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En Chine, la politique “zéro Covid” tue

“Dès que l’on prend un peu de recul sur la politique ‘zéro Covid’, son absurdité est complètement mise à nu. Trop de tragédies le montrent”, écrit Deng Yuwen dans le média en ligne hongkongais Duan Chuanmei (The Initium). Émigré depuis peu aux États-Unis, ce chroniqueur indépendant, ex-éditeur de la revue Xuexi Shibao de l’école centrale du Parti communiste chinois, ajoute : “[Cette politique] n’a été qualifiée de ‘bonne’ que du fait de l’insistance de Xi Jinping.”

Des interrogations sur la pertinence de la politique sanitaire apparaissent également à l’intérieur de l’empire du Milieu. Le 24 septembre, sur Weibo, Hu Xijin, ancien rédacteur en chef du journal nationaliste Huanqiu Shibao, invitait les épidémiologistes à exprimer davantage leurs doutes. “Que se passe-t-il dans certaines petites villes et villes moyennes où le confinement peut durer plus d’un mois ? Est-ce le prix à payer pour contrôler l’épidémie ? Si l’épidémie continue, cela signifie-t-il qu’il est inévitable que nous soyons régulièrement en confinement ou semi-confinement de grande envergure ?”

La radio Australian Broadcasting Corporation (ABC) rappelle que “des reportages ont fait état de pénuries de nourriture, de médicaments et de services médiaux” dans de nombreuses villes, comme à Shanghai, à Chengdu (Sichuan), à Shenzhen, au Xinjiang. “Même si la colère de la population, jusqu’à présent, n’a pas suffi à contraindre le gouvernement à mettre fin à la politique ‘zéro Covid’, elle continue de croître”, affirme ABC.

Si le confinement de deux mois à Shanghai a eu un écho international, des petites villes comme Ruili, dans le Yunnan, dans le sud-ouest du pays (qui a subi neuf périodes de confinement en deux ans), ou Dandong, dans la province du Liaoning, dans le nord-est (où le confinement a duré plusieurs mois), ont du mal à faire entendre leur détresse.

Le cri des Chinois

L’indignation des Chinois est arrivée à son comble le 18 septembre, quand est survenu en pleine nuit un accident de bus qui a causé la mort de 27 passagers. Le véhicule transférait 47 habitants cas contacts de Guiyang vers un lieu de confinement situé à 260 kilomètres de la capitale du Guizhou, rappelle le magazine économique Caixin.

Bien que la majorité de la presse chinoise demeure silencieuse, sur les réseaux sociaux, les réactions d’internautes sont houleuses. Sur WeChat, Gao Yu, rédacteur en chef adjoint de Caixin, se laisse emporter par sa colère, notant qu’aucun habitant de Guiyang n’est mort d’Omicron. Gao appelle à “s’opposer résolument aux tests PCR universels, à la politique ‘zéro Covid’, et à la fermeture du pays”.

Des internautes, comme lui, veulent réveiller la majorité silencieuse. Le site sino-américain China Digital Times cite certains des commentaires : “Nous tous sommes dans ce sinistre bus” ; “Qu’est-ce qui vous fait penser qu’un jour vous ne serez pas dans ce bus matinal ?”

Avant le 20e Congrès du Parti communiste chinois, qui débutera le 16 octobre à Pékin, un signe laisse présager un changement de politique, selon plusieurs médias. Le 26 septembre, lors de l’inauguration de l’Institut de virologie de Shanghai, le virologue Guan Yi, étiqueté par des Chinois comme une figure “antipolitique ‘zéro Covid’”, a été nommé premier directeur de l’institut. Le journal singapourien Lianhe Zaobao rappelle que Guan Yi “avait disparu de l’espace public” en novembre 2021 après avoir donné une interview à la télévision hongkongaise Phoenix TV, en appelant à “ne pas faire massivement des tests PCR à tout bout de champ”. La réapparition du virologue est-elle le signe que le temps est venu d’assouplir la politique “zéro Covid” ?