France

En VOD, DVD, en replay ou sur une plate-forme : notre sélection de films à regarder chez soi

Confinement oblige, les salles de cinéma sont toujours fermées. L’occasion de réviser ses classiques ou de faire des rattrapages ou découvertes.

Temps de Lecture 7 min.

« Matthias et Maxime », film de Xavier Dolan. SHAYNE LAVERDIERE

LA LISTE DE LA MATINALE

Découvrir le dernier film de Xavier Dolan si vous ne l’avez pas vu lors de sa sortie, l’année dernière, revoir Fred Astaire et Cyd Charisse dans leur merveilleux pas de deux orchestré par Vincente Minnelli, apprécier le travail très original du jeune réalisateur argentin Eduardo Williams, retrouver Maria Schneider dans une curiosité de Jacques Rivette : telles sont quelques-unes des propositions de la rubrique cinéma du « Monde » pour occuper avec grâce la période actuelle de confinement.

« Matthias et Maxime », le dernier film de Xavier Dolan

Présenté en sélection officielle lors du Festival de Cannes 2019, le huitième long-métrage de Xavier Dolan est le film le plus tendre et le plus touchant de son auteur. Comme si le cinéaste, une fois atteint l’âge de 30 ans, avait su apprivoiser ses peurs, faire taire les cris, et laisser enfin la douceur prendre le dessus. Matthias et Maxime met en scène l’heure des choix (professionnels, sentimentaux, identitaires) à laquelle sont arrivés les deux jeunes hommes dont les prénoms font le titre du film. Matthias (Gabriel D’Almeida Freitas), en couple depuis quelques années avec Sarah (Marilyn Castonguay), est employé dans une firme prestigieuse et Maxime (Xavier Dolan), barman, célibataire, en charge d’une mère asphyxiante (Anne Dorval), s’apprête à quitter le Canada pour l’Australie.

Ces deux-là s’aiment aussi profondément que des frères depuis l’enfance. Un lien qu’un baiser échangé pour les besoins d’un court-métrage va cependant faire vaciller, créant un trouble en chacun d’eux auquel ils n’étaient pas préparés. Xavier Dolan filme la confrontation de classe et la cristallisation amoureuse sur un rythme accéléré qui n’abandonne pourtant rien au passage. Ni la pagaille des réunions amicales et familiales ni la dérive des personnages dans les rues de Montréal, et encore moins les émotions qui traversent un visage, une étreinte, un échange. Véronique Cauhapé

« Matthias et Maxime », sur UniversCiné, offre spéciale confinement 0,99 €.

« The Human Surge », d’Eduardo Williams en VoD

Récompensé en 2016 au Festival de Locarno, remarqué ensuite dans le monde entier, le premier long-métrage d’Eduardo Williams, jeune cinéaste argentin né en 1987, ne passera malheureusement pas par les salles françaises, mais sort directement sur la plate-forme VoD de son distributeur, Shellac. Si son travail original sur l’image (mélange de pellicule et de digital) appelait le grand écran, sa diffusion en ligne ne convient peut-être pas si mal à ce film énigmatique, qui explore ce rapport au monde très contemporain qu’est la connexion numérique. Il orchestre un relais entre trois personnages – un Argentin, un Mozambicain et une Philippine – qui ont en commun d’être jeunes et de délaisser leur environnement au profit des réseaux. Face à un monde du travail désaffecté, ils vont et viennent à la recherche d’un signal de connexion récalcitrant, de ce frisson toujours reconduit de la communication par écrans interposés, le seul à même de racheter une réalité atone. Williams suit leurs déplacements au fil de longs plans bruts qui écrivent le film au présent, et invente entre eux des voies de passage fascinantes. Un film hybride, objet d’art un peu froid et expérience limite, qui pousse très loin le brouillage entre fiction et documentaire. Ma. Mt.

« The Human Surge », disponible en VoD à partir du 8 avril sur le site Shellac VoD.

« Tous en scène », le classique de Vincente Minnelli

A 54 ans, est-ce bien raisonnable de faire des claquettes ? Telle est la question qui sous-tend ce classique de la comédie musicale signé Vincente Minnelli. Evidement, la réponse est oui. 54 ans, c’est l’âge, en 1953 (date de la sortie du film) de Fred Astaire et de son personnage, Tony Hunter, danseur et chanteur oublié qui s’apprête à faire son retour dans un musical sur Broadway. Tony Hunter n’est pas sûr de lui. Pour deux raisons : la pièce (un remake de Faust) est un peu trop intello à son goût et il a pour partenaire Gabrielle Gerard (Cyd Charisse), vingt ans plus jeune que lui et 10 centimètres plus grande. Sera-t-il à la hauteur ?

