occasion du congrès, où aucun des deux ne pouvait être candidat. Mélissa Camara portait donc les couleurs de l’aile rousseauiste et Sophie Bussière celles du camp jadotiste. Et aucune des deux ne sera la future secré­taire nationale : les adhérents – comme depuis plus de dix ans – ont choisi une voie centrale incarnée par Marine Tondelier. Une ligne de gauche « en opposition avec le capitalisme » mais interrogative sur la Nupes. Rien ne dit que le débat soit tranché, puisque la base militante fait un tout autre choix que l’électorat.

Construire « le grand parti de l’écologie »

3 000 adhérents en 2017, 11 000 aujourd’hui mais seulement 5 600 lors du vote des militants au premier tour du congrès. Bien loin de ce que pourrait espérer le parti qui revendique le monopole de l’écologie. D’où la nécessité de « refonder » un parti que certains jugent ankylosé par son fonctionnement. Ils estiment que 80 % du temps des adhérents est occupé à des considérations internes. « Nous devons réenchanter le plaisir de militer », assure Marine Tondelier, qui veut redéfinir les statuts d’EELV. Un projet qui fait plutôt consensus : « Si on continue comme ça, on restera un petit parti. L’écologie politique a du mal à se faire entendre : on parle aux CSP+ des grandes villes », affirme Sophie Bussière. Et Hélène Hardy, autre candidate au congrès, d’abonder : « Nous devons dégager des moyens dédiés pour nous implanter dans les quartiers populaires et la ruralité. Et cela suppose de revoir la priorisation de nos revendications en partant des besoins concrets. » Mais la refonte, via un pôle écolo mort-né, était déjà l’objectif affiché par les prédécesseurs de Marine Tondelier, dont elle est l’héritière. « Espérons qu’elle tire l’expérience de ce qui n’a pas été fait et qu’elle le fasse vraiment », raille un cadre. Des « états généraux » se tiendront dans les mois à venir avec un objectif ambitieux brandi par Marine Tondelier : « Un million de sympathisants d’ici à la fin du quinquennat. »

Retrouver une expression collective

Les écologistes ont du mal à passer le mur du son médiatique. Auparavant, ils pouvaient compter sur des figures nationales telles que Cécile Duflot, Dominique Voynet, Noël Mamère ou encore José Bové. Aujourd’hui, ils ne peuvent tabler que sur Yannick Jadot et Sandrine Rousseau, les deux solistes de la bande. De quoi, au vu des lignes défendues, créer de la cacophonie. « L’individualisme est un poison pour les partis alors qu’on vit ensemble ou on meurt ensemble », dénonce Marine Tondelier, qui n’en peut plus de la « twitterisation de la vie politique ». Les dernières séquences – entre la polémique autour des barbecues et l’affaire Bayou – n’ont pas aidé les écologistes à être audibles. « Il y a, chez nous, un manque de lucidité collective. Les gens sont dans une merde noire et on n’est pas foutu de parler des vrais problèmes », s’énerve David Cormand, ancien secrétaire national. Avec l’arrivée d’une nouvelle génération, les Verts espèrent faire émerger d’autres cadres, à l’instar des étoiles montantes Marie-Charlotte Garin (députée) ou Mélanie Vogel (sénatrice).

Clarifier le rapport à laNupes

Simple accord électoral ou coalition de long terme ? Les Verts devront trancher : comment perçoivent-ils la Nupes ? Ils étaient pourtant parmi ses plus fervents défenseurs en mai dernier, condition à la reconstitution de leur groupe à l’Assemblée. Mais certains prennent désormais leurs distances, comme la future secrétaire nationale, qui présentait pourtant la convention de la Nupes. « Pour que la coalition soit forte, tout le monde doit être fort : laissez-nous cultiver notre jardin », assure celle qui veut une nouvelle gouvernance. David Cormand considère qu’il s’agit d’une « coalition à durée déterminée », Sophie Bussière pense que « l’écologie doit être la matrice de la recomposition de la gauche ».

« Tondelier s’enferme dans une absence de dialogue avec l’extérieur comme si nous avions raison seuls… » se lamente un poids lourd du parti. Deux candidates au congrès voudraient en revanche approfondir l’accord avec le reste de la gauche : Mélissa Camara et Hélène Hardy. Mais seule la première ouvre la porte à une liste commune pour les européennes. Il semble donc quasiment acté qu’EELV partira, en 2024, avec une liste autonome, en raison d’un scrutin à la proportionnelle. « Il n’est pas possible d’être un parti écologiste singulier qui ne met pas de bulletin vert dans ce genre d’élection », tranche Marine Tondelier.