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Elle œuvre depuis 20 ans à la candidature nîmoise au Patrimoine mondial, Mary Bourgade, "la petite main" de l’Unesco

L'INVITEE Le 19 septembre, la Maison Carrée de Nîmes a rejoint la liste des 1199 biens inscrits au Patrimoine mondial de l’Unesco. Ce jour-là, le maire Jean-Paul Fournier n’a pas retenu ses larmes, ému de voir près de 20 ans de travail récompensé par cette reconnaissance internationale. Ce succès, c’est aussi celui de son adjointe au Patrimoine, Mary Bourgade, qui a fait preuve de ténacité dans ce long processus.

Un bouquet de fleurs trône sur son bureau, en mairie de Nîmes. Cinq roses magnifiques. "C’est une dame qui voulait me remercier m’a-t-elle dit. C’est très touchant, finalement la plus belle récompense. Comme les messages que beaucoup de Nîmois m’adressent, dans la rue, dans les commerces, depuis notre retour de Riyad", sourit Mary Bourgade.

Riyad, en Arabie saoudite, c’est là où la ville de Nîmes a reçu une reconnaissance internationale. La plus prestigieuse. Le 19 septembre, le Comité de l’Unesco a officiellement établi la valeur universelle exceptionnelle de sa Maison Carrée et a validé son inscription sur la liste des biens reconnus au Patrimoine mondial de l’Humanité. L’événement a même fait verser de chaudes larmes au maire Jean-Paul Fournier au moment de son discours. "C’est une immense nouvelle qui nous apporte beaucoup d’émotion et de fierté", sanglote-t-il alors.

Le 19 septembre au soir, la Maison Carrée s'est illuminée aux couleurs de l'Unesco.
Le 19 septembre au soir, la Maison Carrée s'est illuminée aux couleurs de l'Unesco. Midi Libre - MiKAEL ANISSET

La face cachée de l'iceberg

C’est Mary Bourgade, son adjointe déléguée au Patrimoine antique et à la candidature Unesco, qui l’a réconforté et aidé à aller au bout de son propos. Un symbole du binôme qu’ils ont formé pendant tant d’années pour atteindre leur Graal. L’édile dans la lumière lorsqu’il fallait défendre et porter avec conviction le projet sur les scènes internationales, l’adjointe dans l’ombre des centaines de réunions de travail.

"Mary, c’est la cheville ouvrière, la face cachée de l’iceberg", résume son ami, l’élu régional Henry Brun. "Elle a porté l’affaire de bout en bout, toujours avec optimisme, sérénité et ténacité. Avec la confiance de tous les élus, à commencer par le maire", ajoute l’ancien parlementaire Yves Dauge, qui a présidé l’Association nationale des Biens Français du Patrimoine Mondial et, à ce titre, a apporté son expérience au dossier nîmois.

Un échec et ça repart...

Mary Bourgade elle-même revendique ce rôle de "petite main". "Cela ne m’a pas dérangé d’être dans l’ombre. J’ai pris beaucoup de plaisir pendant toutes ces années, malgré l’important travail que cela a réclamé. C’était beaucoup de relationnels, de rencontres avec des gens délicieux, de diplomatie... ", relate-t-elle. Et d’abnégation, tant une inscription à l’Unesco est aujourd’hui un long, très long marathon, où les efforts ne sont pas toujours récompensés. La délégation nîmoise l’a appris à ses dépens, lorsque le premier dossier présenté en2018, avec l’objectif d’inscrire l’ensemble des monuments antiques nîmois, a été recalé.

Mary Bourgade, dans son bureau de la mairie de Nîmes, devant le dossier de candidature de 500 pages.
Mary Bourgade, dans son bureau de la mairie de Nîmes, devant le dossier de candidature de 500 pages. Midi Libre - MiKAEL ANISSET

"C’était injuste, car basé sur le rapport d’experts qui n’avaient rien compris à la démarche", évalue aujourd’hui Yves Dauge. "Peut-être que le dossier manquait un peu de technicité, mais il n’était pas mauvais. Il y a eu surtout des questions de géopolitique contre lesquelles il était difficile de lutter", ose Henry Brin. Les deux évoquent surtout la réaction de Mary Bourgade.  "Elle avait mal vécu cet échec, tant elle est s’était donnée corps et âme. Mais elle a une qualité que les politiques n’ont pas toujours, elle a l’écoute et sait se remettre en question pour aller de l’avant. Elle a accepté de changer de stratégie pour recentrer la candidature sur la seule Maison Carrée", se souvient encore Henry Brin. L’intéressée confirme : "Je n’ai pas eu une seule seconde envie de baisser les bras. Il suffisait que j’aie le maire avec moi et c’était reparti".

D’une réunion Tupperware...

"Elle est opiniatre, très tenace. Il ne fallait pas abandonner, ne rien lâcher, ce qu’elle a fait avec beaucoup de passion. Lui confier ce rôle, c’était pour moi une évidence et je ne peux que me féliciter d’avoir travaillé avec Mary tout au long de ces années", salue de son côté Jean-Paul Fournier.

Ce long compagnonnage a débuté au cours d’une réunion... "Tupperware", dans les années 90. Mary Bourgade, qui travaillait alors dans les assurances, n’avait jusque-là pas été titillée par la politique. "J’étais Gaulliste par mon père, certes, mais je n’avais jamais imaginé m’engager", assure-t-elle. Mais en pleine campagne des cantonales, une voisine lui propose de venir discuter, chez elle, avec le candidat Fournier, qui faisait le tour des appartements. "Ce soir-là, il a parlé patrimoine, un sujet sur lequel il avait travaillé aux côtés de Jean Bousquet. Quelques jours plus tard, j’adhérais au RPR", rembobine-t-elle.