Après un premier contact houleux, ces deux-là vont apprendre à harmoniser leurs gestes et leurs pas jusqu’à devenir les icônes de la perfection et de la beauté au cours d’un pas de deux dans un parc. On n’insistera jamais assez non plus sur la classe des tenues portées par les deux danseurs… La pièce est un four, mais Fred Astaire et Cyd Charisse illuminent à jamais cette comédie musicale joyeuse et chatoyante, à la fois satire amusée du théâtre et réflexion profonde sur le succès et l’échec, l’inspiration et le travail. Non sans raison, certains voient dans ce film le sommet indispensable du genre. Philippe Ridet

« Tous en scène », sur Cinetek.

« Merry-Go-Round », curiosité de Jacques Rivette

Ce ne sont ni le réalisme ni la vraisemblance qui étouffent le neuvième film de Jacques Rivette, pilier de la nouvelle vague à la veine poétique et expérimentale. Construit comme un jeu de (fausses) pistes et écrit au fur et à mesure du tournage, Merry-Go-Round trimbale ses protagonistes de la banlieue parisienne jusqu’en Suisse à la recherche d’un père disparu – mais peut-être pas – et d’un très hypothétique magot pour lequel on finit par s’entre-tuer. Des scènes de fuite dans un sous-bois ou sur une dune s’invitent sans prévenir dans ce récit déjà décousu. On y croise même un chevalier en armure étincelante. C’est dire.

Mais c’est l’étonnant casting qui marque ce film réunissant Joe Dallesandro et Maria Schneider qui prolonge, quarante ans plus tard, l’intérêt de ce long-métrage. Le premier, après des débuts en icône gay dans les films d’Andy Warhol et Paul Morrissey, a consumé sa beauté dans des nanars italiens jusqu’à ce que Serge Gainsbourg le relance dans Je t’aime moi non plus. Maria Schneider affiche encore la beauté boudeuse qui était la sienne dans Le Dernier Tango à Paris et Profession reporter. Tous deux traversent le film comme des passagers, pas certains d’être à leur place. Ils sont beaux. Ph. R.

« Merry-Go-Round ». Le Vidéo-club Carlotta films.

« Bianca », « Sogni d’oro » et « Habemus Papam » de Nanni Moretti en replay

La toujours très généreuse plate-forme vidéo d’Arte propose de revoir Bianca (1981) et Sogni d’oro (1986), deux merveilleuses comédies de Nanni Moretti datant de sa période « Michele » du nom de son alter ego cinématographique qu’il mit en scène dans cinq films pour, à chaque fois, le réinventer. Dans Bianca, Michele-Moretti est un professeur de mathématiques atteint d’une drôle de manie, très à propos en cette période de confinement : il épie ses voisins depuis son balcon, obsédé par le bonheur des ménages.

Observateur inquiet de la société italienne, Michele est une figure tour à tour protectrice et inquiétante, frôlant la crise de nerfs lorsque le réel le contrarie. Dans Sogni d’oro, il est un cinéaste qui traverse un passage à vide et prépare un étrange biopic sur la mère de Freud. Entre rivalités, panne d’inspiration et rencontres avec le public, Moretti s’engouffre dans sa propre psyché pour en extraire une série de scènes mentales, désespérées et hilarantes. Et si vous n’êtes toujours pas repu, Arte vient de mettre en ligne Habemus Papam (2011), évocation du Bartleby de Melville et splendide portrait d’un pape fraîchement élu (Michel Piccoli) en proie à une crise existentielle. Murielle Joudet

« Bianca » et « Sogni d’oro », disponibles jusqu’au 30 septembre, « Habemus Papam » jusqu’au 19 avril sur Arte.

« Beatrice Cenci », de Lucio Fulci en DVD

Intitulé en France Liens d’amour et de sang, ce film en costumes, méconnu, de Lucio Fulci, l’enfant terrible du cinéma d’exploitation italien, devait être, fin 1969, son va-tout pour sortir enfin des soutes de l’industrie et forger son titre de cinéaste. Las, son échec public le replongea de plus belle dans de basses œuvres horrifiques, où il se fit néanmoins connaître pour sa poésie macabre. Loin des outrances à venir, Beatrice Cenci est à redécouvrir pour le regard iconoclaste qu’il pose sur la Renaissance et les reflets qu’il renvoie d’une Italie basculant dans les « années de plomb ». Inspiré d’un fait divers de la fin du Cinquecento, le film décrit les frasques d’un seigneur romain sanguinaire, Francesco Cenci (Georges Wilson), furieusement inféodé à la papauté et faisant vivre un tel enfer à sa famille que celle-ci en vient à ourdir son assassinat. L’enquête confiée aux tribunaux de l’Inquisition se concentre sur sa fille Beatrice (Adrienne Larussa), qui entretenait à son égard une rancoeur retorse. Avec sa narration en puzzle, ses plans expressifs et ses rémanences gothiques, le film concentre une charge virulente contre l’Eglise, accusée de torturer et de condamner à son seul profit. L’éditeur Arthus Films lui consacre une édition digne de ce nom, en version restaurée et non censurée, accompagnée d’un livret de 64 pages expertes. Ma. Mt.

« Beatrice Cenci », film italien (1969) de Lucio Fulci. 1 Blu-ray + 1 DVD + 1 livret. Arthus Films, 28 €.

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