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En 2020, les chefs d'entreprise plus pessimistes que jamais

En deux ans, le moral des décideurs économiques s'est effondré, passant d'un optimisme record aux tréfonds du pessimisme : c'est la conclusion de la dernière édition du «Global CEO Survey» du cabinet PwC, publié ce mardi, et qui s'attache à estimer la confiance des chefs d'entreprise dans le monde. Cette année, le moral n'est pas au beau fixe, loin de là : «la route est plongée dans l'incertitude», et cette dernière «pèse sur la croissance». L'étude a été réalisée en interrogeant 1600 dirigeants dans 83 pays, en septembre et octobre dernier. Ses résultats sont dévoilés en marge du Forum économique mondial de Davos (WEF).

En deux ans, «le pourcentage de PDG qui pensent que la croissance du PIB mondial va diminuer a décuplé», relève PwC, passant ainsi de 5% à 53%. 22% seulement d'entre eux s'attendent à ce que la croissance mondiale augmente dans les douze prochains mois, une proportion en fort recul par rapport aux 57% de 2018. L'étude pointe un «niveau record de pessimisme», un renversement «dramatique» en seulement deux ans, et ce malgré des indicateurs économiques qui restent au beau fixe. Ce paradoxe apparent s'explique par «l'incertitude qui plane sur la prise de décision sur pratiquement tous les fronts», souligne PwC.

Evolution des réponses des CEO PwC

De surcroît, le regain de pessimisme se ressent sur l'ensemble du globe, souligne PwC : il ne s'agit donc pas d'une tendance locale ou instantanée, mais d'une dégradation durable et progressive du moral des décideurs. Ainsi, 63% des chefs d'entreprise d'Amérique du nord estiment que la croissance va se dégrader cette année, contre 59% des leaders en Europe de l'ouest. A l'inverse, les décideurs africains et asiatiques sont plus optimistes que leurs homologues d'autres régions : plus d'un tiers des chefs d'entreprise de la zone Asie-Pacifique s'attendent à un renforcement de la croissance dans les douze prochains mois, contre 18% des Européens, à titre de comparaison. Le renversement est spectaculaire en Amérique du nord où, deux ans auparavant, la même proportion de dirigeants, soit 63% d'entre eux, disait s'attendre à une amélioration de la conjoncture.

S'ils se montrent légèrement plus optimistes quant aux perspectives de leur propre entreprise dans les trois prochaines années, les PDG restent pour le moins méfiants, et scrutent de près les bouleversements géopolitiques comme la guerre commerciale sino-américaine.

Cette année, les dirigeants se disent principalement inquiets de la surabondance de règles, des conflits commerciaux, de l'incertitude qui entoure la conjoncture mondiale, des cyber-menaces et de l'incertitude qui entoure les choix politiques des gouvernements. Le protectionnisme est également cité par plus d'un quart d'entre eux, de même que le populisme. Le changement climatique arrive en 11ème position, cité par 24% des personnes interrogées (en progression de 5 points de pourcentage en un an). «Le changement climatique occupe une place de plus en plus centrale dans les agendas des dirigeants», explique PwC. Des disparités locales subsistent toutefois : les dirigeants nord-américains s'inquiètent plus des cyberattaques, les européens de la surabondance de réglementations, et les asiatiques des conflits commerciaux. Les dirigeants d'Amérique latine, de leur côté, citent davantage le populisme et l'instabilité politique.

En France, l'incertitude retrouve son niveau de 2009

Plus spécifiquement, 51% des dirigeants français s'attendent à voir le PIB mondial chuter en 2020, une proportion légèrement en deçà de la moyenne mondiale (53%). Cette année, le pessimisme des dirigeants continue de grandir et atteint un plus bas niveau comparable à 2009, au moment de la crise des subprimes», explique le président de PwC en France, Bernard Gainnier, dans un communiqué. Il analyse par ailleurs le faible niveau de la confiance en France par des «conséquences politiques et sociétales encore mal comprises», la question climatique, la politique de taux d'intérêt bas, le «vieillissement de la population», ou encore la «montée des inégalités». Autant de bouleversements qui peuvent perturber les entreprises et modifier en profondeur leur stratégie. «Le prisme unique de la création de valeur au profit du seul actionnaire est remis en cause», relève Bernard Gainnier.

En outre, la proportion de chefs d'entreprise se méfiant des menaces numérique a augmenté, passant de 35%, en 2008, à 44% dix ans plus tard. Le réchauffement climatique est également regardé avec attention, mais les dirigeants français voient désormais moins d'opportunités économiques dans ce dossier qu'il y a dix ans, contrairement à leurs homologues d'autres nations : en Chine, ainsi, près de la moitié des personnes interrogées (47%) estiment que le changement climatique va engendrer de nouvelles opportunités économiques, contre 2% seulement il y a dix ans. À titre de comparaison, ces chiffres sont passés, pour la France, de 32% en 2010 à 28% aujourd'hui. Les baisses européennes peuvent s'expliquer par le fait que ces pays et leurs entreprises étaient en pointe dans le dossier climatique, et ont donc profité plus tôt des opportunités y étant liées.

Evolution des perceptions liées à la question climatique PwC

Ce mardi, les conférence du forum économique de Davos ont été l'occasion de voir une opposition entre deux visions du futur de l'économie mondiale, l'une optimiste, l'autre pessimiste. La première a été présentée par le président des États-Unis, Donald Trump, qui a fustigé les «prophètes de l’apocalypse» et a longuement vanté le «modèle américain» et la réussite de son pays. En face, l'activiste et militante pour le climat Greta Thunberg a estimé que «rien n'a été fait pour le climat», et que les grands discours n'avaient pas suffi à occulter une situation qui restait catastrophique. «Notre maison brûle toujours», a-t-elle asséné.