Le « Portrait d’une dame » avait disparu en 1997 alors que la galerie d’art moderne Ricci-Oddi de la ville de Plaisance était fermée pour travaux.

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Le « Portrait d’une dame », de Gustav Klimt, à Piacenza (Italie), le 17 janvier. Antonio Calanni / AP

C’est un dénouement en forme de point d’interrogation, qui laisse ouvert beaucoup plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Après un peu plus d’un mois d’expertise, les magistrats italiens ont annoncé lors d’une conférence de presse, qui s’est tenue vendredi 17 janvier, que le tableau retrouvé le 10 décembre dernier par deux jardiniers de la galerie d’art moderne Ricci-Oddi de la ville de Plaisance (Emilie-Romagne), était bel et bien le Portrait d’une dame, du peintre symboliste autrichien Gustav Klimt (1862-1918), qui avait disparu du même endroit en 1997, après un vol jamais élucidé.

« C’est avec une grande émotion que je peux vous dire que le tableau retrouvé est authentique », a déclaré la substitut du procureur Ornella Chicca, lors de la conférence de presse. Aussitôt, Patrizia Barbieri, la maire de la ville, a salué « une nouvelle d’importance historique pour la communauté artistique et culturelle ainsi que pour la ville de Plaisance », remerciant les forces de l’ordre qui, depuis plus de deux décennies, « n’ont jamais arrêté l’enquête ».

La confirmation de l’authenticité de l’œuvre est tout sauf une surprise. En décembre dernier, peu après la découverte, les déclarations du directeur du musée, Massimo Ferrari, laissaient peu de place au doute. Il avait affirmé à la presse qu’il y avait des « signaux positifs » concernant l’authenticité de l’œuvre. Pour une première expertise, « plus que toute autre chose, nous avons regardé l’arrière du tableau car c’est derrière que figurent les sceaux en cire et du plâtre où est apposé le tampon du musée », avait alors expliqué M. Ferrari, en soulignant que l’arrière d’un tableau est « bien plus difficile à reconstituer [que l’avant], même pour des faussaires ».

Le modèle du sac-poubelle date de 2005

L’authentification de l’œuvre, attestée par les experts, ne met pas pour autant fin au mystère. Car tout, dans l’histoire de la disparition de ce tableau, est de nature à intriguer. Selon les enquêteurs, le Klimt a été retrouvé par le plus grand des hasards : deux jardiniers travaillant dans l’enceinte du musée, en voulant dégager du lierre, ont ouvert la porte d’une trappe d’aération, et ont aperçu un gros sac-poubelle noir, qui s’est avéré contenir le tableau, sur son châssis mais sans son cadre. Le chef-d’œuvre volé a-t-il passé plus de deux décennies dans ce petit espace exigu et dans l’enceinte du musée, alors qu’il était recherché dans le monde entier ? C’est difficilement concevable. D’abord en raison de l’excellent état de l’œuvre, qui rend très improbable l’idée qu’il ait été laissé à l’abandon dans un local de ce type. Ensuite, et surtout, parce que le modèle de sac-poubelle à l’intérieur duquel le Portrait d’une dame était emballé n’est apparu sur le marché qu’en 2005, soit huit ans après le cambriolage.

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