France

En France, une capitalisation balbutiante

Les bénéficiaires d’une retraite par capitalisation se sont partagé 6,6 milliards d’euros en 2017 (dernier chiffre connu). Le montant fait pâle figure face aux 310 milliards d’euros de pensions versés la même année par le système de répartition qui, en France couvre aussi bien le régime de base que les régimes complémentaires. Autrement dit, la retraite par capitalisation en France ne pèse que 2 % des pensions servies actuellement. Un poids bien plus faible que dans la plupart des autres pays.

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La fonction publique d’abord

Historiquement, la capitalisation à la française a d’abord été le fait… des syndicats de la fonction publique. Ce sont eux qui ont été aux manettes pour la création de Préfon en 1964. « L’idée était de permettre que les primes comptent pour la retraite. L’État n’ayant pas voulu d’un mécanisme obligatoire, cela a conduit à créer un système facultatif qui ne pouvait alors passer que par la capitalisation », explique Christian Carrega, directeur général de Préfon, dont les réserves atteignent aujourd’hui 17 milliards d’euros.

En 2004, le régime additionnel de la fonction publique (RAFP) a ajouté une autre couche de capitalisation dans la fonction publique, obligatoire cette fois. Dans le même temps, l’État encourageait la diffusion de produits d’épargne retraite, notamment vers les travailleurs indépendants qui cotisent peu et perçoivent donc une très faible pension du système par répartition.

230 milliards d’euros

La tendance est désormais à l’extension vers le privé. Via leur entreprise ou individuellement, les salariés, notamment les cadres, peuvent ainsi profiter d’un coup de pouce fiscal s’ils acceptent d’épargner des sommes qu’ils ne pourront débloquer qu’une fois à la retraite.

Au total, les sommes capitalisées par les fonctionnaires et les salariés du privé atteignent désormais 230 milliards d’euros. Gérées le plus souvent par des sociétés d’assurance, elles sont investies en fonction de l’appétence des clients pour le risque. « L’expérience montre que la majorité des gens privilégient la sécurité plutôt que le rendement, ce qui conduit donc les gestionnaires à investir davantage en obligations qu’en actions », constate Philippe Dabat, directeur général délégué d’AG2R-La mondiale, l’un des principaux acteurs du marché. « On ne joue pas sa retraite à la Bourse », renchérit Christian Carrega, de Préfon.

« L’épargne retraite au sens strict n’est que la partie émergée du financement de la retraite », souligne toutefois Françoise Kleinbauer, PDG du cabinet de conseil France retraite. Beaucoup de Français utilisent l’assurance vie ou l’immobilier pour s’assurer un complément de revenus au moment de leur retraite ». Une autre forme de capitalisation, hors du spectre de la réforme des retraites.