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En Turquie, l’homophobie monte encore d’un cran

« Cela s’est déroulé le 23 août. Les deux hommes se sont introduits chez moi et m’ont frappé. Ils ont dit qu’ils étaient chargés de la sécurité du quartier et qu’ils ne voulaient pas de “pédé” chez eux », confie Mahir, 35 ans, originaire d’une ville conservatrice de l’est de la Turquie. Le jeune homme énonce les violences dont il a été victime sans ciller, mais un léger tremblement dans sa voix trahit son émotion.

Depuis un mois, il est traqué par ses agresseurs qui veulent lui extorquer 10 000 livres turques (environ 500 €, NDLR) et lui interdisent l’accès à sa rue. « Je suis allé dans un commissariat, puis chez le procureur pour demander une protection policière, mais on m’a renvoyé vers la cour pénale. Malheureusement, ce type de procédure est habituellement réservé aux femmes et aux enfants, je n’ai donc presque aucune chance de l’obtenir », se désole Mahir qui prépare désormais une demande d’asile en France.

L’homosexualité présentée comme une dégénérescence

Bien que l’homosexualité ne soit pas pénalisée en Turquie, les discours anti-LGBTI + font florès jusqu’au plus haut sommet de l’État. Dans ces propos, l’homosexualité est présentée comme une dégénérescence de la société importée de l’Occident qui viendrait pervertir les sociétés musulmanes. La Marche des fiertés organisée traditionnellement au mois de juin est interdite depuis 2015.

La lutte contre « l’imposition » des idées LGBTI + a été l’un des motifs avancés pour justifier le retrait de la Convention d’Istanbul en mars 2021 (texte du Conseil de l’Europe pour prévenir les violences domestiques, NDLR). « Nous allons mener vers l’avenir non pas une jeunesse LGBT, mais une jeunesse digne de l’histoire glorieuse de cette nation », avait déclaré Recep Tayyip Erdogan en janvier 2021, lors d’un discours à Ankara destiné aux cadres de son parti islamo-conservateur AKP.

Un mouvement de plus en plus organisé

Dimanche 18 septembre, un millier de personnes étaient rassemblées à l’appel d’associations et de confréries religieuses dans un quartier conservateur d’Istanbul pour manifester leurs inquiétudes. « Je suis ici pour dire que les LGBTI + sont l’un des plus gros problèmes de ce pays et dans le monde », explique un homme d’une cinquantaine d’années au microphone de la chaîne de télévision publique TRT. « Que les LGBTI + retirent leurs mains sales de nos enfants », peut-on lire sur les pancartes brandies par la foule au milieu des drapeaux turcs rouge et blanc.

« Il ne s’agit pas de la première mobilisation anti-LGBTI +, mais ce qui change cette fois-ci, c’est le caractère très organisé. Même le RTUK (équivalent du CSA, NDLR) a diffusé la vidéo d’appel à la manifestation qui est passé à la radio et à la TV ! », dénonce l’avocat Kerem Dikmen, coordinateur juridique de l’association Kaosl-GL. « C’est très dangereux. L’homophobie est de toute façon institutionnelle en Turquie, mais cette fois, c’est une pierre de plus à l’édifice », s’inquiète-t-il.

La main présumée du pouvoir

Pour l’analyste politique Kemal Can, la dernière manifestation anti-LGBTI + est encouragée en sous-main par le pouvoir : « Quand on regarde de près les acteurs concernés, on se rend compte qu’ils sont proches du ministre de l’intérieur, Süleyman Soylu, assure-t-il. Les annulations en chaîne de concerts cet été, le retrait de la convention d’Istanbul, l’arrestation de la chanteuse Gülsen (l’artiste surnommée la Madonna turque a été assignée à résidence le 29 août pour deux semaines pour avoir plaisanté sur les lycées religieux, NDLR) pour ses propos dégradants contre les écoles religieuses… il faut lire tout cela comme un tout. Nous sommes à quelques mois des élections, et c’est un moment de la vie politique turque où la politique identitaire est en train de prendre de l’ampleur », conclut-il.