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Énergie : le scénario d’un black-out européen peut-il être écarté d’un revers de la main cet hiver ?

Une photo prise le 12 janvier 2022 à Lingen, dans l'ouest de l'Allemagne, montre une tour de refroidissement de la centrale nucléaire d'Emsland.

© INA FASSBENDER / AFP

Cygne noir

Emmanuel Macron refuse qu’on fasse paniquer les Français car les risques de coupures électriques sont limités. Mais ce qui est vrai dans un cadre franco-français l’est-il au niveau européen au regard de l’interconnexion des réseaux ?

Damien Ernst est professeur titulaire à l'Université de Liège et à Télécom Paris. Il dirige des recherches dédiées aux réseaux électriques intelligents. Il intervient régulièrement dans les médias sur les sujets liés à l'énergie.

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Atlantico : Interrogé sur les éventuelles coupures d’électricité cet hiver, Emmanuel Macron a déclaré sur TF1 : « Pas de panique, ça ne sert à rien et ce n’est pas vrai ». Balaye-t-il cette possibilité trop rapidement ? 

Damien Ernst : Tout à fait. C’est une attitude qu’on voit couramment chez les hommes politiques lorsqu’ils font face à des problèmes d’approvisionnement. Je ne sais pas quel est vraiment l’objectif d’Emmanuel Macron mais il devrait être conscient de la réalité des chiffres. En cas de vague de froid conséquente, la France devrait délester de l’électricité, peut-être 10 ou 15GW, voire plus si la situation s’empire. C’est une réalité qu’il n’est pas possible de nier. En revanche, si on évite toute vague de froid conséquente, il sortira gagnant. Le pari demeure risqué. 

À quel point les réseaux électriques européens sont-ils interconnectés ? Sommes-nous vraiment dépendants les uns des autres ?

Les réseaux électriques européens sont très fortement interconnectés, très dépendants les uns des autres. Si le réseau est mal géré en France et qu’il y a un black-out, la France peut entraîner d’autres pays dans une situation désastreuse. À l’heure actuelle, un tel scénario est tout à fait probable. En cas de perte de lignes,  d’un effondrement de tension ou de perte de synchronisme entre les générateurs, le réseau électrique peut s’écrouler en quelques secondes. La conduite d’un réseau électrique est extrêmement complexe et de nombreuses défaillances peuvent survenir, avec des conséquences gravissimes.  

En raison de cette interconnexion entre les réseaux, un black-out dans d’autres pays pourrait-il avoir une influence sur la situation française ?

Bien évidemment. Supposons que la France importe plusieurs GW d’électricité d’Allemagne et de la Belgique. En cas de problème outre-Rhin, la France devrait gérer un important manque. Il faudrait délester en urgence, pour rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande. Si cela ne fonctionne pas, tout le réseau pourrait s’effondrer. La France est donc très dépendante de ses voisins.  

Ces phénomènes ont tendance à se propager d’un pays à l’autre. Dès lors, un problème en Autriche peut théoriquement se répercuter en Allemagne, puis en France. Il ne serait pas déraisonnable de penser que 150 millions de personnes soient concernées par un black-out en Europe. 

À quel point les situations de nos voisins sont-elles différentes ?

Si la France devenait déficitaire, elle va devoir acheter ses volumes d’électricité à l’étranger. Hors, il n’y aurait sûrement pas un volume suffisamment important pour répondre aux besoins de la France. De plus petits acteurs, comme la Belgique, pourraient se retrouver lésés et donc sans électricité. 

Enfin, si la France importe beaucoup d’électricité, elle va exploiter ses connexions à pleine puissance. Cela signifie qu’en cas de perte d'une ligne d'interconnexion, des lignes pourraient être surchargées, et déclencher à cause des protections de courant. Par effet domino, de nombreuses lignes pourraient être hors service et provoquer de nombreux blackouts. Le risque n’est pas donc juste de manquer d’électricité mais de plonger une bonne partie de l’Europe dans le noir. 

Reprenons l’exemple de la Belgique. Le pays va mettre à  l'arrêt une bonne partie de sa flotte nucléaire et comptait sur la France pour acheter de l’électricité. Mais l’Hexagone étant en situation de déficit, le pari pris par la Belgique semble mal engagé. La situation actuelle bouleverse donc de nombreuses politiques énergétiques, dans toute l’Europe. 

À quel point les pays européens anticipent-ils cette possibilité de black-out ? 

Au niveau politique, les pays européens sont très mauvais. En ce qui concerne la France, l’erreur a été très basique, puisque nous ne produisons tout simplement pas suffisamment d’électricité. Les responsables politiques sont directement responsables de cette faute. 

Enfin, de nombreux ingénieurs s’occupent des risques de black-out et essayent de mettre en place la doctrine dite « N-1 ». Si un élément tombe en panne au sein du réseau, ce dernier est toujours censé fonctionner dans des conditions normales. En cas de « N-2 », une perte de deux lignes par exemple, il n’est plus possible de garantir la sécurité et la survie de l’ensemble du réseau électrique. De nombreuses mesures sont mises en place pour éviter un blackout dans de telles configuration mais ils ne peuvent  être exclus au regard de la complexité des réseaux. 

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