Mary Bourgade effectue un premier mandat, entre 1995 et 2001, dans l’opposition. Et quand son mentor décide de briguer la mairie en 2001, elle le suit sans sourciller. "D’autant qu’il m’a proposé de m’occuper du secteur sauvegardé". Au cours de ces premières années d’élue, Mary Bourgade lance la rénovation du centre historique, avec le succès que l’on sait aujourd’hui. Un important travail est mené, aussi, sur le ravalement des façades. "On avait la possibilité de contraindre, on a préféré prendre le temps de convaincre", dit-elle, méthode qu’elle privilégie aujourd’hui encore. Surtout, "premier exploit", elle fait valider le dossier du plan de sauvegarde et de mise en valeur du secteur sauvegardé.

Une ambition Unesco dès 2001

Le président de la commission nationale, c’était Yves Dauge. "On a rapidement proposé à Mary d’intégrer nos travaux. Elle a fait sa place avec une certaine discrétion, avec humilité, mais une présence assidue. Auprès des membres, qui ont tous une expertise exceptionnelle, petit à petit, elle s’est fait une culture sur la question patrimoniale", se remémore-t-il. C’est auprès de ces sommités que Mary Bourgade affine un autre projet, partagé avec Jean-Paul Fournier dès 2001 : l’inscription à l’Unesco. "On a d’abord pensé à un dossier centré sur les villes antiques de la Narbonnaise et leur territoire. Puis, une extension de l’inscription du Pont du Gard". Las, le ministère de la Culture, qui porte les candidatures à l’Unesco au nom de la France, est peu convaincu.

Mais Mary Bourgade, comme Jean-Paul Fournier, n’est pas du genre à renoncer. "Mes grands-parents étaient paysans, protestants et cévenols", justifie la native d’Anduze avec le sourire. Autrement dit, son ADN, c’est le travail, l’abnégation, la persévérance. "J’y ai ajouté la passion et la patience". Et "la chance", mais en était-ce vraiment, d’être réélus trois fois pour aller jusqu’au bout de l’aventure.

L'adhésion des Nîmois

Il fallait bien tout cela pour devenir l’égal du Taj Mahal, du château de Versailles ou du Panthéon de Rome. Et des talents de persuasion. "Une candidature au Patrimoine mondial, c’est beaucoup de réunions avec les comités scientifiques, techniques, pour prouver la valeur universelle du bien, élaborer un plan de gestion... Mais il faut aussi faire comprendre à l’Unesco que le projet est porté par la population. Et ça, Mary l’a parfaitement réussi et a fait adhérer les Nîmois", assure Yves Dauge. L’élue confirme les rencontres avec les comités de quartier, les commerçants, les entreprises, les clubs de sport... et les écoles, pour transmettre aux enfants l’importance de préserver ce patrimoine.

Elle surprend chaque jour, cette Maison Carrée, officiellement devenue un bien du Patrimoine mondial de l'Unesco.
Elle surprend chaque jour, cette Maison Carrée, officiellement devenue un bien du Patrimoine mondial de l'Unesco. Midi Libre - MiKAEL ANISSET

"Ma chère, tu es inscrite..."

Mary Bourgade aime à dire, d’ailleurs, que cette inscription est d’abord la victoire des Nîmois. Et de la Maison Carrée elle-même, qui arrive à la surprendre, aujourd’hui encore. "Selon la lumière, l’endroit d’où on l’admire, elle est chaque fois différente. Je la prends même souvent en photo". Au retour de Riyad, elle lui a même parlé. "J’étais rue Molière, elle était face à moi, et je lui ai annoncé : ma chère, tu es désormais inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco ». L’objectif d’une vie politique. Sa modestie, reconnue de tous ceux qui la connaisse, dût-elle en souffrir, Mary Bourgade laisse à son tour une trace importante dans la si riche histoire nîmoise.

Son actu en 3 infos

1- L'inscription, enfin

Malgré un patrimoine antique important, l’un des mieux conservés au monde, la ville de Nîmes n’avait jusque-là jamais été inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco.Cette injustice est réparée et la Maison Carrée a ainsi rejoint, le 19 septembre, le Pont du Gard, les monuments et romains d’Arles mais aussi le Taj Mahal, l’acropole d’Athènes, les canaux de Venise, le Machu Picchu ou encore les pyramides de Gizeh. Le fruit d’un long, très long travail, pilote par Mary Bourgade depuis des années.

2- La rénovation des arènes et du patrimoine antique

Parallèlement au travail d’inscription de la Maison Carrée, Mary Bourgade veille depuis 2009, sur l’autre emblématique monument antique du patrimoine nîmois : les arènes. Leur restauration, réalisée travée par travée, doit s’achever en 2034. L’objectif est de redonner une jeunesse à ces pierres bimillénaires, mais aussi de protéger l’amphithéâtre des eaux de pluie. Le coût total, 54 M€, en fait "le deuxième chantier de restauration le plus important de France derrière la cathédrale Notre-Dame". L’élue veut aussi lancer la restauration de la Porte de France, du castellum aquae, point d’arrivée de l’aqueduc de Nîmes, voire ouvrir la porte d’Auguste au public.

3- Coopération

Elle l’a déjà dit : ce mandat sera son dernier. Pour autant, à 70 ans, Mary Bourgade veut à son tour faire partager cette riche expérience d’inscription au Patrimoine mondial. Elle s’est ainsi engagée dans un travail de coopération internationale pour accompagner la candidature de la petite ville libanaise de Menjez, qui possède aussi un temple romain, mais également 87 autres sites culturels.