N’en doutons pas. On lira sous peu de passionnants travaux de sociologie religieuse sur les débats suscités, au sein de l’Église catholique, par l’enjeu de la reprise des cultes après le confinement. Ils mettront en lumière la vivacité des échanges entre catholiques. Et cette vitalité pourrait être une bonne nouvelle. Hélas, cette période a aussi mis en évidence voire renforcé des oppositions stériles. Pour ne pas parler de passions mauvaises qui ont pu se donner libre cours sur les réseaux sociaux.

Un cap étant franchi après publication de l’arrêté autorisant les cultes dès le 23 mai, on peut faire une première relecture de ces débats. Au tout début du confinement, il y eut déjà des voix pour estimer que les croyants devaient refuser de se soumettre aux règles sanitaires. Le bon sens les obligea à se taire. Le débat reprit dès qu’il fut question de déconfinement. Les évêques demandèrent avec solennité, et parfois virulence, que l’on n’attende pas début juin pour autoriser les célébrations.

Nombre de catholiques en ressentirent un certain malaise, estimant que la parole publique de l’Église en ces temps de crise sociale ne devait pas ainsi se trouver réduite à la seule question du culte. Mais, pour d’autres catholiques, c’était une «inaction coupable», selon l’expression d’un prêtre s’exprimant courageusement sous couvert d’anonymat dans un magazine, de négocier avec les pouvoirs publics. Ceux-là allèrent devant le Conseil d’État, obtenant que l’État accélère de quelques jours la cadence. Victoire symbolique, amère pour ceux qui agissaient par la voie de la discussion. L’ironie de l’histoire est que des courants de pensée exécrant la République laïque sont allés devant ses tribunaux, lui permettant de faire la démonstration qu’en France, la liberté religieuse est bien protégée.