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En Bosnie-Herzégovine, un scrutin marqué par la défaite de figures nationalistes

« C’est un moment historique. Pour la première fois, la Bosnie-Herzégovine a deux présidents sur trois qui ne sont pas membres des partis ethno-nationalistes. » Le leader du Parti social-démocrate bosnien, Nermin Nikšić, a célébré dimanche 2 octobre, au cours de la soirée des élections, la défaite des deux candidats nationalistes dans la course pour la présidence tripartite.

Les citoyens de Bosnie-Herzégovine étaient appelés aux urnes pour choisir leurs représentants au niveau national comme à ceux des deux entités du pays et des cantons, soit les élus de quatorze parlements et gouvernements de ce complexe millefeuille institutionnel. Mais ces élections ont aussi été marquées par l’annonce, le soir même du scrutin, d’une réforme électorale imposée par Christian Schmidt, le haut représentant international issu des accords de paix de Dayton (1995) qui ont mis fin à la guerre.

► Y a-t-il un recul du nationalisme en Bosnie ?

Certes, deux représentants progressistes et partisans d’une Bosnie « citoyenne » ont remporté la course pour la présidence tripartite – composée, depuis Dayton, d’un Bosniaque, d’un Serbe et d’un Croate. Le candidat social-démocrate bosniaque Denis Bećirović a battu le nationaliste Bakir Izetbegović, élu pour la première fois en 2006.

Du côté croate, le président sortant Željko Komsić, à la tête d’un mouvement multiethnique, s’est imposé sur la nationaliste Borjana Krišto, tandis que chez les Serbes la candidate nationaliste Željka Cvijanović sera la première femme élue à la présidence tripartite dans l’histoire de la Bosnie-Herzégovine.

Mais pour savoir si les nationalistes ont vraiment perdu du terrain, il faudra attendre que l’ensemble des gouvernements soient formés à tous les niveaux. Dans l’entité à majorité serbe du pays, la Republika Srpska (RS), Milorad Dodik, au pouvoir depuis 1998, a remporté de justesse l’élection à la présidence.

► Pourquoi imposer une réforme de la loi électorale au même moment ?

L’autre entité qui compose la Bosnie, la Fédération croato-bosniaque, n’a plus de gouvernement depuis quatre ans en raison de différends persistants sur une réforme de la loi électorale. Le haut représentant Christian Schmidt, en fonction depuis 2021, a imposé une réforme qu’il a jugée indispensable pour la stabilité du pays et qui change notamment la façon de composer le gouvernement de la Fédération.

Problème : il est accusé d’avoir cédé aux demandes des nationalistes croates. Ces derniers ont mené un intense lobbying pour ethniciser plus encore le scrutin en réservant aux seuls Croates la possibilité d’élire le président croate. Le premier ministre de la Croatie voisine, Andrej Plenković, a d’ailleurs d’emblée salué cette décision tandis que la représentation de l’Union européenne à Sarajevo a pris ses distances, soulignant que le haut représentant a décidé « seul ».

► Ces élections marquent-elles la fin de l’instabilité ?

Bien que la Bosnie-Herzégovine ait pu organiser dans le calme, pour la neuvième fois consécutive, des élections générales sur l’ensemble de son territoire, la décision du haut représentant de modifier les règles du jeu le soir du scrutin tend à décrédibiliser le processus électoral et renvoie l’image d’une Bosnie instable. De plus, Milorad Dodik n’a pas quitté la scène et les nationalistes croates ont obtenu, au moins en partie, ce qu’ils voulaient : la réforme de la loi électorale.