“L’ennemi juré de l’Angleterre, l’un des plus grands joueurs de tous les temps” est mort. Ou plutôt, désormais, “entre les mains de Dieu”, comme le titre The Sun (et de nombreux autres journaux britanniques), jeudi 26 novembre. Une référence explicite au traumatisme de la Coupe du Monde 1986. Au but inscrit par Diego Maradona (“la main de Dieu”), en quart de finale de la compétition contre les Anglais, et reproduit en une du tabloïd londonien. Un résumé, aussi, de l’ambivalence, du mélange de rancœur et d’admiration à l’égard de la “légende” argentine, outre-Manche.

À l’occasion de son décès, The Times a même ressorti le carton d’archives. Pour en extraire le compte rendu du match, publié le 23 juin 1986. À l’ire des supporters anglais et du sélectionneur Bobby Robson, le journaliste David Miller répondait sans hésitation, et avec fair-play : “Je ne souscris pas aux accusations de tricherie.” Pour lui, aucun doute, la main du numéro 10 argentin “est compensée par son deuxième but : une merveille réalisée en solo, qui résume tout son talent. On ne peut pas être un tricheur lorsqu’il faut trois hommes ou parfois quatre pour tenter de vous arrêter”.

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L’argument selon lequel, sans cette “décision injuste de l’arbitre”, l’Angleterre “serait en demi-finale est ténu : la meilleure équipe a gagné”, insiste David Miller.

Ce n’était pas plus dérangeant de voir Maradona toucher la balle comme il l’a fait que par exemple de voir [le défenseur] Terry Fenwick lui flanquer un coup de coude au visage seulement 9 minutes après avoir reçu un carton jaune pour une faute commise contre le joueur argentin. La tricherie prend plusieurs formes.”

“Se montrer obsédé par cette mauvaise décision de l’arbitre — et au vu de sa position sur le terrain, n’importe quel autre arbitre aurait pris la même — c’est faire abstraction de toutes les autres raisons qui expliquent la défaite de l’Angleterre”, insiste le journaliste. Trente-quatre ans plus tard, l’ancien chef des sports du Times signe même un article dans The Daily Telegraph, ce jeudi, pour le réitérer :L’Angleterre a été bel et bien battue et sa réaction larmoyante n’était qu’un simulacre”.

Reste que pour certains, à l’image du tabloïd Daily Star, le souvenir reste douloureux. Quitte, plutôt que de rendre hommage à Maradona, à se demander en une, tout en finesse, avec (beaucoup) moins de fair-play : “Où était la VAR [arbitrage vidéo] lorsqu’on en avait le plus besoin ?” De son côté, écrivant dans le Daily Mail, le gardien anglais de l’époque Peter Shilton assure ne l’avoir toujours pas pardonné.

Ce qui ne me plaît pas, c’est qu’il ne se soit jamais excusé. À aucun moment il n’a reconnu qu’il avait triché et qu’il aimerait dire pardon. Apparemment, il y avait de la grandeur en lui, mais hélas il n’était pas très beau joueur.”